Quand on évoque l’année 1997 en France, certains évènements resurgissent immédiatement : la dissolution de l’Assemblée Nationale par Jacques Chirac, le décès de Jeanne Calment, la fin du Club Dorothée, Super Mario 64, le procès de Maurice Papon… Et bien entendu la sortie de l’album d’IAM L’école du Micro d’Argent. Il est certain que résumer l’année 1997 à un seul album de rap français serait réducteur, mais en nier l’impact serait également une faute, notamment parce qu’il a permis de montrer qu’il était possible de connaître le succès avec des textes réfléchis, pas nécessairement formatés pour les radios. Si on assistera en 1998 au succès de nouveaux groupes, 1997 les aura vu poser les bases de leurs univers. Cela en fait une année d’une grande richesse : de nouveaux collectifs commencent à faire parler d’eux à grande échelle, alors que quelques noms bien installés peinent à trouver un nouveau souffle. Les mixtapes et compilations pullulent, les sorties de maxis sont légion, les textes se font plus techniques, le succès paraît à portée de main… Au sein de toute cette effervescence, et à l’instar de 1996, nous avons choisi de vous parler de 20 disques qui nous ont paru marquants pour différentes raisons, sans pour autant prétendre à une quelconque exhaustivité. 20 chroniques, accompagnées d’un mix qui leur est dédié, afin que la lecture puisse se faire en musique.

S.Kiv – Exakt EP

Paru le 27 janvier 1997 | ► Je me présente

Beaucoup ne connaissent d’S.Kiv que son couplet sur « Antidiplomate », sa dernière apparition discographique en date, sur l’album L’amour est mort d’Oxmo Puccino en 2001. En réalité, ce dernier lui renvoyait à cette occasion l’invitation, puisque le membre du Vicelards Crew, en plus de l’avoir accompagné à ses débuts, l’avait convié sur son EP Exakt en 1997, sur l’excellent « L’argent roi ». De fait, sa véritable carrière se concentre entre 1996 et 1999, avec 1997 comme point d’orgue puisqu’il sortira cette année-là ses deux seuls projets : l’EP Exakt suivi du maxi En mission, avec comme pont le morceau « Je me présente », intro de l’EP et outro du maxi. Adepte d’un rap très technique et d’un flow tout-terrain, ses thématiques oscillent entre vie de rue (« Derrière les barreaux »), description brute de la réalité (« Pire que la fiction », « Jusk’o bout » avec La Brigade), égotrip haut de gamme (« En mission ») et un goût prononcé pour un mode de vie épicurien (« Les pratiques d’un lunatique »). Ses performances remarquées sur mixtapes et ses talents de rimeur finiront d’attirer l’attention sur lui dans l’underground, mais son couplet le plus connu est issu d’une vidéo parodique aux côtés d’Alibi Montana et DJ Tal, avec qui il formait le Vicelards Crew, réalisé pour le 20H20 (ancêtre de Groland), le fameux « MC Warriors ». On regrettera la fugacité de sa trajectoire, tant les qualités et le potentiel du MC auraient mérité une discographie plus fournie, à l’instar de son acolyte Alibi. – Olivier

Invasion

Paru le 24 février 1997 | ► Les vieux de la vieille

A l’exception de La Cliqua, tous les artistes présents sur Invasion ont pour point commun leur appartenance à Night & Day, label ô combien déterminant dans le développement de la scène indépendante à partir du milieu des années 90. Ce disque donne l’occasion au label de présenter son catalogue d’artistes rap au travers de treize inédits, et nous permet de constater a posteriori le flair de Patrick Colleony, à la tête de la structure, puisque la plupart des groupes connaîtront plus tard le succès à différentes échelles. Quelques moments forts de ce projet : La Cliqua, avec le guerrier « Apocalypse », signe son premier morceau en tant que quatuor de MC’s, Egosyst venant de quitter le groupe ; à l’instar des grands frères de Different Teep également présents sur la compilation, Ideal J livre un de ses grands classiques avec « Attaque contre-attaque » – l’alchimie entre Kery et Mehdi est à son sommet ; sur le morceau du Soul Swing, K Rhyme le Roi confirme sa conversion au rap avec un couplet en forme de dédicace à la scène marseillaise, alors sur le point d’exploser à la face du rap hexagonal ; « J’fais pas de sentiments », nouvelle combinaison entre Expression Direkt et Rohff, nous replonge dans les ambiances de Guet Apens sorti l’année précédente ; N.A.P., avec « Les vieux de la vielle », préfigure la haute teneur en qualité que l’on retrouvera sur La fin du monde en 1998. Il ne faut pas non plus oublier les très bonnes prestations de Mr R, Legitime Processus, Double Pact, Tout Simplement Noir, Section Fu… Vous l’aurez compris, l’absence totale de déchets a rapidement fait d’Invasion un disque incontournable, les différents intervenants ne s’étant pas contentés de livrer des morceaux de fonds de tiroir. Et pour la petite histoire, le refrain d’ « Est-ce qu’ils sont prêts » du D.Abuz System est l’oeuvre d’un certain Oxmo Puccino, qui signe là une de ses toutes premières apparitions discographiques… – Olivier

Mais aussi : Double Pact ‎- P.a.c.t. / Safe Sex Fana / Live Du Lab / Mr R – Au commencement

