Commençons par souligner la difficulté de faire une sélection de dix bons sons sur une année prolifique comme celle de 2016. Il y aura toujours quelque chose d’arbitraire dans une sélection comme celle-ci qui ne représente vraiment personne de la rédaction tout en nous représentant tous. Cette année aura été marquée par de nombreux sons qui auraient mérité de figurer dans cette liste, mais le vote qui a eu lieu est sans appel.

10. Fayçal – 10 ans près (prod : DJ Yep)

En juin 2013, Fayçal sortait son troisième album intitulé L’or du commun. Depuis celui-ci, le bordelais était resté plutôt discret. Les morceaux « L’appel de la nuit », « 29.5 » et le refrain sur « Jolie cicatrice » d’Ojos lui ont néanmoins permis de tenir ses auditeurs en haleine. Récemment, le bordelais vient de publier le très attendu Bords perdus. Dj Yep a entièrement produit cet EP de quatre titres où se mêlent spontanéité et musicalité.  Le binôme n’a pas hésité à expérimenter remarquablement  de nouveaux horizons sonores avec des titres plus abstraits et électroniques. Nous avons retenu la chanson « 10 ans près » qui apparaît cependant dans la lignée des morceaux « 26 bougies »,  « Année 27 », « 28ème parallèle » ou « 29.5 » de Fayçal. Aujourd’hui trentenaire, il  se remémore dans ce track introspectif les désirs et les doutes  qui l’habitaient lorsqu’il était âgé d’une vingtaine d’année. La plume qui le caractérise est sublimée par la boucle céleste et envoûtante du beatmaker Dj Yep. Pour notre plus grand plaisir, le duo bordelais est déjà en train de travailler sur un nouvel album qui devrait voir le jour l’année prochaine. Jordi

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9. Droogz Brigade – Commencer par la fin (prod : Al’Tarba)

Au début de l’année sortait Projet Ludovico, premier véritable album des Toulousains de la Droogz Brigade, l’un des projets phares de la scène indépendante cette année. Avec le chef d’œuvre de Stanley Kubrick en guise de fil rouge très orangé, les quatre compères ont servi un album plus que réussi, d’une cohérence rare tout en ne restant pas coincés dans le thème de l’ultra-violence. Un album qui était parfaitement ouvert par « Commencer par la fin », peut-être l’un des titres les plus « classiques » du disque, mais qui n’en demeure pas moins un bon exemple de ce que les Droogz appellent le « moloko rap » ; rimes riches, flows supersoniques et champs lexicaux sortis tout droit de films d’horreur des années 1980, agrémentés d’extraits de films inconnus au bataillon, sur fond de samples sortis de nulle part. Il est à noter par ailleurs que la production de l’album signée Al’tarba est un quasi sans faute, pouvant produire des morceaux tendant vers la mélancolie comme des énormes tintamarres qui explosent dans tous les sens, tout en gardant sa fameuse patte bien reconnaissable. Xavier

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8. PNL – Da (prod : Soulaymanbeats)

Il était difficile en 2016 de ne pas se laisser prendre par la vague PNL. Les derniers irréductibles qui se refusent à l’écoute ont leurs raisons et nous ne leur en voudrons pas, mais ils passent à côté d’un groupe qui a su faire changer d’avis les plus puristes de la rédaction, même ceux qui ont pu réagir à la première écoute en se demandant sur quoi ils étaient tombés. A bien des égards, le titre « Da » tiré de leur dernier album Dans la légende est certainement l’un des plus populaires, tant par son côté plus classique lié à l’absence de vocodeur/autotune que par ses paroles crues dont la simplicité a quelque chose de poétique. Il y a chez PNL un « je-ne-sais-quoi » de fascinant, de par la musique comme par l’attitude. Demandant à être nominés aux Victoires de la musique non pas dans la catégorie « Musiques urbaines » mais dans la catégorie « Album de chansons », le groupe continue à se moquer de son succès et cela semble bien lui réussir. On ne se mouillera pas trop en disant qu’il se pourrait bien qu’Ademo et Nos fasse encore parler d’eux en 2017. De toute manière, ils n’ont pas l’air de vouloir s’arrêter en aussi bon chemin. Costa

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7. Waly & Myth Syzer – Zéro feat. Ichon

