Mieux vaut tard que jamais. Si l’interview de Diomay a bien été réalisée dans les temps, en février dernier, avant la sortie de son septième album Tchiki’O, c’est seulement aujourd’hui, en avril, que sort le papier sur vos écrans. Raisons personnelles, techniques, là n’est pas la question puisque seul compte le résultat et donc la lecture que nous vous offrons ce jour. Long retour avec Diomay donc, sur sa discographie et quelques-uns des titres phares qu’il a distillé sur son parcours, des écuries IV My People à Néochrome, et toujours en solo.  

Diomay, merci d’avoir répondu favorablement à notre demande d’interview. On va donc revenir sur ta discographie à travers 10 Bons Sons qui ont marqué les différentes époques et tes différentes rencontres. Ta carrière, elle, commence quand ?

Fin 1999.

Ça fait déjà 17 ans !

C’était à peu près l’âge que j’avais ! J’ai commencé très jeune. Ma première apparition, c’était sur la mixtape Néochrome 2 avec La Brigade. Je n’avais jamais rien fait avant. Le morceau s’appelle « Opération ration de rimes ». Enormes retours, la cassette fait un carton. Ce n’est pas que mon fait, c’est le fait de tous les artistes qui ont fait de très bonnes apparitions là-dessus. Et au final, je me retrouve catapulté dans le game.

C’était une invitation de Loko ?

Ah non, on ne se connaissait pas du tout ! En fait, à l’époque, j’étais parti à la rencontre de Fredo de La Brigade, qui, lui, devait participer à la mixtape Néochrome. Lui a dit : « Je veux bien poser, mais on appelle toujours les mêmes ! » A l’époque, c’était une super démarche. Ils ont dit : «Nous, on connait un artiste, on aimerait qu’il pose sur le morceau ». Et ils m’ont présenté à Yonea et à Loko, et j’ai posé sur le morceau. Yonea et Loko ont vraiment apprécié le boulot et nous ont recontacté par la suite, et j’ai reposé sur plein d’autres projets Néochrome au tout début.

C’était la fameuse époque « home-studio chez Loko » ?

Ouais, et c’est surtout qu’à l’époque, Fredo nous faisait énormément répéter chez lui, donc j’étais énormément préparé pour le morceau. Loko, qui a toujours été très « starter » dans sa façon de travailler, m’a dit qu’il appréciait ce que je faisais et qu’il aimerait qu’on se recapte sur des projets et du coup, j’ai posé sur des morceaux comme « Néochrome all stars ». C’était une très bonne expérience. On a posé là-dessus. En parallèle, il y avait Salif qui faisait son album solo…

C’est comme ça que tu as rencontré Salif ?

Non, Salif, on se connaissait depuis très longtemps ! Par rapport au basket. A la base, on participait à des tournois ensemble. Lui avait son groupe, c’était des gens de mon âge qui étaient dans la cour des grands, très respectés dans le milieu. C’est mes premières expériences. Suite à ça, je me suis pris un petit peu au jeu.

« Théoriquement, j’ai une étagère avec mes disques. Je devrais avoir une étagère avec au moins 3 albums de X-Men et deux albums solo de Ill, 4 albums de Nubi, 5 albums de L’Skadrille… Tu vois ce que je veux dire ? »

Tu prenais ça pour simple distraction à tes débuts ?