IAM – L’école du micro d’argent

Paru le 18 mars 1997 | ► Petit frère

Comment résumer en quelques mots un disque reconnu unanimement comme l’une des plus grandes créations de l’histoire de cette musique ? Le 18 mars 1997, quand le troisième album du groupe phocéen atterrit dans les bacs, quatre ans après Ombre est lumière, le public n’était pas préparé au raz-de-marée qu’il allait provoquer sur la scène francophone, ni au Disque d’or dont il allait être certifié le jour-même de la sortie. Les quatre ans d’attente suscités par cet album auront permis à un groupe d’opérer une véritable mutation, que ce soit dans la manière de rapper, (notamment pour Shurik’n qui réalise une transformation technique remarquable), dans les domaines de références (l’imagerie passe de l’Egypte au Japon) mais surtout dans les thèmes abordés. L’école du micro d’argent est dans ce sens un modèle de traitement de problèmes socio-culturels dans le monde du rap. Que ce soit l’inégalité sociale (« Nés sous la même étoile »), l’éducation (« Petit frère »), ou l’inclassable (« Demain c’est loin »), les thèmes sont tous traités avec un angle original, une écriture subtile, une capacité d’analyse et une lucidité supérieures à la moyenne, et ces morceaux resteront à jamais comme des références ultimes, extrêmement fédératrices. Le groupe ne laisse pas pour autant la performance de côté, affirmant sans tabou l’influence qu’a eu le Wu-Tang sur leur manière de rapper. Proches de Time Bomb, IAM porte également dans l’album l’étendard d’une nouvelle école de rap, visible sur des morceaux comme « L’enfer », « Quand tu allais on revenait », et évidemment « L’école du micro d’argent ». Le troisième album d’IAM restera sans doute le premier, dans l’histoire du rap en France, que l’on peut considérer comme charnière. Tant sur le plan technique que thématique, l’impact de ce disque est incontestable et intemporel puisqu’il continue encore aujourd’hui d’inspirer bon nombre de MC’s, jusque parmi les plus jeunes. – Xavier

Rocca – Entre deux mondes

Paru le 8 avril 1997 | ► Entre deux mondes

1995 est considérée comme une année charnière dans l’histoire du rap hexagonal. Au cours de celle-ci, le groupe parisien la Cliqua sort son premier EP intitulé Conçu pour durer. Sur ce projet, un morceau se distingue particulièrement, il s’agit du solo de Rocca, « Comme une sarbacane ». Flow atypique et plume aiguisée prédisent un avenir radieux pour le jeune MC tout juste âgé de 20 ans. Deux ans plus tard, son projet en solitaire Entre deux mondes vient confirmer ce présage. Sur la pochette, on peut observer une illustration de la ville lumière côtoyer celle d’un motif précolombien. En effet, Sebastian Rocca est né à Paris mais est originaire du pays de l’écrivain Gabriel García Márquez.  Tout au long de cet opus, il arbore fièrement cette double culture en profitant de la musicalité de la langue espagnole pour  débiter des phases qui lui permettent de marquer les esprits. On pense notamment au morceau « L’original » dans lequel il dresse d’abord un bilan négatif de l’évolution du hip hop en France avant d’offrir une véritable démonstration de style. Sur de nombreux titres, Rocca met ses auditeurs en garde contre les dangers de la rue (« Entre deux mondes »), de l’argent facile (« Garçon ») et réfute le mythe du gangster triomphant véhiculé notamment par la télévision (« La bonne connexion », « Aux frontières du réel »). Pas de surprises concernant les invités apparaissant sur ce disque puisque les membres de La Cliqua sont présents. Mention spéciale pour la collaboration avec Raphaël sur le track « Sous un grand ciel gris », véritable classique intemporel. Enfin, il convient de mentionner la chanson « Les jeunes de l’univers » qui inonde les ondes et passe en boucle sur les chaines musicales à la fin des années 90. Sur un sample de Michel Berger, Rocca y  lance un message d’espoir et d’unité qui marquera toute une génération. – Jordi

Fabe – Le fond et la forme

Paru le 14 avril 1997 | ► Des durs, des boss… Des dombis !

En 1995 sortait le premier album de Fabe, Befa surprend ses frères. Deux ans plus tard et après son unique EP Lentement Mais Surement, le rappeur de la Scred Connexion marque l’année 1997 de son empreinte avec le très tranchant Le Fond et La Forme. On retrouve DJ Stofkry sur la plupart des productions de l’album, mais cette fois avec un goût plus prononcé pour les atmosphères sombres et mélancoliques. Des ambiances « dark » qui épousent parfaitement les textes de Fabe, radicalement plus nerveux et politisés, un revirement qui va de pair avec son installation à Barbès et son début de collaboration avec Koma. Contrairement à son premier album, Befa n’hésite pas à se montrer beaucoup plus virulent dans ses propos. « Rien ne stoppe mon avancée », « La France s’offense », « Marche ou crève (le choix des armes II) » et « Lettre Au Président » sont des morceaux profondément engagés et témoignent d’une certaine maturité chez le rappeur parisien. Les autres pistes du disque peuvent sembler moins thématisées politiquement mais la critique sociale reste le maître mot. L’industrie musicale en prend pour son grade dans le piquant « On lèche, on lâche, on lynche » et sur « La créature de rêve », Fabe enfile son costume de grand conteur pour en tailler un sur mesure à la mode et à ses standards de beauté. Le mythique « Des durs, des boss… des dombis » et le surprenant « Salon à 4 » (avec l’excellent couplet d’Ekoué) voient l’étendard de l’authenticité une nouvelle fois brandi… Avec Le fond et la forme, Fabe affine son écriture. En plus de décrire la société contemporaine avec la justesse qui le caractérise, il tente de véhiculer des émotions et de transmettre des messages. Une chose qu’il réalisera parfaitement un an plus tard, avec son chef d’œuvre Détournement de Son.  Clément

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1997, point de départ de l’épopée Cercle Rouge