Le teaser laissait croire à une collaboration Waly-Cenza, sorte de retour vers le futur que l’on n’attendait plus. Feinte réussie. Si ce dernier fait bel et bien partie des figurants au sein du clip de Zéro, c’est Ichon qui trust les premiers rôles en compagnie de Myth Syzer. S’il ne s’agit pas du morceau qui en dit le plus au sein du projet Junior, la cohérence entre imagerie et discours frappe, quand l’instrumental prend lui toute sa place. Neuf et ancien s’allient désormais sous la bannière Exepoq. La famille montreuilloise s’impose peu à peu, tout en diversité, et semble bien lancée pour jouer les premiers rôles dans un futur proche. Manu

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6. Jazzy Bazz – Le roseau (prod : Hologram Lo’)

Cette année a été celle du premier véritable test pour beaucoup de MC’s et Jazzy Bazz en fait partie. Le premier album de la caution « cheveu sur la langue » de L’Entourage a été une réussite sur beaucoup de plans, et la variété des sonorités que l’on y trouve y est pour beaucoup. « Le roseau » est pour sa part produit par Hologram Lo’, beatmaker attitré de 1995 et membre de L’Entourage. Et l’on reconnaît rapidement le savoir-faire du tapeur de pads de Paris-Sud. Un boom bap simple, sobre, sans fioriture et qui laisse largement la place au découpage en règle opéré par le MC en question. Un découpage qui a bien lieu puisque c’est de sabre, ou presque, que l’on parle avec le Japon qui apparaît en filigrane d’un morceau centralisé sur l’apprentissage, l’entraînement et l’endurcissement que l’on peut largement mettre en parallèle avec la longue période de disette qu’a connu le rappeur de Grande Ville entre son dernier projet Sur la route du 3.14 et la sortie de P-Town. Aujourd’hui affûté comme jamais après une première pierre posée à sa légende, on ne peut qu’attendre la suite avec impatience. Xavier

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5. Lucio Bukowski – Ogni giorno e la scuola (prod : Oster Lapwass)

Bien qu’il semble avoir marqué un petit ralentissement en 2016 avec uniquement deux projets sortis cette année, le rappeur le plus productif de l’hexagone est toujours lyonnais. Extrait de l’album Oderunt Poetas confectionné avec Oster Lapwass, Lucio Bukowski avait dévoilé « Ogni giorno e la scuola » le 12 mai, soit quelques semaines avant la sortie de l’album. Personne ne vante les mérites du savoir et de la connaissance comme Lucio, et ce titre est une nouvelle déclinaison de ce thème qui lui est cher. Si « chaque jour est une école », comme le souligne la traduction du titre, c’est parce que le temps fait son œuvre ; il fait que certains artistes passent et que le public se lasse. Mais ce qui est vrai de quelques n’est pas vrai de tous, et ni la source d’inspiration du lyonnais ne semble se tarir, ni le public se lasser de lui. S’il est vrai que l’on peut regarder l’ensemble des œuvres d’un artiste comme la déclinaison d’un même thème, à n’en pas douter ce titre ferait figure de clef pour interpréter celle de Lucio : dans ce titre comme dans son œuvre, la recherche de soi et la connaissance du monde sont centrales. Cela explique son apparition dans ce classement, et le choix de ce titre de la part de la rédaction. Costa

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4. Hugo TSR – Là-Haut (prod : Art Aknid)

Juillet. Tandis que Bruxelles arrivait, serrée dans une caisse, Hugo s’en allait là-haut sur la butte… Cinq mois et cinq millions de vues après le morceau tourne toujours autant dans nos mp3. Surement parce que « Là-haut » est une perle incontestée et incontestable de 2016. Un an après le Passage flouté de son TSR Crew et quatre ans après son dernier projet et désormais classique Fenêtre sur Rue, Hugo TSR a re-frappé un grand coup le 22 juillet dernier avec ce titre. Sur une instrumentale nécessairement boom bap d’Art Aknid, le rappeur parisien revient à ses amours de toujours : le rap et le graffiti. Une ode à la rue, aux citadins, aux parisiens, au dix-huitième arrondissement de la capitale… Du Hugo Boss comme on l’aime, pas forcement novateur mais toujours aussi efficace. Mention spéciale pour le clip réalisé par Chambre Froide (le label indépendant du TSR Crew) et en co-réalisation avec Akim Laouar Aronsen qui met en scène Simon Nogueira, figure du freerun français, dans un noir et blanc très esthétique. Hugo TSR annonce donc en grande pompe son prochain solo, à venir, on l’espère, le plus vite possible. Clément

