Alors que le mois de mai s’annonce d’ores et déjà chargé, et que mars fut le théâtre de quelques sorties majeures, avril s’est révélé plus calme, ce qui ne nous a bien sûr pas empêché de trouver dix morceaux à vous présenter.

Le 14 avril : Veerus – Mercure (Prod. Ikaz)

Deux ans après Visions, Veerus vient de sortir l’EP Mercure. Composé de cinq titres, il a été entièrement produit par le beatmaker nantais Ikaz, au sommet de son art. Forts de près de dix ans d’amitié et de collaborations ponctuelles, les deux artistes ont enfin pris le temps de travailler conjointement sur la totalité d’un opus. Nous avons sélectionné le morceau au titre éponyme sur lequel les deux artistes font preuve d’une véritable alchimie. Sur un beat futuriste, le MC de Dunkerque use d’une écriture fine et imagée, représentative de son univers. Il a été difficile de mettre un avant un seul morceau puisque l’ensemble de cet EP est d’excellente qualité. Si vous voulez en savoir plus sur celui-ci, nous vous invitons à lire notre récente interview de Veerus, disponible ici– Jordi

Le 7 avril : SCH – Comme si (Prod. Kore)

Après un premier album à l’accueil mitigé en comparaison avec la déflagration provoquée par sa mixtape A7, SCH est de retour  avec un nouvel opus, Deo Favente. Deuxième extrait et morceau coup de poing, « Comme si » annonce la couleur, et sonne comme un rappel : la technique est irréprochable, l’écriture soignée et la colère intacte. La boucle à la mélodie épurée composée par Kore, proche des 90 BPM, permet à l’auditeur rétif de se concentrer sur qualités de kickeur du MC marseillais, et sur son univers singulier, bien que déjà bien installé. Nouvel extrait paru plus tard dans le mois, « Poupées russes » et son clip très référencé a fini d’enfoncer le clou, et laisse présager un accueil plus enthousiaste pour ce nouvel album que pour Anarchie sorti l’an dernier. – Olivier

Le 20 avril : Hartigan – Purgatoire (Prod. Mani Deïz)

Hartigan… Ce nom évoque forcement quelque chose pour beaucoup de cinéphiles. Mais oui, souvenez-vous, Hartigan c’est le nom de l’inspecteur campé par Bruce Willis, dans le mythique Sin City de Frank Miller. Le rapport ? La noirceur peut être… Hartigan est un rappeur originaire du 91 qui faisait partie du groupe Lyrikal, composé de H.A.M Mauvaise Graine, Harceu et Ironic, et avant ça de 9 Chiens Errants sous le nom de Primo. En 2015 on l’a aperçu sur le morceau « No Man’s Land » toujours avec H.A.M. Deux ans après, Hartigan annonce son premier album, en collaboration avec Mani Deïz. Après le morceau « Personne » sorti en février, puis « Cerbère » en mars, c’est donc le morceau « Purgatoire » (titre éponyme de l’album) qui est sorti en avril. Sombre, très imagé, technique, profond et introspectif, le rap d’Hartigan a quelque chose de presque sentencieux. Faire son propre purgatoire, juger ses actes passés comme des péchés, Hartigan met son âme à nu, se livre et s’expie. C’est éreintant, mais on en redemande. Rendez vous le 12 mai. – Clément

Le 21 avril : Sadek  – Petit Prince (Prod. Abis Musique)

Six minutes dix-sept secondes pour un sans-faute. La prod est grave, les caisses lourdes. Quelques notes de piano posées sur le fil du rasoir soulignent un flow d’une sincérité rare. Loin l’autotune et les effets chantés, loin les postures et les jeux de rôle. Chassez le naturel dans un casino, il reviendra galopant à la maison raconter calmement ses désillusions à la première personne. D’une justesse impressionnante, les intonations, le rythme, les échos, nous percutent avec autant de force que la plume acérée de Mr Niuuum. Impossible de se cacher sur la petite planète de Sadek. Pas même dans un refrain. Pas même dans le clip, où les tribulations en noir et blanc de ces visages si familiers mènent inéluctablement à l’irréversible. Oscillante entre force et tendresse, la voix du Nocéen nous touche au cœur, rendant tout apaisement impossible à notre âme ahurie par ce déferlement d’images d’une géniale acuité. « Ce qui embellit le désert, dit le Petit Prince, c’est qu’il cache un puits quelque part. » Que Sadek est beau. – Sarah

Le 30 avril : Kaïah – Sans regrets (Prod. Fortes Têtes)

Jeune MC toulousain, Kaïah a decouvert la culture hip-hop à travers le graffiti, troquant rapidement la bombe aérosol pour le microphone… Il a fait ses armes en sillonant les open mics et autres premières parties du sud de la France (Paco, Swift Guad, 3ème Oeil…). En totale autoproduction avec son collectif Fortes Têtes, et avec l’appui d’artistes plus chevronnés comme DJ Hesa (Kilotone) ou DJ Vega (Unlog), il a sorti son premier projet intitulé Double Tranchant, le 30 avril. Illustration parfaite de la couleur du projet (et magnifié tout du long par une sublime guitare), « Sans Regrets » est un morceau personnel et viscéral qui pose les jalons d’un rap percutant, mélancolique et revendicateur. De quoi imaginer de bonnes choses pour la suite… – Clément