11’30 contre les lois racistes. Un titre qui résonne dans l’atmosphère délétère qui règne aujourd’hui en France. La crainte de l’étranger pour une partie de la population, une large frange des politiques qui propose des mesures toujours plus discriminatoires, c’est aussi l’actualité en 2017. À l’époque, derrière le collectif Cercle Rouge, des rappeurs s’élèvent contre une série de lois et mesures jugées racistes, promulguées par les gouvernements de droite, et de gauche. « Lois Deferre, lois Joxe, lois Pasqua ou Debré, une seule logique» énumère Jean-François Richet, réalisateur de Ma 6-T Va Crack-er, à l’origine du projet. « La Chasse à l’immigré » répond Madj (Assassins Productions). Le point de départ du mouvement : la loi du 24 avril 1997, dite « Debré », ministre de l’Intérieur sous Chirac. Elle permet notamment la confiscation du passeport pour les étrangers en situation irrégulière, ou encore la création d’un fichier des empreintes digitales de tous les demandeurs de séjour ou d’asile. La rue répond : 100 000 manifestants à Paris, et des mouvements contestataires issus du monde culturel : outre les rappeurs, « L’Appel des 66 Cinéastes » compare le projet de loi aux mesures du gouvernement de Vichy. L’Histoire est parfois, et tristement, un éternel recommencement. En réclamant l’abrogation de ces lois, ce combat n’est finalement qu’une demande pour une justice sociale. De Fabe à Kabal en passant par Soldafada, Rootsneg, Akhenaton, Sléo, Passi… Les rappeurs et les rimes défilent, les réquisitoires s’empilent. La production est signée White & Spirit aka les frère Kourtzer, à l’origine avec J-F Richet de Cercle Rouge. Celle-ci est classique, mais l’essentiel est ailleurs. « Ma mission est artistique, mais quand je vois tout le trafic, je ne peux pas rester pacifique » résume d’entrée Rockin’ Squat. Avant qu’Akhenaton ne lui emboîte le pas, mettant en perspective la responsabilité de la France d’un point de vue historique : « Tu collaborais à l’époque, chien, un toutou docile / Heureux de voir les Arabes débouler pour libérer ta ville ». Douze couplets en 11 minutes 30, pour mettre la France au banc des accusés. D’un point de vue rap, ce projet marquera l’une des premières pierres posées à l’édifice Cercle Rouge productions quelques mois après la BO de Ma 6-T va Crack-er. En 1999 le jeune label de Meaux remettra ça avec « 16’30’’ contre la censure », nouveau combat d’ampleur, un modèle dans le rap contestataire français. Entre temps, la compilation Cercle Rouge (1998) installait la griffe du label dans le paysage du rap de France, comme le fit Time Bomb en son temps. Suivront d’autres projets qui les mèneront de Mystik (Le Chant de L’Exilé, 1999) à la participation à de nombreuses bandes originales de films, dont certains primés à Cannes (Un prophète, de Jacques Audiard, 2009 ; Des hommes et des dieux, 2011). De la réalité du quotidien à sa transposition sur grand écran, Cercle Rouge est encore aujourd’hui reconnu comme un maître du genre. – Maxime

L 432

Paru le 21 avril 1997 | ► Les vrais savent

Dans la famille des grosses compilations rap français, je voudrais L 432. Paru chez Island Records, le projet réunit une véritable brigade de MC’s : des artistes confirmés comme des « découvertes » (Lunatic, Expression Direkt, Casey, La Squadra, AfroJazz…). Regroupés autour de la thématique de l’article 432 du code pénal (qui régit les infractions à la loi des dépositaires de l’autorité publique), la compilation transpire le brut de décoffrage, le hardcore et l’égotrip agressif. C’est dans cette atmosphère forte en testostérone (bien que Casey et Lady Laistee figurent sur le projet), qu’on retrouve Booba et Ali avec leur deuxième apparition en tant que duo Lunatic avec le classique « Les vrais savent », et cette phase qui donne forcément à penser, a posteriori : « Si ça marche cool, sinon nique sa mère j’rapperai que pour mes frères, j’roulerai pas en Lexus, fils je peux rien y faire ». L 432 fait également part aux beatmakers avec l’excellent remix de « Je dois faire du cash » d’Ideal J par DJ Mehdi. On y découvre également plusieurs titres qui se retrouveront quelques temps après sur les projets solos de leur interprètes (on peut citer pour l’exemple, la prestation exceptionnelle de Busta Flex sur « Le Zedou »). Lady Laistee constitue une des grandes révélations de la compilation avec son morceau « L’impact net ». La zappeuse / chanteuse se connectera ensuite avec Joey Starr et sortira un album deux ans après. L’autre point d’orgue de L 432 est incontestablement le mythique story telling d’Oxmo Puccino, « Pucc Fiction », accompagné de son acolyte Booba : les deux rappeurs de Time Bomb signent un des morceaux les plus efficaces et intemporels de l’histoire du rap français. Oui, rien que ça. A l’image de ses homologues Hostile, L’Invincible Armada, Invasion ou encore Première Classe (qui sortira deux ans après), L 432 demeure l’un de ces projets charnières qui ont fait les grandes heures du hip-hop français. Le genre de compilation qui a malheureusement disparu. – Clément

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L’Skadrille – Mack.01 L’impact du son

Paru le 6 mai 1997 | ► C2laballe Inc.

Quand Nos Vies, le premier album de L’Skadrille, sort en 2006, 13Or et 16Ar ont déjà un parcours commun riche, que ce soit sur scène (le Pit Tour 2001, l’Indépendance Tour en 2005…) ou sur disque, avec déjà un EP, une mixtape, et une poignée de maxis à leur actif. Le premier à repérer le talent du duo est Ziko de La Brigade, qui les intègre au posse et label C2 La Balle en 1996, et leur offre dès 1997 la possibilité de sortir leur premier maxi, Mack.01 L’impact du son. Les voix sont juvéniles, mais les flows, les placements et l’écriture technique et nerveuse qui fera leur patte sont déjà en place en dépit de leur jeune âge. Le fait de côtoyer Nysay, Bams, Tony Fresh ou encore Ziko au sein du collectif C2 La Balle ne doit pas être étranger au développement de ces compétences. « C2laballe Inc. », premier et dernier morceau du collectif qui n’aura tenu que deux ans, démontre que cette réunion de MC’s avait tout d’une dream team, soigneusement sélectionnée par Ziko. Multi casquette jusqu’au bout, le Brigadier est également à l’origine des instrus des cinq morceaux qui composent le maxi. Que ce soit sur l’incisive introduction « Les vrais savent » (et son excellent remix), le fantasmé « Le rêve » en featuring avec 2Fray, ou le très juste « USA », et alors qu’ils ne rappent ensemble que depuis une petite année, l’alchimie entre 13 et 16, pas encore majeurs, est déjà palpable, et laisse entrevoir un potentiel qui se confirmera par la suite. – Olivier

M Group – Tu disais quoi ?

