L’interview de Dirty Zoo programmée fin mars, c’est dans l’est parisien que nous nous sommes retrouvés. Groupe de quatre rappeurs assez méconnu qui a pourtant sorti trois E.P. et écumé les scènes parisiennes, le Dirty Zoo a de l’énergie à revendre. Que ce soit sur scène ou en interview, le soir ou à l’heure de la sieste, en live ou dans le mp3, il y a un grain de folie communicatif qui dispose à la joie et à la bonne humeur. A l’occasion de l’après-sortie de leur projet La dernière tribu, interview avec quelques membres échappés du zoo.

Si on commençait par la traditionnelle présentation du groupe.

2ksee : Le Dirty Zoo c’est quatre MC’s : Saya B, Namko, 2ksee, Barhow. On n’a pas de DJ attitré officiellement puisque DJ Néo est parti il y a peu de temps. On tourne entre SOAP et Monsieur Ours qui ont leurs bails de leur côté en attendant de choper un DJ officiel, même si pour l’instant ça tourne bien avec eux.

Vous étiez cinq à la base ?

2ksee : Il y a Runo le singe qui est parti il y a deux ans. Il est parti faire sa vie dans le sud, on s’est quittés en bons termes mais on n’a pas de paires de seins ou d’assez belles bouclettes pour lui (rires). Il doit continuer à faire du rap dans son coin même s’il ne sort pas vraiment de projet. Il voulait faire un truc et nous a invités à la fin de l’année dernière mais ça ne s’est pas fait par manque de disponibilité.

Vous avez sorti trois projets jusqu’à aujourd’hui. Premier EP : La visite, sorti en février 2012. Second EP : Sauvage, sorti en novembre 2013. Troisième EP : La Dernière tribu, sorti en février 2016. Avant ces projets, qu’est-ce qui vous a rassemblé ? Est-ce que vous faisiez du rap chacun de votre côté ?

2ksee : Saya B faisait déjà son truc de son côté. Runo également. Namko et moi on avait Explicit Ruffneck mais c’est venu après puisque Barhow nous avait rejoint pour former Dirty Dogs. On a tous fait un son en commun qui s’appelait « La nuit » et c’était le point de départ du Dirty Zoo. Le soir de fin de tournage, on a kiffé le moment, on s’est dit qu’on allait faire un petit EP de cinq titres et La visite est née. On est parti d’un son. A partir de ce son-là, on a tellement kiffé qu’on s’est dit qu’on grattERait un truc tous ensemble.

Le délire sur les animaux, d’où est-ce qu’il vient ?

Barhow : on aimait bien ce truc de chien sale donc on est parti là-dessus, Dirty Dogs. Et puis après vu que d’autres chiens sales se sont rajoutés cela faisait plus un zoo qu’autre chose.

2ksee : Sur les noms d’animaux, on cherchait au niveau du nom et on ne voulait pas un truc bateau. Puis on avait une idée de « sale zoo » alors on l’a mis en anglais et ça faisait « Dirty Zoo ». Cette manière d’être bilingue c’est génial ! Après on a tous des personnalités ancrées dans des peaux de bêtes : Saya-B c’est un chat, Namko c’est une crevette, Barhow c’est une hyène et moi-même le phacochère.

Au niveau des instrumentales, vous n’avez pas de beatmaker attitré ?

Barhow : On est allé piocher un peu à droite à gauche. On se laisse aller, on se laisse kiffer sur des prods. Quand on kiffe c’est parti.

2ksee : Par exemple, il y avait Da Ponk. Sur La dernière tribu, c’est celui qui nous a fait le titre éponyme. On ne le connaissait pas mais on a kiffé le délire sur internet. Au final on lui a pété la prod. C’était un délire un peu électro c’était cool.

Namko : Après, en ce qui concerne les autres beatmakers, ce ne sont que des amis. Goomar, on a pris la prod en passant chez lui. I.N.C.H. étant un geek de la prod, il a fait un petit truc en quinze minutes, ça nous a plu et du coup il l’a continuée.

Aucun de vous ne fait du beatmaking ?

Barhow : Non. C’était le cas de notre ancien DJ mais puisqu’il a quitté le groupe, ce n’est plus le cas.

