Comme chaque mois, nous nous livrons à un difficile exercice. Sélectionner 10 bons sons de rap venus de chez nos cousins américains. Il est toujours malgré tout questions d’arbitrage, de rendre la part belle à des artistes qu’on aime certes, en essayant de représenter au mieux les goûts de la rédaction. Parfois, on laisse à regrets des tracks sur le côté. Mais fourbes que nous sommes, on essaie toujours de glisser les importants homies omis. Difficile de placer ScHoolboy Q (feat. Kanye West) et son That Part entendu sur les ondes US dès la fin du mois, alors qu’on place Q dans presque toutes nos sélections en 2016. Que le bougre est talentueux. Difficile aussi de mentionner chaque mois l’une des nouvelles tapes du louisianais Curren$y, à moins de ne faire une sélection rien que pour lui. Cependant on vous conseille discrètement l’écoute de The Legend Of Harvard Blue. Autre événement absent de cette sélection : la fameuse collaboration entre Jay Electronica, l’homme que l’on n’attend plus (voir l’article de nos confrères de reaphit) et le génie masqué MF Doom. Le titre a du rester tout au plus 72h en ligne pour appâter le chaland avant de disparaître des Internets. On espère qu’il ne s’agit pas d’une énième Arlésienne de la part des deux bonhommes et qu’on pourra vous proposer ce croisement de mic’ dans les prochaines semaines. L’exercice au moment de trancher et ne garder que 10 morceaux est donc toujours périlleux. On espère, et on ose penser, que vous trouverez votre bonheur dans les 10 pistes ci-dessous. Bonne lecture, bonne écoute.

Le 29 avril : Young Thug – Texas Love

Sorti à la toute fin du mois d’avril, époque à laquelle nous l’avions raté, c’est encore un morceau hors projet pour ce stakhanoviste parmi les stakhanovistes qu’est Young Thug qui rend cette fois un hommage aux nombreuses victimes des inondations récentes dans le far west. Alors que le jeune MC d’Atlanta a récemment annoncé son album «  Hy!£UN35 », (prononcez HiTunes), il ne devrait pas manquer d’actualité à l’heure d’attaquer la promotion qui devrait être gigantesque, surtout après les ventes décevantes qu’avait connu Barter 6, son dernier projet payant.

Le 1er mai : The Underachievers – Play That Way

Entre énergie et drogues de synthèse, la musique du jeune duo de Flatbush commence à toucher pas mal de monde. Il est vrai que le talent se reconnaît, et qu’un univers bien rempli aide à l’identification. Sur un nouveau dix titres intitulé « It Happened in Flatbush », à la pochette baseball inspirée du film du même nom datant des années 40, AK et Issa continuent de délivrer leurs ésotérismes sur flows archi-rapides, battements continus et samples SF sous fond de LSD, de champignons et d’élévation sous toutes les formes. Encore un projet à ne pas écouter à jeun, pour en apprécier toutes les subtilités.

Le 20 mai : T.I. – Dope (Prod. Dr Dre)

King of south is back ! Dans le style triomphal qu’on lui connaît, le MC d’Atlanta annonce son dixième album solo avec un morceau clippé qui fleure bon le rap des années 2000 et qui ravira les amoureux du genre. A 35 ans, Clifford Joseph Harris Jr prouve qu’il n’a rien perdu de sa superbe et entend bien montrer à l’exceptionnelle scène émergente d’Atlanta qu’il est encore bien en place et qu’il ne sera pas facile à détrôner.

Le 27 mai : Bodega Bamz – All Eyez Off Me (Prod. P On The Boards)

Il y avait des mois que l’on avait pas parlé de Bodega Bamz entre ces lignes. La dernière fois, c’était pour son apparition sur Human de Joell Ortiz & !llmind, et vous avez pu l’écouter avec Flatbush Zombies il y a peu. Cette fois, c’est seul que le MC de Harlem revient, et il a sorti l’artillerie lourde. La production froide, affolante, et délicieusement downtempo de P On The Boards sied au mieux aux mots de Bamz.

Le 13 mai : Oddisee – Right Side Of The Bed

Oddisee reste rarement inactif. Pour le plaisir de nos tympans, le MC-producteur de DC a toujours un tour dans son sac. En avril il sortait l’excellentissime projet gratuit Alwasta. En mai, il revient avec The Odd Tape, sorti chez Mello Music Group, un label qu’on aime beaucoup. Oddisee est certes un poseur de talent, mais c’est avec un projet 100% instru qu’il revient. Le projet s’écoute en entier mais puisqu’il ne doit en rester qu’un ici, on en a retenu cette pépite. « Right Side Of The Bed », un concentré de chaleur. Sur cette boucle de saxo, ces notes de piano, cette nappe sucrée, on a envie de se laisser aller, prendre un café, se poser dans le canapé ou sur le coin du lit, et bouger tranquillement la tête. Smooth, envoûtant, bon comme le petit-déj du dimanche matin.