Paru le 16 mai 1997 | ► Rapide comme un serpent

Voici peut-être le disque le plus underground de la sélection. Ne les cherchez pas sur de grosses compilations ou de prestigieuses mixtapes, ce qui fait qu’on écoute encore aujourd’hui Tu disais quoi ? est bel et bien la qualité intrinsèque de leur musique. Révélés par le biais de leur maxi vinyle Fidèle au rap fin 95, dont la version freestyle en featuring avec Freko, Cyanure, Kesdo et Pit Baccardi participera à populariser le morceau, ils finiront d’enfoncer le clou avec ce premier EP en 1996. La production, très soignée, dans un style pianon / violon / cordes parfaitement maîtrisé, est l’oeuvre de Part2 Jaka, également MC au sein du groupe, aux côtés d’Akem et R.KO. Il convient de souligner la virtuosité microphonique des trois compères, qui n’hésitent pas à jouer avec la vitesse de leurs flows au moyen de quelques habiles accélérations, tout en restant intelligibles, une maîtrise technique qui leur permet de tenir la comparaison avec des guests tels qu’Abuz ou Doudou Masta. Ces sept titres aux ambiances variées, entre rue, egotrip, et revendication, finiront de faire les présentations du groupe et de leur label Kool & Radical, qui les suivra jusqu’à la fin de leur aventure. Le jeune Akem, qui rappe dans « Représente les tiens », « Revoilà le Tunisiano…« , quittera le groupe après Tu disais quoi ? et formera le groupe Sniper avec Blacko et Aketo en 1997. On retrouve d’ailleurs ces deux derniers sur le morceau collectif « 9.5.1.7.0. » alors que l’entité Sniper n’existe pas encore. M Group continuera d’exister au travers de maxis et autres projets courts jusqu’en 2001, leur dernier EP La musique me rend dingue venant clôturer l’aventure. – Olivier

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Different Teep – La Rime Urbaine

Paru le 16 mai 1997 | ► Maintenant ou jamais

Composé de Mista Flo, Lil’Jahson, Manu Key et DJ Mehdi, Different Teep est connu pour former la clé de voûte de ce que sera la Mafia K’1 Fry alors en pleine éclosion. Leur maxi La route est longue paru en avril 1996 est d’ailleurs le premier disque issu du célèbre collectif du 94. Quelques mois après Original MC’s sur une mission d’Ideal J, La rime urbaine finit de poser les bases d’un rap brut, âpre, profondément ancré dans la vie de rue, qui caractérisera la quasi intégralité des sorties du collectif. Dans un registre simple et percutant, les trois MC’s ont le privilège de poser sur des productions relativement (et injustement) méconnues de DJ Mehdi, un peu plus riches mais proches du premier album d’Ideal J paru l’année d’avant, une forme de transition vers les couleurs et tessitures du mythique Combat continue sorti en 1998. L’enregistrement de l’album prendra du temps, notamment du fait de l’incarcération de Mista Flo, qui s’illustre sur « RAS I », brillamment produit, sur lequel il dit tout le bien qu’il pense du service militaire, accompagné par Kery James qui reprend son couplet de « Ragga Jam », posé initialement sur le premier album d’MC Solaar à l’âge de douze ans. « RAS III », quant à lui, est l’occasion de se remémorer les qualités d’MC de Lil’Jahson et de regretter son départ du groupe et du collectif en 1998. Redoutablement efficace, « Squatte le M.I.C. » avec la Mafia K’1 Fry, illustre parfaitement les ambiances des freestyles légendaires qui caractériseront dès lors chacun de leurs passages radio. Dans un registre moins dur, « Mon pote et moi » offre une parenthèse de légèreté bienvenue, pour un duo au sommet entre Manu Key et Dany Dan, invité pour l’occasion. C’est d’ailleurs chez Melopheelo, autre membre des Sages Poètes De La Rue, que l’album a été mixé et enregistré. Enfin, ce disque contient la première apparition de Rocé, qui se voit offrir une piste solo, lui permettant d’exposer un univers déjà bien établi, dans un registre lexical qui tranche avec les ambiances rudes des trois acolytes, et qui marque le début d’une longue collaboration avec Mehdi. Le départ de Lil’Jahson et l’échec commercial de l’album en feront le premier et dernier album du groupe, mais le trio de MC’s se réunira une dernière fois en 2014 autour de Lil’Jahson pour le morceau « Point de chute ». – Olivier

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Koma – Tout est calculé

Paru en mai 1997 | ► Epoque de fou

Lorsque l’on évoque la Scred Connexion, on pense tout de suite à trois choses : leur célèbre logo, le quartier de Barbès et une certaine façon de faire du rap, plus proche de la dureté de la vie des quartiers plutôt que d’une réalité fantasmée calquée sur le grand frère américain. Sans le savoir, en 1997, et alors que l’entité « Scred Connexion » n’existe pas encore, Koma pose avec Tout est calculé les bases de ce que représentera le groupe par la suite. Le projet est d’aileurs estampillé « Scred Productions », un nom que le MC du 18ème choisira de par son usage personnel du mot « scredi » dans le tag, comme signal pour ne pas se faire repérer. Le souci de simplicité et de réalisme dans l’écriture est déjà présent, et le propos est conscient, mais ne s’inscrit pas dans une logique moralisatrice ou de revendication politique. « Epoque de fou », récit tragique des destins croisés de cinq amis d’enfance, ou « Réalité française » en featuring avec Morad (qui assure également les chœurs sur certains morceaux) illustrent parfaitement cette préoccupation de coller à la réalité, une honnêteté revendiquée dans « Réalité rap » qui fustige les mythomanes du rap, et fait écho au fameux « Des durs, des boss… Des dombis ! » de Fabe sorti la même année. On retrouve d’ailleurs ce dernier sur le remix d’ « Epoque de fou » avec Ekoué, pour une connexion au sommet entre MC’s du 18ème, sur une instru d’un jeune beatmaker du quartier nommé Haroun… C’est en 1998, sur la compilation Opération Freetyle de Cut Killer, que « le groupe le plus connu des inconnus » officialisera la connexion entre ses différents membres. – Olivier

