Novembre a reçu son nom de la place qu’il occupait dans l’année de Romulus, la neuvième donc, avant d’être déplacé à la onzième à l’époque de la réforme du calendrier romain par Numa. Cependant, en 2016, et en termes de productivité en sorties rap français, novembre aura eu des allures de neuvième mois, se plaçant dans la continuité des très généreux septembre et octobre… Comme à l’accoutumée, ne cherchez donc pas l’exhaustivité dans cet article, mais plutôt une sélection de 10 titres qui ont retenu notre attention le mois dernier.

Le 11 novembre : Sofiane – Je suis passé chez So : Episode 10 (Prod. 2050 Millions)

Eternel jeune espoir du rap français depuis bientôt dix ans, Sofiane a déjà fait main basse sur l’année 2017. Pour fêter sa signature chez Capitol Music qui devrait le faire embrayer sur un nouvel album, le MC de Blanc-Mesnil a dévoilé le 10ème volet de sa série Je suis passé chez So. Et c’est toujours dans son style bien à lui, entre phrases choc (« A six sur une tchoin qu’a la tête à Djorkaeff »), flows dévastateurs et un rap le couteau entre les dents, que Sofiane nous prouve qu’il a définitivement passé ce cap qui devrait lui permettre de s’imposer comme une des grosses pointures de ces prochaines années dans le paysage du rap en France. Quant à la production elle est signée 2050 Millions, inconnu au bataillon mais qui nous offre une solide ligne de batterie sous un sample sobre, presque montone, loin des ambiances baroques présentes sur d’autres épisodes. Xavier

Le 2 novembre : Anton Serra & Eddy – Petit chanceux

Au vu des évolutions personnelles depuis leurs dernières collaborations, on se demandait de quelle couleur pourrait bien se teinter le projet commun Serra – Eddy. L’atome crochu entre ces deux grands enfants était en fait évident. Ce premier extrait n’est pas sans rappeler le morceau « Cheptel », en date de 2012 sur l’album Sales gones, qu’il s’agisse de la sonorité du sample ou de l’amertume ambiante. Mais la différence réside dans une dimension beaucoup plus introspective. Anton livre du Anton – valeur sûre – quand on cerne chez Eddy certaines des raisons de sa mutation, qui l’a dernièrement amené au croisement des genres. Les quatre cents coups est disponible depuis le 25 novembre au rayon « variété française », aboutissement d’une salve de cinq autres extraits à l’univers relativement cohérent. Manu

Le 18 novembre : Hassan Monkey – Burnin’

Riffs de guitare, abondance d’instruments à vent, caisses et basses ajustées, enchevêtrement de sons tout en harmonie. C’est comme ça que s’ouvre Babel, le premier EP d’Hassan Monkey, le MC de Perpignan, PerpiZoo pour les intimes. L’instru est signée Olivier de Drum Dreamers, avec quelques influences reggae en fin de track, comme pour rappeler que le hip-hop, lorsqu’il balbutiait encore, empruntait beaucoup à la musique jamaïcaine. Monkey, sur un court passage, introduit le travail avec énergie, comme une carte de visite avant d’aller plus loin sur le projet. Maxime

Le 23 novembre : Fadah – Une Ombre Au Tableau

Après « Outsida’ » sorti en septembre dernier, Fadah a dévoilé le second extrait de son album à venir Cet Art… Sur une prod déroutante et envoûtante de Slim Guesh (souvenez-vous du morceau Ronde de nuit sur notre mixtape DU BON SON #2), Fadah continue de nous bluffer. Aussi à l’aise sur du boom bap que sur des productions beaucoup plus modernes, le toulousain tranche, entaille, découpe, morcelle et dissèque. Le clip transcende le tout : un noir et blanc efficace, des plans léchés et un Fadah charismatique. Il arrive quand cet art ? Clément

Le 15 novembre : Gonzo Skizo – 11 m2  (Prod. Nizi)

Activiste depuis bon nombre d’années sur Nantes et sa région, Gonzo Skizo, maître d’un style particulier, à la voix nasillarde et pas toujours accessible, propose cette fois un son conceptualisé plus abordable et bougrement efficace. Enfermé dans ses 11 mètres carrés, Gonzo met de côté Skizo le temps d’une chanson dans laquelle il évoque sa passion et ses tortures d’esprit pour l’écriture, la lutte contre le cancer (son ami et rappeur Spoka a organisé bon nombre de concerts pour récolter des sous afin d’aider son père à guérir), son quotidien dans un espace restreint et l’optimisation qu’il en fait. Il faut dire que la perle de boucle jazzy signée Nizi n’est pas étrangère au résultat mélodieux et enivrant du morceau. De la pure passion en son et en images. Antoine