2ksee : C’est d’ailleurs lui qui nous a fait la prod de « Mais où est le Dirty Zoo ? » que je trouve mortelle. Il était dans un bon délire, il avait la patte un peu plus folle.

Vous êtes obligés d’aller chercher chez d’autres artistes du coup. J’avais noté “Métroid” de Goomar sur « La dernière Tribu ». Vous le connaissez depuis un bout de temps puisqu’il y a un « Paye ton 16 » de 2ksee qui a quelques années maintenant.

Namko : T’es quasiment un des premiers d’ailleurs.

2ksee : Le deuxième ! Ça se voit. On était dans les catacombes… Il m’enregistre, on essaye de trouver des petites salles voûtées où il n’y avait pas trop d’espace pour éviter l’effet « j’ai l’impression d’être dans un chiotte quand j’écoute le son ». Quand les « Paye ton 16 » ont évolué, il m’a dit qu’on pouvait conserver l’image mais qu’il fallait réenregistrer le son. Il n’avait pas tort. Big up à Goomar !

Vous êtes dans un délire un peu particulier : très « punchy » mais souvent comique. Je pense à un son comme « Il était une fin » qui m’a bien fait marrer.

2ksee : Encore un son intelligent celui-là. Tu as relevé cette grosse faute de français ?

Ah non pas du tout !

2ksee : C’est mon daron qui l’a captée. On était les cinq concentrés à gratter et on ne l’a même pas vue. Sur le refrain on dit : « Ils vivèrent malheureux et avortèrent de leurs enfants ». Mon daron m’a demandé si c’était parce qu’on aimait bien écrire des conneries qu’on l’avait mis. (rires) On s’est bien marrés et de toute façon ça va rentrer dans le dico avec les mots qu’ils mettent maintenant.

Ça ne choque même pas. C’est comme les « animals » ! (rires) Ce qui ressort de l’écoute de vos albums, c’est de la bonne humeur. C’est plus positif que ce qu’on peut entendre habituellement dans le rap français.

2ksee : on ne voulait pas rentrer dans l’apitoiement. Cela ne nous empêche pas de gratter des trucs conscients et des trucs réfléchis en fonction des thèmes. Mais on s’était dit qu’on restait dans l’esprit de partage et de bonne humeur.

Namko : C’est limite inconscient parce qu’on est comme ça. On n’aurait pas pu se mentir.

Barhow : On fait que rigoler et se tailler tout le temps. On est une bande de potes. Ça vient de là tout simplement.

C’est du « hip-hop festif » !

2ksee : Du hip-hop barbare !

Barhow : Alternatif, festif. Le mot est un peu fourre-tout et on s’est posés des questions par rapport à la manière de présenter le truc. On veut être dans un truc positif où l’humour est présent. On n’a pas envie de péter plus haut que notre cul. Il y a un côté festif mais on n’utilise pas trop le mot parce qu’on va vite nous étiqueter d’une certaine manière, genre hip-hop guinguette de bas étage, alors qu’il y a du flow et de la technique.

Namko : C’est pas facile de trouver le bon truc. Maintenant c’est des cases !

On sent de nombreuses influences en-dehors du hip-hop, reggae et ragga principalement. Notamment dans les flows et particulièrement celui de Saya-B.

2ksee : On kiffe tous, mais lui est vachement plus dedans.

Namko : Il l’a pratiqué dès le début. Il est vraiment raggamuffin comme on dit.

Ces influences sont-elles déterminantes dans votre façon d’écrire ?

Namko : Inconsciemment oui.

2ksee : Le fait qu’il y ait plein d’horizons que tu kiffes fait que tu es plus libre quand tu écris. Ce n’est pas réduit au champ du hip-hop. Tu n’es pas obligé de rester que là-dedans. C’est ce qu’on a essayé de faire après La Visite qui est vraiment festif, Sauvage ça change de couleurs. Sur La Dernière tribu on a chopé des prods un peu plus électro qui rentraient vraiment dans notre délire. Moi je kiffe bien les trucs « Swing » du type Caravan Palace. Il y a vraiment quelque chose, ça donne envie de bouger direct. Il y a peu de musiques dans lesquelles on se dit que c’est vraiment de la merde.

Namko : Les ambiances balkaniques aussi ! Tout ce qui est musique de l’est.

