Originaires de Nouvelle-Zélande, Remorse et Entyce ont formé le Morse Gang lorsqu’ils se sont retrouvés en Australie il y a près de 10 ans. À l’origine, ils étaient six et formaient un collectif uni de rappeurs et de beatmakers. Mais « à cause de la vie » ils ont fini par se retrouver seulement à deux pour continuer à faire vivre leur passion. Lancés depuis dans une carrière en dents de scie, ils ont accepté de partager avec nous leur vision du rap dans leur région et nous ont confié leur espoir de le voir continuer à se développer.

Remorse, Entyce, vous rappez tous les deux depuis bien une quinzaine d’années dans une partie du monde peu connue pour son vivier de MC’s. Comment l’envie vous est venue ?

Remorse : Pour moi ça a vraiment été une question de ce qui nous parvenait comme son. Ma grosse claque ça a été « All Eyez on Me » . J’étais jeune mais ça m’a plu, j’ai eu envie de faire cette musique aussi. Après j’ai eu la chance de rencontrer un prof de musique qui m’a poussé dans des contests. Et puis j’ai gagné des prix et tout a un peu commencé comme ça.

Entyce : Moi je suis arrivé à Sydney quand j’avais autour de 15 ans, et j’étais pas mal dans le R n’ B, un peu le raggaeton. Et puis j’ai rencontré des gens qui rappaient, j’ai traîné avec eux et puis, voilà, un peu naturellement c’est venu pour moi aussi. Jeunes, on a aussi pas mal saigné J.Cole.

Remorse : Oui c’est vrai, ça reste une grosse influence.

Vos influences étaient (et sont toujours ?) surtout américaines, ou bien des artistes locaux ont su aussi vous inspirer ?

Remorse : C’est sûr que à l’époque il y avait peu de rappeurs locaux.

Entyce : Scribe.

Remorse : Ouais Scribe, définitivement. Il est très important pour tous les rappeurs de notre générations, même s’il y en a d’autres aussi. Mais lui il vaut le coup d’être considéré si tu parles de rap en Nouvelle-Zélande. Apres c’est sûr que le hip-hop américain nous a nourri.

Entyce : Clairement.

Remorse : Il y a pas mal de rappeurs de chez nous qui ont même longtemps imité l’accent américain. Ça faisait partie du truc. Mais en fait c’était ridicule. De moins en moins de monde le fait. On a notre propre identité aussi, même si on a des influences, c’est sûr.

Entyce : C’est aussi important de savoir chercher chez les autres ce qui est bien fait et s’en inspirer. Pourquoi pas le faire ? Ça fait avancer.

Remorse : Aujourd’hui c’est vrai qu’on regarde beaucoup ce qui se fait de l’autre côté de l’océan, surtout pour les titres plus commerciaux. Mais localement, on suit pas mal des gars comme Kerser, c’est intéressant ce qu’il fait (On vous en parle ici – ndlr). D’ailleurs, il monte de plus en plus. Aussi parce qu’il a les bonnes structures autour de lui.

(On vous donne plus d’info sur Scribe et Kerser ici)

« Dans la culture Maorie, tu donnes beaucoup. T’as pas forcement l’idée de faire du business avec ce que tu fais » Remorse

Quel type de structures ?

Remorse : Bah un label solide, qui te soutient, une bonne organisation derrière ton travail.  Même si ça reste indépendant, c’est important à avoir.

Remorse

Ça vous manque ?

Remorse : En fait on a mis du temps à le comprendre. Nous on vient de Nouvelle-Zélande, c’était très différent là-bas, surtout quand on a commencé.

Entyce : C’est culturel. C’est lié à la culture qui est beaucoup moins orientée business chez nous.

Remorse : Dans la culture Maorie, tu donnes beaucoup. T’as pas forcement l’idée de faire du business avec ce que tu fais. Les jeunes viennent et posent à droite à gauche sans même penser à se faire payer pour ça. Juste en pensant « on fait un peu partie de la même famille ». Sauf qu’au bout d’un moment y’a pas de raisons : tu travailles, tu devrais être payé pour ce que tu fais.

Entyce : Surtout si tu le fais bien.

Remorse : Et quand tu as une structure, c’est elle qui organise ça pour toi. Même les scènes. Nous on n’a pas de manager parce qu’on veut rester maîtres de notre création artistique, mais maintenant qu’on a créé notre structure, ça donne un interlocuteur sérieux aux gens pour négocier des cachets. Ça nous a pris pas mal de temps de monter tout ça, aussi parce qu’on travaille à côté. Mais maintenant on sent la différence, on sent que ça va nous aider à avancer.

Entyce : On a notre label, un site internet, un kit de presse… On peut sérieusement aller voir des radios.

Remorse : Etre entrepreneur comme ça, c’était très nouveau pour nous. On était très kiwis dans notre approche : pépère ! Même les réseaux sociaux au départ on savait pas trop comment s’en servir. On est enfin sur Spotify ! On a professionnalisé notre façon de faire, en fait. Et c’est vraiment le fait d’être en Australie qui nous a poussés à le faire.