L’avènement des grandes équipes

1997 marque également l’éclosion et la structuration d’une nouvelle catégorie de grands collectifs, réunis par leur origine géographique plus que par leur seule passion commune, à l’inverse de Time Bomb ou de La Cliqua. Issu de Sarcelles, Garges Les Gonesse et Villiers Le Bel, Le Secteur Ä commence à s’affirmer en tant que collectif avec la présence de morceaux collectifs sur les albums de Stomy Bugsy (« J’avance pour ma familia »), et des Neg’Marrons (« Tel une bombe »), Doc Gyneco finissant d’introniser le duo d’Ärsenik avec « Arrête de mentir », face B du single « Né ici ». A Boulogne et sur l’axe Orly / Choisy / Vitry, ce sont des projets collectifs qui voient le jour, officialisant les créations des collectifs Beat De Boul (Dans la sono) et Mafia K’1 Fry (Les liens sacrés). A Marseille les liens entre la Fonky Family, le 3ème Oeil, Faf Larage, Def Bond et le groupe IAM apparaissent au grand jour avec les sorties de Si Dieu veut et Sad Hill. Une des caractéristique de ces collectifs est également qu’ils s’articulent autour d’un groupe de « grands » : Les Sages Poètes pour le Beat De Boul, Different Teep pour la Mafia K’1 Fry, Ministère Ämer pour le Secteur Ä, IAM pour le Côté Obscur, Menelik pour Le Damier dans une moindre mesure… Ces équipes connaîtront des durées de vie variables, mais leur avènement débouchera sur une domination sans égale du marché à la fin des années 1990 et au début des années 2000, via les albums de certains de leurs membres (113, Fonky Family, Ideal J, L.I.M., Lunatic, Neg’Marrons, Shurik’n, Ärsenik, Rohff…). – Olivier

Ma 6-T va crack-er

Paru le 13 juin 1997 | ► La sédition

Le film Ma 6-T va crack-er au propos ouvertement socio-révolutionnaire fait polémique au moment de la sortie : est-il représentatif de la vie en cité ? Trop violent ? La bande originale, en revanche, fera l’unanimité, devenant avec le temps un monument du rap français, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la partie musicale a été confiée au duo White & Spirit, à l’exception du morceau d’Assassin, « L’île de l’inconscient », présent sur la B.O. du premier film de Jean-François Richet, Etat des lieux. Forts de leur expérience acquise sur l’album des 2Bal 2Neg’ 3x plus efficace l’année précédente (l’instru de l’outro sera d’ailleurs reprise pour le titre « C’est donc ça nos vies » d’IAM),  les deux producteurs conféreront au projet une véritable cohérence, en livrant des instrus sombres et magistrales, chéries aujourd’hui encore par les amateurs de freestyles sur faces B. Derrière le micro le casting est impressionnant, entre têtes d’affiche (KRS One, IAM, Assassin, Ministère Ämer, Menelik), valeurs sûres de l’underground (2Bal 2Neg’, X Men), proches du label Cercle Rouge (Yazid, Mystik, Eben), et talents encore peu reconnus (Destinée, Rootsneg, Arco, Tiwony). Véritable révélation du projet, Mystik brille sur chacune de ses quatre apparitions, et pose les bases d’une collaboration plus poussée avec le label Cercle Rouge qui produira son premier album deux ans plus tard. Enfin, si la plupart des morceaux sont devenus des classiques avec le temps – notamment l’agité « La sédition » des 2Bal et Mystik, le mélancolique « C’est donc ça nos vies », ou encore les deux fabuleux duos rap / R’n’B « Trop dur » et « Savoir dire non » – la B.O. comporte deux morceaux à ranger au Panthéon du rap français : « Les flammes du mal », sur lequel on retrouve un Passi inspiré comme jamais auparavant, pour un titre en forme de rampe de lancement pour son album en préparation, et « Retour aux pyramides » des X-Men, le name dropping le plus célèbre du rap français, fier et revanchard, classique parmi les classiques. – Olivier

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Beat De Boul – Dans la sono

Paru le 16 juillet 1997 | ► Dans la sono

Formé en 1995, le Beat De Boulogne est un collectif à géométrie variable, réunissant la scène du 92 alors en pleine ébullition autour des Sages Poètes de la Rue, forts d’un premier album qui a fini de les installer dans le paysage rap français. La patte de Zoxea à la production, et son flair redoutable (qui ne le quittera jamais), ont fait de la première compilation Beat De Boul un disque incontournable, contenant les premières apparitions discographiques de futurs grands noms du rap français : Malekal Morte (« Catch à l’arrière »), Mo’Vez Lang (« Original Futur Style »), Sir Doum’s (« Je lutte en rimant »)… Ils seront rejoints par la suite par Nysay pour le deuxième volet, alors que le duo Lunatic a mis les voiles dès 1995 suite à leur album avorté. Dans la sono compte également un titre d’un autre groupe emblématique du 92, Less Du 9, pas véritablement affilié au collectif mais qui, avec « Pas assez pour le futur » en featuring avec Zoxea, vient confirmer les qualités remarquées sur les quelques apparitions qu’Ol’Tenzano, Kimto Vasquez et Jeap12 comptent à leur actif. Les trois Sages Poètes se retrouvent sur « Va tej’ ton gun », laissant entrevoir la couleur musicale que contiendra le chef d’oeuvre que constitue Jusqu’à l’amour, le deuxième album du groupe. Ces sept morceaux constituent la première pierre à l’édifice de ce que l’on a coutume d’appeler l’école de Boulogne, connue pour sa technique hors norme, et élevée au rang de Mecque du rap chez nombre d’auditeurs. – Olivier