3. Kohndo feat. Nekfeu – Faut qu’je tienne (prod : DJ BRANS)

C’est incontestablement l’un des albums phares de l’année en rap français. Intelligent, très musical, aussi bien écrit que bien produit, varié sans perdre en cohérence, Kohndo se bonifie tel le bon vin. Alors qu’on lui connait une discographie riche et perspicace, de sincère passionné, et qu’on pourrait, en 2016, passer à côté d’une tête old school de l’Hexagone, on a bien fait de s’y arrêter : Intra-Muros est peut-être son meilleur album, lui qui compte pourtant déjà cinq solo. Cette connexion avec Nekfeu établit le lien parfait entre deux générations, et honore les kickeurs, les plumitifs et amoureux du hip-hop. Lucide regard sur la société moderne, « Faut qu’je tienne » est à la fois simple dans le fond et recherché dans la forme. La narration est efficace, nous questionne et nous renvoi à nos tourments : des heures perdues sur les réseaux sociaux à l’inlassable quête de paix interne, le morceau fait largement écho à la fuite du temps, élément dominant de l’album de K.O.H. La boucle de piano est sobre, mais le BPM se marie à merveille. « L’avenir est si terne, on veut devenir des poids lourds » chantent-ils ; on peut leur affirmer que c’est déjà le cas. Antoine

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2. Swift Guad – Poignée de Punchlines (prod : Al’Tarba)

L’alchimie qui règne entre Swift Guad et Al’Tarba ne date pas d’hier puisque leur collaboration dure depuis la fin des années 2000, le MC / beatmaker membre de la Droogz Brigade épaulant le MC Montreuillois depuis son premier album, Hécatombe, paru en 2008. Depuis, Swift Guad s’est efforcé d’aller explorer d’autres terrains, et d’expérimenter d’autres types de sonorités, notamment sur La Chute Des Corps. Mais pour sa Poignée De Punchlines, concept qu’il n’est plus besoin de présenter ici, mettant généralement en avant un rap plutôt classique alliant sample et BPM aux alentours de 90, Swift a décidé de faire plaisir à ses auditeurs de la première heures, en leur offrant une démonstration de rap de six minutes, sur une triple prod d’Al’Tarba, ponctuée par les scratchs d’un autre compère de longue date, DJ Nix’on. Une performance qui le place haut (voir au sommet) dans le classement des meilleures Poignées de Punchlines, pour un retour aux sonorités boom bap qu’il prolongera le temps d’un album avec Mani Deïz, Masterpiece, dans les bacs depuis le mois dernier. Olivier

1. Caballero et JeanJass – Repeat (prod : BBL)

Numéro un de ce classement, « Repeat » de Caballero et JeanJass est sorti le 15 février 2016. Arrivé largement en tête de ce classement de la rédaction, il appartient à la catégorie de ces titres dont on sait à la première écoute qu’il se passe quelque chose.  Pourquoi un tel succès ? On peut affirmer que Caballero et JeanJass ont su trouver l’alchimie sur l’ensemble de leur projet Double hélice qui est un véritable bijou. On sent que ce qu’il se passe entre les deux est le commencement de quelque chose. Assurément, en ce qui concerne ce titre, l’instrumentale de BBL est une pure tuerie. Il y a cette petite mélodie qui entre dans la tête pour ne plus en sortir, la basse qui apporte toute la lourdeur qu’il faut et un rythme lancinant que les deux rappeurs ont magnifiquement capté. Rien de mieux pour la nonchalance du flow de « double J » que ce type de musique. S’il s’agit d’un égotrip teinté d’une ironie dont on ne sait pas si elle est feinte ou avérée, les deux rappeurs ont su se mettre dans la peau de personnages que l’on apprécie vraiment, quand bien même on ne serait pas spontanément attiré par ce type de discours. Ces paroles qui mélangent ironie et un fond de vérité ont rencontré leur public, et on peut être assuré qu’ils ont trouvé là un créneau qui va maintenant leur coller à la peau. Il faut d’ailleurs avoir vu « Repeat » en live pour comprendre toute la puissance de ce titre, aussi plaisant sur scène que dans le canapé. Bref, Caba et JJ ont trouvé la formule. « Comme le cheese’ à un euro, tout le monde est content » ! Costa

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