De la démence aux résonances gangstas. C’est le premier raccourci que l’on ferait de ce Blank Face LP, le quatrième album studio pour ScHoolboy Q. Après un Oxymoron de feu en 2014, et des premiers extraits complètement fous, le projet était une des sorties les plus attendues de 2016. Presque sept mois après sa sortie, la frénésie des débuts passée, qu’en reste-t-il ? Un masterpiece à ranger d’ores et déjà dans les classiques.

Le constat de base, c’est que le natif  de Wiesbaden (Allemagne) parvient à rester dans cette succulente veine thug tout en pimpant chaque fois un peu plus son univers. Des emprunts à Kid Cudi sur Habits & Contradictions (« Hands On The Wheel »), au voluptueux « Man Of The Year » sur Oxymoron, le Q a toujours su sortir des bangers à brûler les enceintes de n’importe quel club. Le tout était enrobé de relents des ghettos de LA où il a grandi. Un mix qu’on jugeait déjà proche de la perfection auditive.

Cette fois, le résultat est plus fou, plus dément, plus dur, encore plus gangsta effectivement, et peut-être encore plus planant, si cela était possible. Pour bien marquer cet état d’esprit, Q accompagne son projet de vidéos à rallonge, qui tiennent presque plus du court métrage que du clip . Il raconte des histoires, et les vidéos peuvent se regarder d’une traite, comme une trilogie, façon The Godfather teinté à la sauce Compton. Passées les virées sur la plage avec moult arrières-trains dans le buggy de son dernier opus : la volupté de « Man Of The Year » s’efface au profit d’un récit plus sombre. Cette fois les sorties sont entre canailles dures à cuire, et les virées sont des braquages chez les prêteurs sur gage. C’est du cinéma, celui des malfrats. Mais un bon film sans une bonne bande son, c’est dommage. Heureusement, grâce à ScHoolboy Q, il règne comme un exquis mélange de Ghost Dog, Drive ou Menace II Society, où la BO serait signée Top Dawg Entertainment. Comme toujours, le label californien a soigné l’audio et le visuel. Et par moments, la folie de certains morceaux nous rappelle 90059, de Jay Rock (2015). Normal, direz-vous puisque les clips sont signés par la même équipe, The Little Homies. On vous conseille d’enchaîner les clips de « By Any Means », « Tookie Knows II » puis « Black THougHts ». Frissons garantis.

Cet album est aussi plus rock’n roll, osons le dire. On ne parle pas vraiment des quelques riffs de guitare, de lignes de basse rondes très 70’s («TorcH», avec Anderson .Paak), mais plutôt d’une ambiance faussement désinvolte, folle, d’écorché vif gonflé au LSD et à la clope de fin concert. Ou au purple drank et blunt, si vous préférez. « Str8 Ballin », « Lord Have Mercy » par exemple n’utilisent pas les codes rock, mais l’attitude y est. « By Any Means » et son « Get yours, get yours, get yours » poussé par Kendrick Lamar résonnent en l’auditeur comme une transe nocturne, un délire éveillé. Sous ces allures de rockstar, ScHoolboy n’en reste pourtant pas moins hip-hop. Une sorte de Jim Morrison qui aurait fait ses classes en dealant à Compton. Quelques bottes secrètes avec une ou deux sonorités West Coast nous rappellent cette influence, tout comme le downtempo envoûtant  de « THat Part », ou les ambiances façon Temple Of Boom, le chef d’oeuvre des angelenos de Cypress Hill. Mettez-vous « JoHn Muir » pour en avoir le cœur net.

Les meilleurs producteurs ont donné le terrain de jeu idéal à un des plus talentueux MC du moment. Kanye West, Cardo & Yung Exclusive, les allemands CuBeatz, Tae Beast, Metro Boomin, Alchemist ou Swizz Beatz pour ne citer qu’eux. Et le MC de s’en sortir, alternant tantôt entre style de truand au flow maîtrisé, tantôt en désaxé sous camisole, tantôt en flambeur à la sauce cali. Nez & Rio, ses instrumentalistes fétiches, l’aident à finir ce travail en proposant un condensé de tout ça en clôture de l’album (« Tookie Knows II »). Un LP qui ressort dans nos numéros 1 de l’année, mais qui ne semble pas inscrit dans le temps, dans une période précise, comme au-dessus des époques. Un chef d’oeuvre intemporel.

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