Remorse, tu dis que vous travaillez à côté, ça veut dire que pour l’instant vous ne vivez pas de votre rap ?

Remorse : Non, on a tous les deux des « day jobs ». C’est important, on a des familles.

Entyce : Un jour peut-être.

Remorse : On travaille, on s’organise. Surtout depuis notre tournée en 2014. On sait faire plein de choses, on a un succès relatif mais les gens commencent à savoir que le Morse Gang peut t’ambiancer une salle et parler à un public varié.

« Aujourd’hui pour nous, là où on est, savoir se diversifier c’est vital pour pouvoir continuer à travailler. » Remorse

Justement, quand on écoute ce que vous faites dans la globalité, on peut être un peu perdu. Vous avez des titres super forts avec un rap et une identité puissante et le morceau d’après, vous êtes hyper « mainstream », limite pop. Il se passe quoi entre les deux?

Remorse : Nous à la base, notre truc c’était plus ce que tu pourrais appeler le « reality rap ». Mais on n’a jamais voulu renier les influences qui nous ont faites aussi. Et dedans, ouais y’a du reggae. Et de la pop aussi, c’est certain. Et Entyce il vient vraiment du R n’ B à la base aussi. Ça nous paraît inconcevable de ne faire que des sons complètement rap.  On aime bien chanter aussi !

Entyce : Et puis, il faut. T’as pas complètement le choix. Faut parler à des publics différents si tu veux qu’ils creusent et aillent voir ce que tu sais faire par ailleurs. Faut des titres qui accrochent un peu, qui soient plus « faciles ».  Plus « commerciaux » quelque part, peut-être.

Remorse : Même si le public en Australie est plus important qu’en NZ, le rap est encore en train de se développer. Il y a un essor c’est sûr, mais les auditeurs restent frileux. C’est compliqué de leur donner du « technical poetry » pour commencer.

Pourquoi ?

Entyce : C’est dangereux pour nous de se donner des limites et de se laisser enfermer dans une case.

Remorse : « Technical poetry » c’est super fort, on est très fiers de ce titre parce que c’est aussi un hommage à notre culture, à ce qu’on est. Mais faut reconnaître que c’est plus difficile d’approche. Il faut déjà aimer le rap. C’est beaucoup plus dur à produire et ça passera jamais en club. Enfin, pas pour l’instant en tout cas. C’est important pour nous de montrer qu’on sait se diversifier. Aujourd’hui pour nous, là où on est, savoir se diversifier c’est vital pour pouvoir continuer à travailler.

Mais du coup, la culture Maorie qui est la vôtre, elle reste importante au quotidien dans votre processus de création?

Remorse : Bien sûr !

Entyce : Ça fait partie de nous de toute façon.

Remorse : C’est tout le temps très présent. Dans l’argot qu’on utilise, nos références. Ceux qui nous écoutent savent d’où on vient. Et c’est aussi important pour eux. Une bonne partie est toujours en NZ. Il faut rester fidèle à tes racines, c’est la clé. Même si tu fais des trucs plus mainstream pour attirer l’attention de temps en temps, de toute façon c’est toujours à ça que tu reviens.

Entyce : Et c’est aussi ce qui fait notre force, notre différence.

Remorse : Le rap, et le hip-hop en général, ça grossit par ici. Nous on se prépare pour pas rater le train.

Entyce

Ça veut dire que vous avez des projets sur le feu ?

Entyce : Toujours.

Remorse : On est en train de finaliser un EP qui doit sortir en juin, et on a un album -enfin !- qui devrait arriver pour la fin de l’année. L’album est vraiment important pour nous parce qu’on n’a pas fait de projet original depuis que le groupe s’est réduit à nous deux en 2012. Ça commence à faire un moment… On a fait des petites mixtapes persos ou posé les uns chez les autres occasionnellement, même avec les autres du groupe, mais rien de lourd.

Entyce : Par rapport à l’EP qui est en court de finition et qui est plus « mainstream », cet album, c’est vraiment plus personnel. Presque plus intime. C’est « qui on est vraiment ». Ce sera beaucoup plus rap aussi, forcément.

Remorse : On en attend des belles choses. Il y a un public pour ça aussi, il faut pas l’oublier. C’est pas que commercial le hip-hop par ici non plus. Les goûts évoluent, on espère que ça va continuer. On essaiera aussi de tourner les clips des sons que notre public préférera. On veut se faire plaisir et faire plaisir aux gens qui nous écoutent.

Nos lecteurs français sont curieux, ils iront sûrement écouter ce que vous faites. Vous voulez leur passer un message ?

Entyce : Continuez ! Vous êtes chauds chez vous !

Remorse : On envoie de l’amour à la France. Le rap, c’est de l’amour. Le hip-hop, c’est de l’amour.

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