Le 2 mai : Kid Ink – Bank (Prod. D.A Doman)

Petite tricherie dans notre top avec le clip de « Bank » de Kid Ink, initialement paru sur Summer in the winter, l’album de ce dernier sorti le jour de Noël et que l’on avait raté en son temps. Alors qu’il vient de fêter la naissance de sa fille, le MC californien lance tranquillement son année 2016 avec ce clip haut en couleur, ultra calibré pour nos puristes préférés grâce à un mélange d’autotune, de bpm élevé et d’exhibition d’une certaine idée de la réussite.

Le 20 mai : Havoc x The Alchemist feat. Method Man – Buck 50’s & Bullet Wounds

Le MC / producteur Mobb Deepien Havoc et le beatmaker The Alchemist n’en sont pas à leur première collaboration. Ce dernier, qui vole souvent la vedette aux MC’s qu’il produit, a en effet déjà largement travaillé avec le duo du Queensbridge, on pense notamment aux albums Return Of The Mac et The Albert Einstein LP, ses albums communs avec Prodigy, binôme d’Havoc au sein de Mobb Deep. L’album qui nous intéresse ce mois-ci, The Silent Partner, permet pour une fois à Havoc de briller, sur des productions aux petits oignons, sombres, aux samples multiples, proches des identités respectives des deux protagonistes, du ALC dans toute sa splendeur. Côté featurings on retrouve trois têtes familières : Cormega, Prodigy, et Method Man. « Buck 50’s & Bullet Wounds », marque d’ailleurs les 20 ans d’ « Extorsion » la première collaboration entre le membre du Wu-Tang et Mobb Deep.

Le 12 mai : Post Malone feat. Larry June – Never Understand

La musique d’aujourd’hui, couplée aux internets, crée des stars éphémères en quelques titres. C’est le cas de Post Malone, avec deux clips visionnés des dizaines de millions de fois sur Youtube, « White Iverson » et « Go Flex ». Ces deux morceaux auront suffi à taper dans l’œil d’une autre superstar, Justin Bieber, qui le propulsera en première partie de ses shows outre-Atlantique, tout cela sans le moindre projet à proposer. C’est désormais chose faite avec August 26th, mixtape prélude à son premier album qui connait déjà sa date de sortie. En voici le premier titre, dans lequel l’emo-rappeur revient sur cette fulgurante ascension qu’est la sienne, sur une production du fameux duo Fki. Bon, et si vous abhorrez le vocoder, les trucs chantés à la limite de la fragilité, passez votre chemin, il y aura d’autres moments pour vous par ici.

Le 15 mai : Westside Gunn, Conway & Mach Hommy – Chyna

Le Griselda Gang a encore frappé en ce mois de mai, et l’équipe la plus ruff du moment venant de Buffalo a sorti la machine à baffes, avec un six titres intitulé Don’t Get Scared Now. L’alchimie entre les rappeurs, leurs flows lents et ravageurs, avec les instrumentales minimalistes et quasi beatless marche toujours aussi bien, la dureté du son nous faisant froncer le sourcil et regretter l’interdiction française du port d’arme. Le gangsta rap véritable commence à se faire, rare, voici quelques-uns des derniers représentants du genre.

Le 20 mai : Casey Veggies – Perfect Timing (Prod. Harry Fraud)

La liste des projets de Casey Veggies commence à être longue comme le bras. Le natif d’Inglewood n’a pas encore la palanquée de tapes d’un Curren$y, mais il en est peu ou prou à sa 9 ou 10ème sortie. Et il n’a que 22 ans. Certes il n’a qu’un seul album studio à son actif mais la liste de ses collaborations ferait pâlir plus d’un MC (Kendrick Lamar, Dom Kennedy, Ty Dolla $ign, Vince Staples, les mecs de Odd Future…). En revanche on a appuyé pas mal de fois sur skip sur cette dernière mixtape. Beaucoup de grands noms en feat. ou à la production mais un ensemble qui manque parfois de liant. Vous nous direz que c’est une mixtape, que c’est donc normal, et vous aurez aussi un peu raison. Malgré tout, cette production légère de Harry Fraud valait le détour. Quelques cordes bien senties, un beat posé saupoudré de quelques claps de temps à autres pour réveiller l’auditoire. Si le rap de Casey Veggies mériterait quelques punchlines plus percutantes, on se doute que le bonhomme la joue volontairement facile. C’est en tous les cas l’impression qu’il donne. Comme un sportif talentueux qui laisse entrevoir le superbe sans toutefois le dévoiler par nonchalance, ou volonté de passer pour une force tranquille. Mais c’est aussi cette aisance qui fait couler tranquillement le track, en mode easy listening.

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