Non pas du tout, parce qu’en fait j’étais très auditeur parce qu’à l’époque il y avait déjà de très très bons artistes, donc je ne voyais pas l’intérêt de ramener ma fraise ! Ce qu’il s’est passé avec le rap français, c’est que j’ai fait mon entrée au moment où il y avait une phase descendante. Pourquoi ? Parce qu’il y avait eu des désillusions vis-à-vis de la musique pour beaucoup de bons artistes. Quand t’es auditeur, et je pense que tu vois à quoi je fais allusion, il y a toujours un truc où tu dis : « Ils n’auraient pas dû faire comme ça, ils devraient faire comme ça ! » Et un jour, Exs du groupe Nysay m’a dit : « Tu sais, Diomay, tu dis toujours qu’on devrait faire ci, ça plus comme ça ! Mais si tu sais comment faire, tu devrais le faire toi-même ! » Ça n’a pas raisonné tout de suite…  Mais en fait ce qu’il s’est passé, et là tu vas comprendre où je veux en venir : théoriquement, j’ai une étagère avec mes disques. Je devrais avoir une étagère avec au moins trois albums de X-Men et deux albums solo de Ill, je devrais avoir quatre albums de Nubi, je devrais avoir cinq albums de L’Skadrille… Tu vois ce que je veux dire ? Mais l’Histoire a fait que ce n’est pas comme ça. Cependant, moi je me suis dit que dans le rap américain, on n’a jamais ce problème : si tu es fan de Nas, il y a ce qu’il faut, si t’es fan de Cam’ron, il y a ce qu’il faut, Jay-Z n’en parlons pas. Et même les artistes comme AZ qui n’ont pas eu de grosse exposition, ont une discographie. Nous, en France, on a les meilleurs joueurs du championnat, mais on n’a pas la discographie qui suit. Pour quelque raison que ça soit, c’est toujours un peu dommage. Et c’est là que j’ai décidé de m’y mettre.

Je l’ai fait parce que moi, je n’ai pas eu ce que j’attendais des artistes que je kiffais. Je me suis dit qu’il y avait un truc à ramener. Si Time Bomb ne s’était pas séparé et avait fait le label, des mecs comme moi n’auraient jamais rappé ! A quoi ça sert ? Ça sert à rien ! Issu de Time Bomb, tu aurais eu le premier Oxmo avec un featuring d’Ill, avec machin… Tu vois ? L’Histoire du rap français telle quelle devait être sur le papier. Elle était magnifique ! Pas qu’elle soit complètement loupée, mais il y a des trous. Je me suis dit que c’était bien beau de critiquer, mais qu’en est-il de moi ? Il faut aussi se remettre en question, pas être de mauvaise foi et reprocher aux autres ce qu’on fait soi-même. Donc j’ai commencé à poser, et je me suis mis en tête de faire un album. A l’époque, j’étais en édition chez IV My People, mais bon, l’album n’est pas validé, il ne sort pas. Il y avait d’autres artistes (en priorité), il n’y a pas de soucis avec ça. Au final, je prends mes morceaux, Salif m’avait produit quelques trucs, et je le ramène à mon cousin. Mon cousin l’entend, et s’étonne : « Ça ne les intéressait pas de sortir ça ? » Je lui ai dit qu’ils n’avaient pas trouvé ça nul, que c’est juste que ça ne correspondait pas à l’univers ou l’image qu’ils voulaient donner au label.

C’était au tout début de IV My People ?

Non, il y avait déjà une longue histoire qui était passée. Busta Flex n’en faisait déjà plus partie, le premier album de Salif était déjà sorti. Les chutes des morceaux que j’ai faits là-bas se sont retrouvées sur des projets comme Streetly Street. Il restait des morceaux que Salif m’avait produit sur lesquels moi j’avais des droits, j’ai rajouté d’autres morceaux afin de faire mon premier album Mwen ka galsen. Quand t’arrives dans l’univers du rap, tu t’imagines toujours que tout va glisser, mais l’histoire ne se déroule jamais comme on la prévoit. On me dit que finalement l’album ne va pas sortir. Et ça m’avait un peu marqué parce que j’avais réalisé après tous ces efforts, que sur un « oui » ou un « non » d’une personne, ça sort ou pas. Alors moi je n’ai personne à citer, personne à blâmer, il n’y a aucun souci. Cependant, quand tu vis ça une fois, tu n’as plus envie de retourner en studio et te dire « Est-ce que telle ou telle personne va valider et va dire oui ? C’est là que te vient l’idée de faire un album en indépendant, avec son label indépendant pour pouvoir être décisionnaire de quand ça sort. Aujourd’hui j’en suis là. On va faire un clip, on valide le clip. On ne va pas dire : « Attends, il faut que telle ou telle personne le voit ! » Bien sûr, il y a toujours des gens à qui rendre des comptes. Mais moins il y en a, et mieux tu te sens quand t’es dans la conception de l’album. A partir de là, on fait cet album-là, beaucoup de bons retours, l’album se vend bien. C’était l’un des premiers albums indés (2004). On était aussi parmi les premiers artistes indés à avoir nos clips, donc des morceaux comme « Poésie » n’étaient pas passés inaperçus à l’époque. Aujourd’hui beaucoup s’en rappellent encore, moi-même je n’en reviens pas.

