Certains de ces morceaux ont failli rentrer dans notre top 10 2016. De la folie électrique de Run The Jewels à la mélancolie de J. Cole en passant par les rimes comme dopées au lean de Big Sean, on s’est régalés. Pour les amateurs de beats à la new-yorkaise façon 90’s, ne vous inquiétez pas, le douzième mois a également ce qu’il faut en rayon. Si 2017 est à cette image, on signe de suite. Et vous, vous aviez qui dans les oreilles le mois passé ?

Run The Jewels  feat. Danny Brown  – Hey Kids (Bumaye) (Prod. El P)

« Fuck, on ne pouvait plus attendre. Cela semble juste ainsi. Après une folle année et une tournée complète prête à démarrer, on se demandait ce que l’on attendait et on ne trouvait pas de bonne réponse. […] Vous avez été avec nous depuis qu’on a commencé ce truc, et cela a fait une si grosse différence dans nos vies d’avoir votre énergie et votre amour. Merci. »

Voila comment Run The Jewels a présenté la sortie surprise de Run The Jewels 3. C’était le 24 décembre, un album qu’on a donc pu immédiatement mettre au pied du sapin. Et ça valait le coup d’attendre une petite année… Danny Brown, Joi Gilliam, Trina, Boots, Tunde Adebimpe et Kamasi Washington ont été conviés à la confection de ce troisième opus. Comme d’habitude, on retrouve EL-P derrière pratiquement tous les morceaux du projet (un seul morceau n’est pas produit par le beamaker/rappeur). Un album qui, comme ses prédécesseurs Run The Jewels et Run The Jewels 2,  jouit d’une formidable diversité. RTJ poursuit donc son exploration avec les ingrédients qu’on leur connait : de l’authenticité, un peu de conscient, une pincée d’absurde et quelques gouttes de burlesque. Et parmi les quatorze morceaux figurant sur le projet, ma préférence à moi (disait Julien Clerc, référence obscure…) c’est bien évidemment le featuring avec le rappeur de Motor City, Danny Brown. Vous l’aurez compris, foncez sur cet album, toutes les pistes sont largement skiables. – Clément

Curren$y feat. Freddie Gibbs – Stash House (Prod. 808 Ray)

Avec son douzième projet en douze mois, on peut dire que Curren$y a un taux de change assez élevé. Pour un mois passé, un projet sorti, c’est comme ça que ça se passe du coté du emcee de NOLA. Extrait de sa mixtape 12/30 qui fait suite à 9/30, 10/30 et 11/30 (logique en même temps), Curren$y aka Spitta Andretti a donc invité Freddie Gibbs pour une collaboration. À peine le temps de digérer ce morceau de qualité que le natif de la Louisiane a annoncé un album en commun avec le rappeur de l’Indiana. La course à la productivité continue… – Clément

The Lox – Omen (Prod. Buda and Grandz)

Seize ans. Il aura fallu attendre seize ans pour que le trio du Yonkers sorte un troisième véritable album. Alors bien sûr Jadakiss, Styles P et Sheek Louch sont réapparus plus d’une fois ensemble depuis la sortie de We are the streets et d’autres types de projet ont été publiés par le groupe. Mais l’attente aura été longue pour revoir un projet cohérent et musicalement sans faille puisqu’on retrouve à la production des noms tels que V Don, DJ Premier ou encore Pete Rock. Sur « Omen« , l’introduction de l’album, c’est Buda and Grandz, duo que l’on a notamment pu découvrir sur Kairi Channel  de Dave East, et qui avec cette production plus que réussie, commence à se faire un nom  dans la jungle new-yorkaise. – Xavier 

Future & Rick Ross – That’s a check (Prod. Southside & DY)

2017 a commencé, et la cuvée s’annonce encore une fois grandiose pour le MC le plus influent depuis 2015. Et pour le premier extrait de Beast Mode II, c’est ce gros (plus si gros) Rozay qui a été choisi comme invité. Toujours la 808 Mafia et deux de ses plus fines lames, DY et Southside, à la production de ce vrai banger des familles, qui est arrivé juste à temps pour ambiancer les décomptes du Nouvel An. Et si vous étiez passés à côté à ce moment-là, il sera tout aussi efficace. – Xavier

Big Sean – Moves (Prod. Fuse)

Peu présent en 2016, Big Sean devrait être une des grosses pointures de cette nouvelle année, avec la sortie programmée de son quatrième album, I decided prévue pour le 3 février. Et c’est cet excellent « Moves » (morceau sorti en décembre mais nous allons intégrer le clip sorti en janvier) qui fait office de second extrait après le retentissant « Bounce back » sorti également en ce mois de décembre. Produit par Fuse, un des membres les moins connus de la tentaculaire 808 Mafia (que l’on a déjà pu voir aux côtés de Waka Flocka Flame ou encore G Herbo), « Moves » est une courte démonstration de flow et qui après « Bounce Back » nous rassure quelque peu sur la couleur que devrait prendre l’opus de Sean Anderson. – Xavier

