L’été est enfin là, même s’il a tardé à se montrer sur une bonne partie de la France, c’est pourquoi nous vous proposons d’enrichir vos summer-tapes. Il y a de la chaleur dans cette sélection. Du soleil, mais pas seulement. Certaines de ces pépites US portent en elle le poids d’un monde fait d’inégalités, d’un monde qui globalement va mal. On ne s’interdit pas de profiter, de rire, sourire, de s’offrir des soupapes via la musique. Mais dans une Amérique où le populo Trump sera candidat à l’élection présidentielle, où les clivages sont mis à jour, où les violences policières sont plus mises en avant que jamais, certains de ces morceaux sonnent comme des rappels à la dure réalité. Les USA, la France, le monde, traversent des périodes parfois bien difficiles, sachons profiter des bons moments, et tentons de porter la voix de ceux qui en ont moins. Peace, Love, Unity, and Having Fun.

De La Soul feat Snoop Dogg – Pain

Il y a quelques semaines, De la Soul annonçait son retour. Excitation maximum pour qui aime un tant soit peu le côté solaire du trio new-yorkais dans l’océan de boom bap sombre de la côte Est. Mais voilà l’EP gratos sorti en mai et son titre phare « For Your Pain & Suffering » laissait un goût d’inachevé. Ni bon, ni mauvais, loin de leurs meilleures envolées des années 90, on craignait que cela n’annonce qu’un album bâclé. Un retour précipité de vieilles gloires qui n’auraient plus le groove qu’on leur a connu. Et puis en ce mois de juin est sorti « Pain ». Et a mis tout le monde d’accord. Une production bootyshako-funky qui se savoure comme un cocktail d’été. Le genre de piste propice au plus smooth des rappeurs en la personne de ce bon vieux Snoop qui vient glisser du rap en toute aisance. Le citron vert dans ta Caipirinha.

Jonwayne – Jump Shot

Jonwayne n’est plus chez Stones Throw, mais le MC/producteur est toujours dans le game. Après sa vraie-fausse annonce de retraite voilà un peu plus d’un an et son EP d’alors Jonwayne is Retiring, il vient rappeler qu’il couche les rimes aussi facilement que les beats. Ces dernières semaines, l’ancien protégé de Peanut Butter Wolf  nous avait déjà offert « Wonka » et « That’s OK ». Un tryptique downtempo des plus savoureux ponctué par ce « Jump Shot ». Jonwayne la force tranquille. Nothing but nett. Ficelle. Vivement la suite.

Ugly Heroes – Today Right Now 

Un morceau produit par Apollo Brown a souvent la facultété de produire un frisson particulier. Le producteur du Michigan sait transporter son auditoire en quelques secondes. Tu fermes les yeux, tu bouges la tête, tu es ailleurs. Le mode d’emploi favori de Brown  pour t’emmener dans sa machine à voyager ? Un sample soul, parfois quelques instruments à cordes ou des cuivres grandiloquents, un beat gras et rond pour titiller le diaphragme. Le tout donne une impression de puissance sous-jacente, de grandiose. En y ajoutant les rimes du voisin de Detroit Red Pill, et le timbre si assuré du chicagoan Verbal Kent, on obtient avec Everything In Between un album presque aussi prenant que le premier LP de Ugly Heroes, sorti voilà déjà trois ans.

Deux albums qui mettent en avant la vie des gens de tous les jours. Ces Ugly Heroes qui se lèvent tous les jours pour trimer. C’est sous l’angle de vue des everyday people, dans ces contrées emplies de cols bleus sur les bords du Michigan, que le trio compose et rappe. Important dans une Amérique en proie aux divisions, les Ugly Heroes n’oublient pas d’où ils viennent. À ce titre on vous conseille ce papier (en anglais), sur Verbal Kent, qui malgré les 10 cafés qu’il a ouverts dans la Windy City (Chicago), continue de porter la voix des plus vulnérables.

Alex Wiley – Games (Prod. The Burning Giraph & CRSN)

Alex Wiley. Voilà un nom supplémentaire à coucher sur la liste des talents chicagoans. Nous étions passé à côté de son précédent projet, en novembre dernier (Village Party 2 : Heaven’s Gate), mais nous n’avons pas loupé l’excellentissime tape Tangerine Dream, sortie mi juin. Celui qui est plus connu pour ses collaborations avec Mick Jenkins et Chance The Rapper, délivre un opus plutôt chill, parfois plus énergique, saupoudré de rap bien rapide. Le tout s’écoute aisément d’une traite, mais on vous a mis ce « Games » de côté. Le texte n’est effectivement pas des plus techniques, mais le bonhomme rappe bien et colle comme il faut à ce beat ralenti aux relents jamaïcains.