1 – Diomay – « Poésie » (Mwen ka, galsen – 2004)

L’album « Tchiki’O » qui est sorti le 12 Février est ton 7ème album, si l’on ne compte pas les projets annexes à l’époque du Dirty South notamment. On va essayer de retracer dans l’ordre chronologique ta discographie, tes morceaux importants et les rencontres marquantes que tu as pu faire. On commence donc avec ton premier album, et le fameux titre « Poésie ».  Comment est né ce morceau ? C’est TON classique ?

C’est Salif qui me l’a produit ! Beaucoup l’ignorent, mais Salif sait faire des prods. A l’époque, c’était pas comme aujourd’hui où il y a une flopée de beatmakers sur le net. Avoir des producteurs, c’était pas donné à tout le monde. Les producteurs étaient difficiles à capter et surtout, quand ils avaient des bonnes musiques, c’était pour les mecs connus. C’était aussi simple que ça. Salif m’a dit : « Je vais récupérer une MPC, ce que je produis c’est ce qui sortira, si ça t’intéresse, elles sont à toi. » Du coup j’arrivais, mais le mec était juste super créatif ! C’est juste qu’à l’époque, on n’était pas encore comme aujourd’hui dans l’entertainment, où on a le droit d’être ET rappeur ET beatmaker ET comédien… Il ne fallait pas trop s’éparpiller. J’arrive, moi j’entends des prods de fou ! Je lui dis, et même Loko le disait : « Ouais, Salif, il a des prods, elles ont une âme ! » Je suis arrivé, il m’a dit : « C’est pour toi ! » J’étais aux anges ! Du coup, énormément de morceaux de mon album sont produits par Salif : « Denzel zoo », « Binks », « Poésie »… Moi, j’avais mes sons à moi. C’est une habitude que j’ai pris par la suite. La liberté pour moi était plus importante que l’exposition du projet en lui-même. L’histoire nous donne quand même raison puisqu’on est toujours là ! C’est aussi un bon exemple. Parce qu’il faut des exemples de personnes qui montent vite, qui ont un buzz rapide et tout ça, et il faut aussi des contre-exemples, de personnes qui ont fait leur chemin petit à petit, qui ont pu réussir à produire des albums sans non plus avoir une exposition ou une rotation énorme, et pour qui ces albums sont quand même arrivés à bon port !

Au moment où tu produis ton album solo, tu es donc déjà très proche de Salif ? Comment s’est faite cette connexion Pont de Sèvres-Reuilly Diderot ?

Ouais, on est super proches ! A la base, c’est le sport qui nous a réunis. On était jeunes, on aimait bien le basket tous les deux, on faisait des équipes pour aller jouer dans des tournois. Un jour, il m’a dit : « Viens en studio ! » et puis j’ai été très impressionné par le travail. A la base, je suis un grand fan du groupe Nysay. Salif et Exs, c’était vraiment quelque chose ! Vraiment très impressionnant à voir dans leur façon de faire des passe-passes, en studio d’un grand professionnalisme, qu’on voit rarement aujourd’hui, les types savaient exactement où ça devait tomber, ils savaient tout ! Ils avaient tout préparé, c’était carré et ça a donné des morceaux fabuleux. Le seul truc, c’est que les albums ne sortaient pas. Aujourd’hui, un même groupe te sort plein de trucs. Mais à l’époque, il fallait vraiment un appui logistique et quand on s’est lancés dans les labels indépendants, tout le monde nous disait qu’on était dingues ! C’était un arrachage de cheveux. Aujourd’hui, beaucoup de gens disent qu’ils sont en indé, mais si t’es distribué par une maison de disques, t’es pas indé. Si t’as des espaces pub, t’es pas indé. Il y a des gens qui s’occupent de toi, sauf que ça fait bien de dire « je suis indé » pour pas que les gens pensent que t’es un produit de maison de disques. Alors qu’il n’y a rien de mal à être un pur produit de maison de disques ! Je trouve que le dernier album de Justin Bieber est bien fait !