Le 25 novembre : LaCraps feat Mokless – Bleu de travail (Prod. Sonata)

Fin octobre nous avions pu interviewer LaCraps pour la sortie de son double album « Les preuves du temps ». A cette occasion, le montpelliérain nous avait dévoilé la présence de plusieurs invités de qualité. Il semblait notamment comblé de pouvoir compter sur la collaboration de Mokless, icône du rap hexagonal, plutôt discret au cours de ces derniers mois. Sur une instrumentale de Sonata composée de samples de flûte et de piano, les deux rappeurs ont décidé de traiter du thème du labeur et de la précarité. « Bleu de travail » constitue un véritable  hommage au prolétariat, à la France d’en bas et apparaît clairement comme une connexion réussie entre le membre de la Scred et celui de LaClassic. L’outro du morceau quant à elle est un clin d’œil à Matthieu Longatte, humoriste révolté et créateur du concept Bonjour Tristesse qui connait un véritable succès sur la toile ces dernières années. Jordi

Le 3 novembre : Pumpkin & Vin’s Da Cuero – Chimiq

« Chimiq » ou comment raconter l’histoire des fluides corporels avec style. Passant au crible les relations amoureuses, charnelles, la séduction, les déceptions, les joies, bref nos comportements, Pumpkin se joue des figures de style et balance multitudes de double sens. En superposant avec rythme les niveaux de lecture, elle donne plusieurs vies à ce morceau, qu’on réécoute à l’envi. La prod très smooth à la ATCQ de Vin’s Da Cuero n’est pas non plus étrangère à ce petit plaisir, paru le 18 novembre dernier sur l’EP éponyme. Maxime

Le 4 novembre : Dosseh – 25 décembre

Annoncé comme le premier véritable album de Dosseh, Yuri aura au moins prouvé une chose : le MC Orléanais est capable de briller dans tous les registres, même quand il invite B2O ou Nekfeu à poser un couplet. À défaut de posséder une véritable cohérence, ce disque offre de très bons morceaux, parmi lesquels nous retiendrons « 25 décembre », puzzle de mots et de pensées dans lequel Dosseh se livre sans filtre, entre confidences et réflexions variées. Un morceau introspectif qui sonne juste, qui permet au MC d’exprimer pleinement ses qualités d’écriture et d’interprétation. Assurément un des moments forts de l’album. Olivier

Le 13 novembre : Swift Guad – La Hyène et le Loup (Prod. Boudj)

Ce mois de novembre a vu Swift Guad apparaître sur plusieurs fronts : tout d’abord pour une sortie majeure, celle de Masterpiece, son album commun avec Mani Deïz, sur le morceau  « Le jour se lève » aux côtés de Nekfeu sur notre nouvelle mixtape, mais également pour l’annonce d’un projet plus discret dont le chef d’orchestre est Boudj, un des membres du Gouffre. War for Peace s’annonce comme une compilation sur laquelle on pourra retrouver de nombreux rappeurs français, et le son « La Hyène et le loup » en est le premier extrait. Sur une instrumentale minimale et mélodieuse, Swift Guad se promène et parvient à faire sonner un refrain entêtant et bien pensé. Description d’une société actuelle dans laquelle les hommes pour une carotte « se mettent un bâton dans le cul », les paroles mêlent astucieusement humour et réalisme. La référence aux fables de La Fontaine fait que l’on cherche une morale, mais à défaut d’en trouver une explicite, on retiendra que, dans cette période électorale, il faut faire très attention à ceux qui promettent la carotte : « Nous les humains on sert à rien à part niquer cette planète, t’as moins peur du Front National que d’abîmer tes baskets ». Costa

Le 29 novembre Heskis – Hey Mennn (Prod. Kaïros)

Heskis se rappelle à notre bon souvenir. Le larron du 5 Majeur vient bomber du torse, et placer du flow. « J’frappe précis à la Zinédine », boum, dans ton diaphragme. Parfaite entrée en matière que ce « Hey Mennn » pour annoncer son futur EP. Salve après salve le garçon dézingue ses condisciples sur une excellence de prod de Kaïros. Le mystérieux beatmaker de la 75ème Session se fait discret jusqu’ici, balançant des productions au compte-gouttes sans en dévoiler plus sur son identité, mais peu importe tant qu’il nous donne l’occasion d’écouter à nouveau son travail. Avec Heskis ? Réponse bientôt. Maxime

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