Young Buck – Scar’d (Prod. Bandplay)

Les allers-retours en prison ne vont pas terrasser l’éternel Young Buck. À peine sorti d’une peine purgée pour avoir menacé de brûler l’appartement de son ex-petite amie, il ne lui a fallu qu’une semaine pour ressortir du neuf, lui qui compte déjà cinq projets sortis depuis 2015, dont le dernier, 10 bodies, est sorti en juillet dernier juste avant son incarcération. « Scar’d » n’est certainement pas le morceau de l’année, mais c’est quand même très agréable de savoir qu’en deux minutes seulement, le vieux loup de 35 ans est toujours capable de mettre une grande partie de la scène actuelle à l’amende. – Xavier

B.E.N.N.Y Featuring Skyzoo – The Hunter

Vous l’aurez déjà vu poser avec la team Griselda, normal, il est de Buffalo lui aussi. Lui, c’est Benny, de la méconnue Black Soprano Family. Second projet de 2016 pleinement validé pour lui après My First Brick, sorti il y a quelques mois. Cette fois, il se paie le luxe d’inviter Skyzoo. Le new-yorkais semble toujours prendre autant de libertés avec son flow et le tempo, raccourcissant ou allongeant les voyelles pour toujours retrouver ce beat relevé aux cuivres. Benny lui embraye le pas dans un style plus agressif. Il y a du déchet, mais ça bombarde : «You’re JR Smith in the Slunk / I’m Russell Wes’ in the clutch» … – Green

Westside Gunn – Brains Flew By (Prod. Mil)

Après Conway, c’est le frangin Westside Gunn qui vient rapper sur les productions du beatmaker français Mil. Une instru menaçante, composée sur le Vieux Continent pour accompagner, avec brio, les propos glaçants d’un des MC’s indés les plus plébiscités du moment. Histoires de réglements de comptes entre ennemis préférés, d’affrontements urbains sanglants, Gunn ne fait toujours pas dans la dentelle, et agrémente le beat de ses gimmicks reconnaissables entre mille, comme une marque de fabrique. Riots On Fashion Avenue, l’EP dont est issu ce track sortira le 10 février. Comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, on a une belle interview à venir pour vous raconter ça… stay tuned. – Green

Smoke DZA x Pete Rock feat. Dave East – Limitless (Prod. Pete Rock)

Dans l’océan de sortie du mois de décembre, difficile de passer outre le courant provoqué par Don’t Smoke Rock. Les briscards sont de sortie. Après l’album He Has Risen en mars et  la très bonne tape George Kush : Da Button, sortie en mai, Smoke DZA revient, ici avec le vétéran Pete Rock, qu’on ne présente plus. L’association est détonnante, surtout avec la la qualité des invités sur le projet : The Lox, Royce da 5’’9, Cam’ron, Mac Miller, Rick Ross… Certes le LP est marqué de quelques temps lents, mais de qualité. Moments qui semblent nécessaires pour laisser exploser les temps forts. Les beats grandiloquents de Pete Rock résonnent alors avec encore plus de fracas. «Limitless» est de ces morceaux. On regrettera juste un Dave East un peu effacé n’apparaissant que sur les refrains. On attendait mieux du newcomer de Harlem. Dans ce barouf, DZA, lui, s’éclate. Et rappelle qu’il fait partie des tous meilleurs quand il faut placer avec style de la rime élaborée. – Green


J.Cole – 4 Your Eyez Only (Prod. J. Cole, Elite, Childish Major, Bvlk, Chargaux)

La beauté de l’album de J. Cole, est qu’il est une oeuvre où chaque pièce est un chapitre annonçant le prochain. Il est plus qu’un simple album, il est une histoire. La renaissance, les bonheurs et déboires d’un ancien dealer repenti, laissé en témoignage à sa fille. L’album 4 Your Eyez Only est une narration complète, celle d’une vie, qui permet de mettre en relief, à travers le prisme du personnage central, les enjeux sociétaux de la nation américaine. Alors ce J.Cole ne fait pas nécessairement sauter au plafond, mais sa profondeur et sa subtilité se font sentir lors d’une écoute attentive, qui rebutera certains. Les tempos posés, les influences jazz, les douces productions flirtent à de nombreuses reprises avec la mélancolie, la nostalgie. Le caractère réel du récit, s’inspirant d’un ami proche de Cole, a certainement renforcé l’application du rappeur de Fayetteville pour nous transmettre ses plus profonds sentiments. Toujours sans featuring, Jermaine Lamarr Cole a visiblement mis tout son coeur dans ce projet. Un chef d’oeuvre qu’on a choisi d’illustrer avec la piste du même nom. «4 Your Eyez Only». « This perspective is a real one, another lost ‘Ville son / I dedicate these words to you and all the other children/ Affected by the mass incarceration in this nation / That sent your pops to prison when he needed education » Green

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