East – Eastwoo

Paru le 22 septembre 1997 | ► Les mots vrais

Tout le monde connaît la tragique histoire d’Olivier Kponton, alias East. Celle d’un jeune homme passionné de rap et de basket-ball, virtuose du micro et superstar en devenir, que le destin a fauché en pleine ascension, alors qu’il se rendait au Cut Killer Show. Et c’est à ce même Cut Killer, meilleur ami du MC alors âgé de seulement 27 ans, que nous devons l’existence de ce maxi légendaire. En 1996, la discographie d’East ne compte alors que quelques apparitions sur divers freestyles cassette qui devaient servir de rampes de lancement à une carrière extrêmement prometteuse. L’autre moitié du Double H ira ainsi chercher des acapellas de son alter ego pour les placer sur des productions puis invitera respectivement IAM, La Cliqua, Eros et Fabe à poser leurs couplets pour accompagner celui qui n’est désormais plus qu’une voix historique. Mais le MC sera surtout découvert quand sa voix apparaîtra sur le mythique « L’enfer » de L’école du micro d’argent. C’est là que le grand public fait connaissance avec ce style si unique : un flow élastique, une diction impeccable, des schémas de rime inédits pour l’époque et des phrases qui resteront immortelles (« Associations de MC’s causant pertes et fracas »). Et les amateurs de rap peuvent remercier Cut Killer de cette obstination à faire sortir son défunt alter ego de l’ombre. Il leur aura laissé un freestyler de génie qui aurait potentiellement pu prendre place sur le trône sur cette fin des années 1990, mais dont la petite notoriété créée à l’époque ne résistera que péniblement aux années 2000, ne parvenant qu’aux oreilles des diggers les plus déterminés. – Xavier

Passi – Les Tentations

Paru le 16 octobre 1997 | ► 79 à 97

En 97, son altesse double S était déjà bien connue des aficionados de rap français pour être un fer de lance du gangsta rap français avec Ministère Amer. Mais 97 est une année où le rap commence à s’installer de façon pérenne dans les maisons de disque et L’école du micro d’argent a prouvé qu’en mettant de l’intelligence dans son rap, on pouvait connaître un succès plus grand public. Passi le comprend, pousse son écriture à un niveau supérieur, moins provocateur, plus introspectif, plus diversifié, et la sauce prend. Cet album, outre le succès commercial auprès d’un public très jeune, regorge de bonnes surprises et peut clairement être rangé au rayon « classiques » de votre discothèque. Revenons-nous un peu en arrière pour comprendre pourquoi…   A la production, on retrouve Akhenaton (pour six prods), DJ Desh, Nasser, N.Nocchi et le magicien Doctor L (Ex-Assassin), donnant des instrus très musicales, efficaces, et un mix/master qui rappelle L’Ecole.  En featuring on retrouve Jacky, J.Mi Sissoko, Stomy, Akhenaton, Freeman, Hamed Daye, Assia, Bisso Na Bisso, des artistes très différents donc, appuyant ainsi les côtés variés et éclectiques de l’album, pour beaucoup dans sa réussite. Passi parvient à rester dans une thématique rue avec des messages qui restent en cohérence avec 95200 ou Pourquoi tant de haine ?. On retiendra dans ces thématiques la prison avec « Le maton me guette », le brûlant et hypnotique « Les flammes du mal », ou encore la vie de quartier avec « Il fait chaud » (qui pourrait être une suite d’« Un été à la cité »). Passi s’ouvre néanmoins à un discours plus introspectif et sensible avec le brillant « 79 à 97 » narrant 18 années de sa vie, de son vécu d’enfant d’immigré à son ascension dans la musique,  le touchant « Tu me manques » lettre ouverte dédiée à son père disparu ou à un morceau hommage aux mères victimes de la guerre avec « J’entends des mères pleurer ». Il s’ouvre enfin à plus de musicalité et à d’africanité avec la soirée funky de « Keur Sambo » et le prélude congolais à l’arrivée du Bisso Na Bisso : « L’union ». Lorsqu’on pense à l’arrivée du rouleau compresseur Secteur Ä en 97-98 et à Passi, on est parfois amené instinctivement à l’associer à son succès commercial (500 000 disques vendus) et le matraquage de « Je zappe et je mate » sur M6. Mais il suffit de réécouter « Le monde est à moi », « Les flammes du mal » ou « Sang de la vendetta » pour retourner rapidement à ce réel classique du rap français, qui a certainement enterré la hache de guerre rapologique entre Paris et Marseille. – Toan

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Afro Jazz – Afrocalypse

Paru le 21 octobre 1997 | ► Strictly hip-hop

Un an après la sortie de leur premier maxi Perle Noire, produit par JoeyStarr et Lucien Papalu (membre de la Native Tongue qui comprend des artistes comme Junglfe Brothers, A Tribe Called Quest, De La Soul, Queen Latifah, Black Sheep ou encore Mos Def) et quelques mois après une apparition sur la compilation L 432, le duo Afro Jazz sort son premier album, intitulé Afrocalypse. Enregistré à New-York, le disque est produit par la crème des beatmakers américains de l’époque (Diamond D, Buckwild, ou encore Da Beatminerz), mais aussi les proches DJ Clyde, DJ Max et DJ Spank. Fraîchement signé chez Island Records (filiale de Island Def Jam Records, elle-même filiale d’Universal), l’album est doucement accueilli dans un système de production français ou les collaborations outre atlantique ne dépassaient pas le simple featuring. Afrocalypse est construit comme un album traditionnel. Daddy Jokno, Robo et Jaeyez abordent des thématiques assez récurrentes comme la banlieue (« La téci »), les femmes (« Pénélope »), l’amour du hip-hop ou encore le système français (« Parias vs Etat »). Le banger de l’album, « Stricly Hip-Hop » (avec la légende Ol’Dirty Bastard) illustre parfaitement la direction artistique de l’album : délivrer un rap brut, sauvage et underground. Épaulé par DJ Clyde, le trio dégage une énergie follement bestiale sur dix-sept morceaux. Hurlements, cris, gimmicks en tous genres, les trois rappeurs d’Afro Jazz gueulent, tempêtent, tonnent et martèlent nos oreilles… Et ça marche. Le temps d’un album, Afro Jazz a réussi à créer un pont solide entre Paris et New York… Le temps d’un album seulement, puisque le second opus AJ-1 : Révélation qui sortira deux ans plus tard sera un cuisant échec. – Clément

