Le synopsis est simple : Mani Deïz, l’un des beatmakers les plus demandés du moment accompagné des deux hommes forts du collectif bruxellois « La Smala » Senamo et Seyté. Sorti le 6 mai dernier, Trois fois rien c’est 13 titres, 50 minutes et du rap boom-bap comme on l’aime.

Après trois mixtapes et deux EP avec la Smala c’est la première fois qu’on entendait Senamo et Seyté en duo sur un projet. Le pitch rappelle presque « L’Exutoire collectif », l’un des deux crew qui avait donné naissance à « La Smala ». La complicité des deux kickeurs se ressent dans tout le projet. Ils débitent leurs rimes avec une facilité déconcertante et se révèlent hyper complémentaires. Cette mixtape est aussi l’occasion de fêter les dix années de scène des deux gaillards. Senamo et Seyté mettent donc de côté La Smala le temps d’un projet. Mais la famille n’est jamais très loin car on les retrouvera dans le morceau « Freestyle all shart 2 ».

On avait eu l’occasion de découvrir à l’avance trois titres au travers de leurs clips  : l’impressionnant « Dans ses yeux » et les deux solos de ceux qu’on apprend à appeler Colin et Samuel « Un seul pas » et « Perle de rimes ». Deux clips tout droit sortis des années 80 et qui collent bien à l’identité du projet. On ressent là une réelle recherche et beaucoup de créativité derrière ces deux clips innovants et brillamment réalisés.

Rentrons maintenant dans le cœur du projet. A la première écoute ce qui ressort directement ce sont les instrus précises et percutantes made in Mani Deïz. Elles subliment les textes des deux MC’s et sonnent juste à chaque instant. Le premier titre « Fusion Ultime » donne directement la couleur avec ses scratchs à l’ancienne très bien dosés. Quand on s’attarde sur les lyrics de ce premier titre, on comprend que la volonté des deux smaliens est de supprimer la frontière qui existe au niveau du rap entre la Belgique et la France « Et 2016, Bruxelles Paris a validé, quand Senamo et Seyté riment avec Mani Deiz », un sentiment qui ressortira tout au long du 13 titres et encore plus avec le morceau « Chez nous ». Le souhait des deux rappeurs est de modifier l’étiquette de « belges » qu’on leur colle trop souvent. A travers « Chez nous » ils nous apprennent que leur travail dépasse maintenant les frontières et qu’ils sont loin des clivages qui pouvaient exister par le passé.

“Moi je t’offrirai des perles de rimes venues de pays où on n’écrit pas” Seyté – Perles de rimes

Les deux bruxellois sont entrés dans une autre dimension dans leur écriture. Beaucoup de puristes avaient le sentiment de les voir tourner en rond avec des thématiques redondantes. Exit donc les textes qui tournent autour de l’alcool et la weed, cet album est celui de la maturité pour les deux bruxellaires [sic]. D’autant plus quand ils dressent un premier bilan de leur vie dans le titre « Dans ses yeux ». En effet les deux rappeurs mettent en exergue le fait que l’image que les gens ont d’eux est bien différente de la réalité. L’occasion de découvrir une autre casquette (ou béret pour Seyté) des deux bruxellois.

La grosse claque de l’album reste sans aucun doute le « Freestyle All Shart 2 ». Une horde de kickeurs belgo-franco-suisses qui enchaîne des freestyles de 8 mesures durant 12 minutes. Parmi tous ces artistes on retrouve la grande famille de la Smala mais aussi des apparitions surprenantes. En totalité, ils sont 30 à plier l’instrumentale. (Dans l’ordre : Seyté, Char , Metissa, Reeno, F.L.O, Seven, Ol Zico, Primero, Saké, Neshga, Stara, El Chileno, Eli MC, Romeo Elvis, Rizla, Mani Deïz, Convok, Shawn-H, Jean Jass, Kosta, Yan’so, K-Otik, James Deano, Di-Meh, Caballero, Geule Blansh, Paco, Lacraps, Limsa, Sideral, Senamo). Ce son était l’occasion de donner une suite au premier « Freestyle All Shart » sorti fin 2011 qui rassemblait l’entourage proche du collectif à l’époque.

Parce que la phrase choc est leur marque de fabrique, on retrouve des sons plus légers dans l’album comme « Shifumi » ou « Vulgaire et arrogant ». Dans les deux cas les deux amis ont privilégié la forme au fond, mais avec la manière ! Le second est percutant et impressionnant techniquement, un son gorgé de punchlines qui enflammera sans aucun doute leur public en concert.

Cet été permettra justement au trio de défendre son projet sur scène. Dans un premier temps on pourra les retrouver le 27 mai au Magasin 4. Ils seront aussi au programme du bien connu « Dour Festival » le 14 juillet, mais aussi avec « La Smala » au Brussels Summer Festival le 7 août et au archi sold-out « Demi-Festival » à Sètes du 11 au 13 août.

En conclusion on peut dire que Trois fois rien est un projet qui ne transformera pas le rap mais qui est dans la continuité de que font les deux MC’s avec « la Smala ». Des sons puissants sur des grosses instrumentales. Un projet bien ficelé et extrêmement cohérent qui met en évidence la courbe de progression des deux rappeurs et qui confirme la perfection des instrumentales du beatmaker. La sauce prend dès la première écoute et nul doute que les perles de rimes raisonneront dans la plupart des baffles et des casques de tous les « smaliens ».

Le CD est disponible dans toutes les Fnac et au final, 11 euros c’est « Trois fois rien ».

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