Bras, jambe, jambe… tête. Amputée d’un membre, la jeune équipe ixelloise de L’or du commun poursuit malgré tout son chemin. L’EP Zeppelin, paru le 3 mai dernier, vient clore deux années d’abstinence collective depuis le LP L’odyssée (avril 2015). Entre continuités et évolutions maîtrisées, l’actualisation est réussie.

A l’instar de leurs compères de l’OFM, ils ont muté. Mais pas n’importe comment, ni comme tout le monde. Orphelins d’un Féléflingue déjà absent lors de notre rencontre en novembre 2015, spectateurs du succès de Roméo Elvis, auquel ils contribuèrent pourtant en premier lieu, on sentait qu’ils se cherchaient. « Boite à gant » arborée en signe de retraite introspective, Loxley, Primero et Swing ont pris le temps du retour.

On aurait pu penser qu’ils n’y parviendraient pas. Il y eut un « Chill 2 » pas franchement transcendant, une Grünt spéciale Bruxelles où ils apparaissaient en retrait de l’écurie Back in the dayz. Des fulgurances aussi, comme ce couplet hypnotique de Primero sur le premier Morale de Roméo Elvis et du Motel. Puis, fin avril chez Chase, le découpage d’un lent mais agressif instrumental s’avérait de bon augure. Un optimisme conforté par le très bon « 1000 », morceau clippé délivré le jour de la parution du nouvel EP, Zeppelin.

Les neuf pistes du troisième projet du groupe, aux ambiances homogènes à la première écoute, plus variées à la seconde, offrent un mélange vieux-neuf que ne renierait pas le nouveau président français. Sauf qu’il s’agit ici d’autre chose que d’un coup de com’.

Le regard hybride des trois MCs se braque toujours sur la vie des « gens ordinaires », désormais rapportée sous le prisme d’un vécu qu’ils délaissaient jadis au profit de récits fictifs. Le quotidien exhibé est celui, bien réel, des habitants de Bruxelles-capitale, jungle devenue Caracas « le temps d’un instant ». Les rappeurs y mêlent le leur, entre fatalisme face aux aléas de la vie d’adulte – « c’est la faute à personne » – et transcendantes nouvelles perspectives. Il y a au fond, inconsciemment sûrement, quelques chose de très journalistique dans cette démarche artistique.

Si l’esprit est « bloqué dans les vocalises », fidèle donc à l’air du temps, ce ne sont pas celles de l’autotune. Une évolution vers le chant logique pour Swing comme Primero, tout deux très à l’aise dans l’exercice. Loxley élargit et affine lui une palette technique qui paraissait vouée au 90 BPM. Des tempos justement atypiques puisqu’ils naviguent pour la plupart entre les 110 et 130 BPM – ce que le groupe nomme le ‘’double bpm’’, marquant une envie de jongler autrement avec les mots sans tomber dans l’homogénéité des flows ‘’trap’’ actuels. Le potentiel ‘’tube’’ est lui bien présent avec le club-compatible « Mets la gomme ».

Bref, la force du groupe aura été de s’actualiser tout en renforçant son identité. Patiemment construit sous l’égide de La Brique et piloté par Vax1, le zeppelin ODC avance désormais stabilisé. Avec un poil plus de productivité et – enfin – un réel format album, il pourrait définitivement s’appuyer sur les vents ascendants qui soufflent sur le hip-hop bruxellois.