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Le doublé de La Brigade

En 1997, La Brigade frappe fort en sortant simultanément deux projets courts, L’Officiel et L’Officieux, en format CD. Leur célèbre logo fraîchement élaboré est simplement apposé en noir sur fond blanc pour la pochette de L’Officiel, et en blanc sur fond noir pour celle de L’Officieux, une façon originale d’imprimer leur univers, le logo suggérant discipline et organisation. Cependant, les spécialistes auront découvert L’Officiel quelques mois avant, le maxi blanc ayant en effet bénéficié d’une sortie vinyle anticipée. Les douze titres qui composent les deux projets (« Membre de la Brigade » étant présent sur chacune des deux galettes) ont été produits lors d’une seule et même phase d’enregistrement, mais ont été dévoilés en deux temps. Caractéristiques du rap des Brigadiers jusqu’à la fin de leur aventure commune en 2005, les prises de position, le thème de la condition des Noirs en France, la posture de grand frère et les couplets coup de poing sont présents de façon plus marquée dans L’Officiel que dans L’Officieux, ce qui pousse à croire que les titres choisis pour être dévoilés en premier ne l’ont pas été au hasard. Les incontournables « La vie est une » et « 16 rimes » en featuring avec Lunatic sont d’ailleurs issus du maxi blanc, le noir contenant quelques titres plus légers et moins dans le style de ce qu’ils produiront par la suite, dans les thèmes comme l’univers sonore. Cette sortie double et des couplets percutants placés ça et là finiront d’attirer l’attention sur les agents Base, Acid, Fredo, 2 Fray, Doc K, Le K-Fear, John Deïdo, Vice, Ziko et le mystérieux Brigadier Fantôme. On regrettera le départ de Ziko, qui aura joué un rôle important dans la genèse du collectif, juste avant la confection du Testament, le premier album de la Brigade, classique du groupe qui sera couronné de succès. – Olivier

Mais aussi : Les Derniers Messagers – La vérité est toujours au-dessus du mensonge / Digamaz ‎– Transmets noir sur blanc

Nouvelle Donne

Paru le 5 novembre 1997 | ► Attaque à mic armé

Pour beaucoup, Nouvelle Donne est le label historique d’Ol’Kainry, révélateur de Disiz La Peste, et structure d’appui pour les premiers albums de Nessbeal. En comptant les singles et les différentes versions des albums, ce sont plus de 100 galettes qui sont sortis sous le sigle du label de Kodjo, entre 1997 et 2009, la version vinyle de la compilation Nouvelle Donne constituant la première sortie de cette longue liste. Le projet porte bien son nom, puisque de nouveaux noms connaissent leur première apparition sur disque ou presque (Agression Verbale, Rimeurs A Gages, Seul 2 Seul, Daomen…), côtoyant, parfois sur le même titre, d’autres figures plus installées telles que la Mafia K’1 Fry, Driver, Ill, ou Les Sages Poètes de le Rue. Une façon d’attirer l’attention du public friand de ces têtes d’affiche sur une nouvelle génération de MC’s, à l’image du morceau « Attaque à mic armé » de Zoxea et ATK, qui deviendra rapidement un des classiques de la discographie du groupe. Il faudra attendre deux ans de plus pour voir la sortie CD du projet, agrémentée pour l’occasion de six titres supplémentaires d’Eric des Rimeurs A Gages, Yusiness, Sir Doum’s, Mo’Vez Lang, Cercle Fermé, Too Leust et Da System Crew. Soulignons également l’intro explosive de DJ Poska, qui en 1997 s’illustrera notamment avec le volume 25 de ses mixtapes What’s The Flavor, référence ultime du genre. Kodjo finira de démontrer son flair en signant ensuite sur son label quelques uns des participants au projet, tels qu’Ol’Kainry et son groupe Agression Verbale, Daomen, Disiz La Peste ou encore Antilop Sa d’ATK. – Olivier

Mais aussi : Cut Killer – Cut Killer Show

DJ Kheops – Sad Hill

Paru le 14 novembre 1997 | ► Pousse au milieu des cactus, ma rancœur

« Quel cimetière ? » demande la voix, excitée. « Le cimetière de Sad Hill » répond le confédéré dans un dernier souffle. Agonisant au milieu du désert, blessé, crevant littéralement de chaud, le soldat jette son secret à Tuco, crapule à la petite semaine, contre quelques gouttes d’eau. Le vent chaud berce l’air ambiant. Il fait lourd. Sad Hill, là où se planque son magot, sur fond de guerre de sécession. Sur ces entrefaits Khéops ouvre son projet, en hommage au mythique Le Bon, La Brute, et le Truand. Un beat classique, quelques tintements, la production nous ferait presque oublier Ennio Morricone qui signait la bande originale du western de Sergio Leone. Tour à tour Freeman, Shurik’n, puis AKH rejouent le chef d’oeuvre, entre vraies références et rajouts opportuns (Jo l’Indien n’existe pas dans le film). En 1997, IAM réussissait l’exploit de placer deux tracks-concepts quasi-parfaites sur deux projets différents : « Sad Hill » donc, sur le projet du même nom signé Khéops, et « L’Empire du Côté Obscur », sur L’École du Micro d’Argent, et son univers Star Wars. Mais Sad Hill, c’est aussi le plus grand crossover entre rap marseillais et rap parisien. L’école de Mars est alors probablement à son apogée : les Imperial Asiatic Mec bien sûr, mais aussi Def Bond, Faf La Rage et 3ème Œil. En face : Stomy Bugsy, Passi (Ministère Ämer) Géraldo & Hifi (45 Scientic), la Scred (Fabe, Koma) et la clique Time Bomb : Oxmo, Pit Baccardi, les X-Men. En 19 pistes, chacun porte l’étendard de son crew tout en plaçant du big up à Côté Obscur, l’équipe de Kheops et IAM. Ce qui est fort, c’est que finalement, le concept western initial n’est repris que rarement dans Sad Hill, hormis sur « Pousse au milieu des cactus, ma rancoeur» (Akhenaton). Mais le tout s’écoute aisément d’une traite. En plaçant quelques classiques comme « Scrute le terrain» pour 3ème Oeil ou l’incontournable « Mama Lova » de Monsieur Ox, Kheops et ses invités viennent inscrire un nouvel album au Hall Of Fame du hip-hop français. – Maxime