Keny Arkana – Abracadabra

Du punch, des rimes affutées, une révolte contre à peu près tout et un brin de complotisme : revoici venue Keny Arkana. Pas celle qui se livrait récemment à de l’introspection spirituelle partageuse sur fades instrumentaux, mais plutôt celle des deux précédentes esquisses, respectivement crayonnées en 2005 et 2011 – une dose d’égotrip en plus. Dix-huit ans après ses débuts sur La face cachée de Mars, l’altermondialiste semble s’inscrire, artistiquement parlant, dans l’air du temps. Pas une mauvaise nouvelle, quand le rap militant délaisse trop souvent forme et inventivité technique. Les deux morceaux de L’esquisse 3 déjà parus (« Elément feu » et « Abracadabra ») ont en tout cas, chacun dans leur style, accouché d’un sentiment d’attente. Manu

Le 21 avril : L’1Probable MC – Amertume (Prod. Metronom & Willux)

Pour ceux qui traînent dans les soirées rap de Toulouse, vous êtes forcément déjà tombés sur un maître de cérémonie improbable… Également membre du collectif Kilotone (on n’en parle jamais assez), l’homme que l’on appelle l’1Probable MC (lire l’interview) a sorti son premier album, intitulé Rêves de gosses, en collaboration avec le Kids Of Crakling Metronom, Willux et DJ Spazm. Sur une boucle de piano et avec un magnifique solo de clarinette, L’1Probable MC dépeint un quotidien à la morosité fragile : entre peines de cœur, difficultés financières et sentiments d’échec. Des sujets assez récurrents dans le rap mais qui sont ici traités avec une redoutable justesse. Sans en faire trop, l’1Probable MC réussit là ou beaucoup d’MC’s ont échoué : proposer un album conscient sans tomber dans un mal être trop nauséabond. – Clément

► Amertume

Le 20 avril : Grems – Tetanos (Prod. The Imposture) x Dededede (Prod. Cahmo)

On savait qu’il n’en avait plus rien à foutre depuis son projet avec The Imposture (PRAF, 2016). Mais en lâchant trois tracks (“Tétanos”, “Dédédé” “P.O.M.”) pour annoncer un nouvel album, Grems crée encore l’événement. Parce qu’il est toujours le seul rappeur français à maîtriser influences house et rap de haut vol. Parce qu’il est surtout l’un des meilleurs rappeurs français, tout court. De Hustla à son futur album A.P.P.L.E., qui devrait donc sortir bientôt, presque 20 piges auront passé. Et jamais le flow de Supermicro n’aura été pris en défaut. À l’aise dans la rime classique tout autant que dans le débit saccadé, Grems ne lâche jamais les mots au hasard. Ils sont incisifs et justes, gare au tétanos. Grems, lui, n’est pas rouillé, et virevolte comme peu savent le faire sur cette nouvelle compo de The Imposture, qui sonne tout à la fois intemporelle, actuelle, nouvelle, mais délicieusement proche d’un vieux Theo Parrish des années 90. – Maxime

Le 23 avril : Convok – Poignées de Punchlines 2.0 (Prod. Convok)

Plus discret dans la sphère médiatique que certains de ses compatriotes belges, Convok n’a pourtant rien à envier à ceux-là. Cette « Poignée de Punchlines 2.0 » témoigne du fait que le concept de Depar One n’a pas fini d’être l’occasion de véritables pépites auditives. Sur une instrumentale faite par lui-même, à la couleur trap et résolument minimaliste, Convok change de style par rapport à sa première poignée (sortie il y a déjà trois ans et demi), mais cela fait mouche : rimes multi-syllabiques et paroles percutantes sont toujours au rendez-vous. Après « Mon journal », qui aurait pu se retrouver dans cette sélection si le clip sorti en début de mois n’avait pas été un titre présent sur l’album Un jour plus vieux, le mois d’avril aura été l’occasion de porter un peu plus attention à un rappeur qui mériterait certainement d’être plus souvent le sujet de nos articles. – Costa

Le 29 avril : Alonzo – J’écris (Prod. Pop’s & Slwjmz)

Alors que ses cheveux s’allongent toujours autant que la liste des stéroïdes qu’il engloutit, le Comorien du Plan d’Aou continue sa cure de jeunesse, et ne compte pas quitter la dynamique de productivité qui l’accompagne depuis maintenant quelques années. Dans ce premier extrait d’un probable quatrième album solo, Alonzo se livre comme rarement, faisant face à ses doutes, ses peurs et ses incertitudes, sur un piano de très bon goût. Le MC se montre presque possédé dans le clip, ce qui n’est pas sans rappeler sa gestuelle dans son énorme single « Finis-les ». – Xavier

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