Barhow : En live d’ailleurs, on a une interlude sur du balkanique. On fait crier les gens et on les fait jumper.

Quand on écoute les projets, ça a vraiment la pêche avec beaucoup de variations et ça évite vraiment la monotonie.

Barhow : Sur l’EP La Dernière tribu, c’est ce que je trouve assez cool. Au-delà de l’intro, tu arrives sur « La Dernière tribu » avec du wobble très électro, tu enchaînes sur un « Loose Dem Mind », une sorte de ragga hip-hop assez marqué rap mais il y a cette petite vibe avec Taiwan. Avec « Schizoophrène » tu ressens vraiment l’esprit du Zoo où ça tripe et où on revient sur ce qu’on a fait au début. « Métroid », un peu un truc électro en mode 8 bits, et les « Chevaliers du Cognac » tout est dans le titre. Et « Bref » à la fin pour faire un son un peu conscient, parce qu’on rigole mais qu’il n’y a pas que ça dans la vie. Du coup il y a plusieurs délires sur le projet

Namko : On ne se met pas de barrières et c’est ça qui est bien. C’est vraiment de l’amusement avant tout. Sur ce projet on s’est éclatés mais on ne s’est pas dit qu’on allait faire un truc bien précis.

Vous bossez avec des musiciens ? Votre musique semble y correspondre parfaitement.

Barhow : On commence ça ! On va y venir petit à petit. On ne va pas faire que musiciens, le DJ sera toujours là mais ça peut nous ouvrir un champ. Aussi sur le côté alternatif peut être un peu plus puissant et donner plus de liberté au MC. Cela nous permettra de faire un vrai show. C’est clair qu’il se passe plein de choses.

2ksee : Cela dépend de ta perception. La formule classique avec le DJ et les rappeurs est déjà très bien, mais si on peut avoir des musiciens ça donne encore plus.

Barhow : Cela nous permettra d’explorer encore plus les délires qu’on kiffe, autre que hip-hop, sans se perdre et finir en groupe de traditionnel balkanique !

Namko : Vu qu’on est quatre sur scènes, ça envoie vachement d’énergie. Sans prétention, ça pourrait écraser un peu la prod. Avec des musiciens, on arriverait sur du 50-50. Il y aura une grande énergie !

Vous avez pas mal de connexions avec des rappeurs de la scène alternative. Gérard Baste, Phases cachées, Géabé, Hippocampe fou, Yoshi…

Namko : Les gars que tu cites, c’est l’entourage proche. On a une petite famille que l’on a rencontrée quand on est arrivés sur Paris. On s’est sentis proches d’eux musicalement et affectivement. On a partagé des plateaux communs, et si tu prends l’exemple de Gérard Baste, on se butait aux Svinkels au lycée.

2ksee : Maintenant c’est un poto, c’est marrant ! Ça s’est fait à l’humain, et comme on est dans le même délire, ça s’est fait naturellement.

Vous êtes des auditeurs de cette scène rap ?

Namko : Ah ouais carrément. Yoshi on a écouté Eclosion avant de le connaître personnellement. Hippocampe fou pareil, il était déjà ancré dans son truc avec son personnage. Tous les anciens, Alkpote, Freko Ding et ATK.

2ksee : Après dans le rap de manière générale et par rapport à ce qui se fait aujourd’hui, TSR, Droogz Brigade, Le Gouffre, ce ne sont pas des groupes qu’on écoute tous les jours mais ce sont des bons rappeurs qui déchirent où il y a vraiment quelque chose. Et il y a tous les groupes que l’on checke au fur et à mesure des rencontres.

Vous tournez pas mal en province sur des scènes de festival.

2ksee : On va attendre un peu avant de refaire un concert sur Paris, on tourne pas mal en province ces temps-ci. Mais sinon ça dépend de ce que l’on nous propose. Dans la mentalité que l’on a, les festivals ça marche bien. En festival, la mentalité est différente et ça se développe de manière naturelle pour nous.

Barhow : On a fait pas mal de scène sur Paris vu qu’on y vit, des grosses scènes comme des plus petites mais c’est vrai qu’avec quatre gueulards comme nous, il faut des scènes qui puissent nous accueillir, c’est compliqué de jouer dans les bars. On a fait une grosse date le 29 janvier avec Gérard Baste à défaut de faire une vraie release party pour La Dernière Tribu, mais on s’est dit qu’on allait tourner un peu ailleurs avant de revenir faire une belle date. On a du faire une quinzaine de dates sur Paris.