Tout Simplement Noir – Le mal de la nuit

Paru le 17 novembre 1997 | ► La solidarité noire

En 1995, Dans Paris Nocturne avait posé les bases du rap de TSN : des sonorités G-Funk, un argot parisien, et des thématiques tournant autour de la nuit, des femmes faciles, de la défonce, de la rue, sans oublier une part de revendication malgré leur déconsidération affichée pour le rap dit « conscient ». Une formule qui connaîtra un certain succès, avant la popularisation du style par Doc Gyneco, puisque le disque s’écoulera à 75 000 exemplaires. Le Mal De La Nuit, en 1997, utilisera à peu près les mêmes ingrédients, la pochette aux couleurs de leur Paris nocturne n’étant pas sans rappeler celle du premier opus, mais le disque ne connaîtra pas la même audience du fait du départ d’MC Bees du groupe juste après sa sortie, signant l’arrêt du groupe et de la promo de l’album. Le mal de la nuit mérite pourtant amplement de figurer parmi les sorties majeures de 1997 pour les titres marquants qu’il contient tels que l’hymne à Paris « De la Kapitale », le désabusé « La vérité », le parodique et très bien senti « Radio Panam », et bien sûr « La solidarité noire », morceau sur lequel une bonne partie du gratin du rap francilien – Ministère A.M.E.R., Lamifa, EJM, Doudou Masta, Nemesis et Les Sages Poètes de la Rue – est venue épauler le trio. L’aventure de Tout Simplement Noir s’arrête là, mais J’L’Tismé et Parano Refré sauront se relever de l’épreuve en produisant d’autres rappeurs (Roll.K, Graine 2N…) ainsi que leurs albums solos respectifs via leur label La Pieuvre Records. – Olivier

L’Invincible Armada

Paru le 21 novembre 1997 | ► J’avais rêvé

L’Invincible Armada est une compilation trop souvent oubliée des grandes sélections. On cite Hostile ou les Première Classe, mais rarement l’ogive produite par la moitié du D.Abuz System, Mysta D. Sorti chez Da Dystem Productions, le projet réussit la prouesse de réunir toute une pléiade d’artistes venant d’horizons divers et délivrant un contenu exclusif. On retrouve Oxmo Puccino, une grosse partie de la Mafia K’1 Fry, le 113, Princesse Anies, les X-men, les membres d’Expression Direkt (avec qui il avait collaboré sur Guet Apens l’année précédente), Zoxea, J.Mi Sissoko ou encore des artistes plus surprenants comme le grand nom du raï, Cheb Khaled. Avec des productions aux influences new yorkaises totalement assumées, Mysta D développe tout au long de la compilation une atmosphère particulière, naviguant entre un boom bap sombre et crapuleux et des instrumentales plus légères. Cet album est également l’occasion de présenter le Da System Crew, collectif gravitant autour du D.Abuz System, et réunissant, en plus du duo, Les Spécialistes (Tepa et Princess Anies) et Stor.K, tous présents sur « J’avais rêvé ». C’est donc logiquement que l’on retrouve les différents membres sur des combinaisons inédites avec des rappeurs extérieurs à l’équipe. Dans le rayon solos, nous recommandons particulièrement la première version du poignant « Le rêve de mon père » de Kertra, le redoutable « Gangster Parodie » d’Abuz, « Les bâtards » de Weedy qui profite de l’occasion pour tirer sur toutes les catégories d’hypocrites, et bien sûr « Mr. Puccino », story telling incroyable d’Oxmo Puccino qui fait écho à son autre grand story telling « Pucc Fiction ». – Clément

Mafia Trece – Cosa Nostra

Paru le 18 décembre 1997 | ► Rencontre du 13ème type

Mafia Trece est une entité composée de MC’s venant du 13ème arrondissement de Paris, de Bagneux et d’Ivry sur Seine. Il contient deux groupes principaux, Mooven’s et Echo Du Sud, auxquels se sont greffés de jeunes rappeurs en début de carrière. La mafia zetré signe avec Cosa Nostra un album assez inattendu, vendu à plus de 80 000 exemplaires en indépendant sur leur propre label, M13 Records. Tous les titres de l’album sont produits par Dj Effa, avec une préférence de samples empruntés au baroque et à la musique classique. Ce parti pris donne à l’album une réelle unité musicale. Au premier abord l’album accroche par son sens de la mise en scène : tous les titres suivent un scénario prédéfini et chaque intervenant incarne un personnage tout au long du morceau. Certains d’entre eux sont même récurrents et apparaissent sur plusieurs titres. On les retrouve dans un monastère bouddhiste dans le magnifique « À la recherche du mic perdu », face à des huissiers de justice dans la « Rencontre du 13ème type », au commissariat dans « La loi du Silence » et bien sûr au tribunal dans le superbe « Je plaide pour la rue ». Ce sens de la mise en scène quasi-théâtrale va s’avérer être la grande force du disque et vient parfois combler les différences de niveau entre les différents membres du groupe qui ne brillent pas tous par leur technicité. On remarquera notamment un Yannick qui malgré son jeune âge sort du lot à chacune de ses apparitions sur le disque, et portera en partie le succès de l’album avec le classique « Le mauvais chemin remix » (oui, c’est bien le même Yannick que sur « Ces soirées-là »). Aspeak et Awax brillent également sur l’album, le premier en grande partie grâce à sa voix, le second pour ses qualités stylistiques, et font preuve d’une grande complémentarité. Intervenant de façon plus régulière que Yannick, ce sont pratiquement eux qui vont imprimer l’identité vocale de cet album. Parmi les invités de l’album, Diam’s posera ses premières prestations sur disque avec les très bons « Rencontre du 13ème type » et « Je plaide pour la rue ».  Comme si le nombre de rappeurs au sein du groupe ne suffisait pas, ce sont Daddy Lord C, Leeroy Kesiah, Pit Baccardi, Le K Fear et Fredo de La Brigade qui viennent également apporter leur touches sur des morceaux plus freestyle, sans oublier le sublime « O.M.U » sur lequel on retrouve Oxmo dans son attitude mafieuse des grands jours. En résumé, cet album mésestimé est à se procurer si ce n’est pas encore fait, et on regrette encore aujourd’hui ce groupe qui a splitté en 2001. – Toan