Danny Brown – When it rain (Prod. Paul White)

Pratiquement absent du circuit depuis son dernier album Old sorti en 2013, Danny Brown annonce de manière tonitruante son retour dans les bacs pour cette année. Le chevelu de Detroit ne montre pas d’évolution particulière opérée durant sa longue absence et exécute toujours avec le même style complètement frénétique. Fraîchement signé sur le label Warp, Danny Brown devrait tantôt annoncer la date de sortie de son 4ème album annoncé depuis bien longtemps.

Juicy J & Wiz Khalifa – Rude awakening (Prod. TM88)

Difficile d’extraire un morceau de ce puit bangers tous plus efficaces les uns que les autres. On a là association de deux styles assez différents entre le gangsta rap très orienté trap du Memphisien Juicy J et le dirty plus doux savamment parfumé d’herbes grasses du jeune MC du Dakota du Nord. Cependant, étant intégralement produite par TM88 on imagine que c’est le plus jeune des deux qui a du faire quelques concessions au niveau instrumental. Dans tous les cas c’est une mixtape très homogène et particulièrement réussie que nous recommandons vivement.

ScHoolboy Q – Tookie Knows II (Prod. Nez & Rio)

ScHoolboy Q aura lâché pas moins de cinq extraits clippés pour annoncer la sortie de Blank Face LP, son album paru le 8 juillet, deux ans après Oxymoron. Parmi ces extraits, on retiendra notamment l’entêtant « That part » en featuring avec Kanye West paru en mai, ainsi que le déjà fameux « Tookie knows II » (ci-dessous) sorti le mois dernier. Ce titre constitue l’outro de l’album, mise en image par le biais d’un court métrage aux petits oignons faisant suite au clip de « By any means » paru quelques jours plus tôt, celui du tout récent « Black THougHts » terminant de boucler la trilogie imaginée par le rappeur de la Cité des Anges, trois épisodes autour du destin d’une bande de jeunes braqueurs. Nous attendions l’album avec fébrilité, et nous en avons eu pour notre compte avec ce disque de gangsta rap à la sauce west coast, aussi dense que singulier, sombre dans le propos mais plus lumineux dans sa partie instrumentale.

Future – Check on me (Prod. DY)

L’ultra productif Future compte bien s’emparer du trône en 2016. Après avoir ridiculisé son ami Drake sur son propre album, la voix la plus connue d’Atlanta en est déjà à sa troisième mixtape cette année après Purple Reign et EVOL. A vrai dire, le Project ET est surtout l’œuvre de DJ Esco, puisque Future n’apparaît pas sur tous les tracks. On y retrouve du beau monde tel que Lil Uzi Vert, Juicy J, Drake, 2 Chainz, Young Thug ou encore Rae Sremmurd, mais c’est un solo du MC de Géorgie que nous avons choisi pour notre sélection. Et c’est toujours dans ce style émanant de vapeurs violettes et de mélancolie que Future canarde la prod avec sa voix si spéciale. La mixtape n’amène rien de bien neuf mais suffira largement à ambiancer vos barbecues estivaux.

Migos – Cocoon (Prod. Cheeze Beatz)

Le trio d’Atlanta ne s’arrête plus. Après avoir déjà sorti l’excellente tape Young Rich Niggas 2 en début d’année, Migos annonce une nouvelle tape pour août dont « Cocoon » est le deuxième extrait. Habitué des morceaux plus énergiques où ils expriment leurs flows d’extraterrestre, « Cocoon », produit par Cheeze Beatz s’insère dans une ambiance plus mélancolique où l’on entend Quavo, Offset et Takeoff contempler leur succès du haut du cocon dans lequel ils sont nichés, se considérant ainsi comme les rois du game. En prévoyance de leur très attendue tape en commun avec Young Thug, No label 3 devrait contenter pour un temps les plus fervents fans du groupe.

Snoop Dogg – Coolaid Man (Prod. Cardo)

On débute et on finit ce mois de juin avec Snoop Dogg. Au moment où Snoop s’invitait chez De La Soul, il présentait également ce qui est son quatorzième album studio, Coolaid. Le natif de Long Beach traverse les décennies en restant le king du cool, le boss du chill. Tout en légèreté, Snoop pose ses vers sur une production sucrée de Cardo, qui prouve une fois encore qu’il fait partie des meilleurs beatmakers US du moment. L’association des deux ne fait aucun doute : on tient un des morceaux de l’été.

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