Namko : Après on a fait des Cabaret Sauvage, Trabendo, Bellevilloise, New Morning, Nouveau Casino… C’est chan-mé sur Paris mais on va fédérer en Province.

Concernant La Dernière Tribu, il y a eu quasiment trois ans entre Sauvage et ce projet, pourquoi une période aussi longue ?

Namko : On s’est bien branlés la nouille. (rires) Plus sérieusement, il fallait se retrouver.

2ksee : Il y a une part de branlage de nouille c’est clair, mais il y a le taf, le fait qu’on a essayé de faire ça beaucoup plus professionnellement. Nous on est déjà quatre à devoir se capter, en ajoutant les deux mecs du studio ça fait beaucoup. Toutes ces données-là prennent un peu de temps, mais on a mis du temps.

Namko : Pendant une période, on était vachement collés ensemble, on a pas mal bossé le show et on se concentrait sur le concert qu’on avait. Du coup il a fallu se poser un peu pour se retrouver ensuite et bosser autour d’un projet.

Pourquoi faire un troisième EP et non pas un album ? L’EP ne devrait-il pas annoncer un album ?

2ksee : Ce projet, c’est vraiment celui qui annonce le suivant. L’objectif là c’est l’album.

Barhow : On ne pensait pas que cet EP allait nous prendre autant de temps. On est partis sur un trip d’EP et on ne l’a pas conçu comme un album, même si on nous a demandé pourquoi on n’en avait pas fait un album avec neuf titres. On va mettre encore la barre plus haute pour l’album.

Il y a des featurings vraiment intéressants dans ce projet. La connexion avec Taiwan MC est d’ailleurs assez surprenante.

Namko : Pour la petite histoire, un jour on était dans un bar dans le vingtième alors que I.N.C.H. y était avec Al’Tarba, et nous on kiffait carrément Taiwan MC, I.N.C.H. avait produit un titre sur son premier E.P. Du coup on en discute et en rigolant je lui dis que ce serait cool qu’on puisse faire un truc avec Taiwan. Il l’a appelé, la prod l’a chauffé, il est venu enregistré au studio. Cela s’est fait naturellement et Taiwan est devenu un poto.

Vous avez décidé de clipper « Loose Dem Mind ». Pourquoi choisir ce son qui ne me semble pas être le plus représentatif du délire Dirty Zoo.

Namko : C’est un titre qu’on aime vraiment et qui est fédérateur. Même s’il n’est pas représentatif à 100% de nous, il y a le refrain qui est accrocheur. Il a des airs de tube « underground ».

2ksee : Comme on n’est pas certain de pouvoir recapter Taiwan aussi facilement, ça nous permettait de marquer le coup. On n’a pas pu l’avoir pour le clip, il n’a pas pu participer physiquement, mais malgré cela Chinese Man fait partie de nos influences, donc aucun regret.

Vous avez invité les copains Hippocampe Fou et Yoshi sur « Les chevaliers du Cognac »…

2ksee : C’était une évidence !

Vous l’avez mis en téléchargement libre. Pourquoi cette démarche ?

Namko : C’est la démarche que l’on a toujours eue. On préfère ça, après en physique sur les concerts c’est prix libre et 7€ pour le recevoir en physique chez soi (via notre Bandcamp). On aime que ça se diffuse. De toute façon, même s’il n’est pas disponible dans les bacs, c’est toujours possible de le choper de manière classique en fin de concert.

Quels sont projets à venir?

2ksee : On a un projet de collectif qui comprend Hippocampe Fou, Phases cachées, Géabé, Céo, Yoshi, Mary May et Dirty Zoo. On se réunit tous ensemble et on va se mélanger sur sept ou huit titres. On va essayer de faire quelques dates en commun pour marquer le coup.

Namko : Un album à venir par le Dirty Zoo qui va être sympathique !

Un petit mot de la fin ?

Big up et merci au Bon Son. Venez voir le Dirty Zoo en live !

Pour télécharger La dernière tribu et soutenir le groupe, c’est sur leur bandcamp qu’il faut aller !

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