« Il faut des exemples de personnes qui montent vite, qui ont un buzz rapide, et il faut aussi des contre-exemples, de personnes qui ont fait leur chemin petit à petit, qui ont pu réussir à produire des albums sans non plus avoir une exposition ou une rotation énorme, et pour qui ces albums sont quand même arrivés à bon port ! »

Pour revenir sur le titre « Poésie », c’est TON classique ?

On va dire que c’est le premier morceau qui m’a officialisé en tant qu’artiste solo. Et pour les gens, ça a été LE morceau « déclencheur ». Tu sais, beaucoup te diront que ce n’est jamais calculé hein… C’était un morceau que j’ai fait parmi d’autres, et il s’est trouvé que c’est ce morceau qui est ressorti. Après, il y a aussi le morceau avec Alpha 5.20 qui est ressorti.

2 – Diomay & Alpha 5.20 – « Street crédibilité » (Mwen ka, galsen – 2004)

Transition parfaite, je voulais revenir sur ce second titre marquant de ton premier album. En donnant ta propre définition de la « street credibility » en 2004, imaginais-tu que le concept serait repris à maintes fois et constituerait un débat toujours d’actualité dix ans plus tard ?

Oui, de par le parcours d’Alpha 5.20 par la suite, la résonnance qu’il a encore aujourd’hui malgré qu’il soit retiré. Alpha, c’est un gars qui était dans l’entourage de La Brigade, et on l’a rencontré Porte de Clignancourt. Je pose sur les mixtapes Rimes & gloires, Boss 2 Panam volume 1, 2 et 3… On parle beaucoup de ce morceau parce que c’était la première fois qu’Alpha 5.20 apparaissait sur l’album d’un autre artiste. Et le morceau est produit par PhenoVenoM, qui était dans le groupe Le Barillet avec Loko. A l’époque, c’était des gros concours de circonstances, des personnages qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Et puis finalement ça donne un morceau. Quand je réécoute, moi j’en suis assez fier ! J’ai 21 ans quand le truc sort, quand je le réécoute aujourd’hui je n’ai pas honte. Il  y a des trucs dans le rap français qui vieillissent super mal… Demain, je serai même en mesure de l’assumer sur scène.

On te le réclame ?

Ouais, des tas de trucs ! Sauf que maintenant, dans mes sets, je vais devoir m’organiser et tenir compte de ma discographie. Mes concerts en seront d’autant plus intéressants, dans la mesure où les titres pourront refléter des époques.

Y’a-t-il UN morceau qui soit demandé plus que d’autres ?

Par album ? Par époque ? C’est compliqué… Moi je m’estime chanceux artistiquement, dans la mesure où, parmi ceux qui ont acheté mon premier album, il y en a qui ont commandé le dernier. Le problème avec les mecs de ma génération, c’est que souvent, on les cantonne à une époque où ils étaient bons. Donc en fait, t’es condamné à jouer tes premiers morceaux parce qu’on ne veut rien entendre d’autre ! Là où je me sens chanceux, c’est que j’ai eu l’occasion d’avoir comme public, des personnes qui me laissent travailler. Ils ont plus ou moins compris que même si la forme change tout le temps, la manière d’écrire, elle, restera la même. Ça veut dire que même ceux qui ont été hermétiques au dirty, quand ils reviennent sur le dirty, ils se rendent compte que je ne disais pas « Salope » ! Ce que je dis dans « Poésie », je le dis aussi sur des morceaux plus énervés.

3 – Diomay, Loko, Brasco, et Seth Gueko – « Maintenant ou jamaix remix » (Mwen ka, galsen – 2004)

Que penses-tu de ce morceau avec le recul : Morceau phare ? Association de galactiques de l’époque ?

Les gens en ont énormément parlé de ce morceau. Il y avait un refrain, une ambiance, tout ce que tu veux ! Produit par Salif ! Ah oui, ses prods, c’était pas des fonds de tiroir ! Il m’a donné les meilleurs trucs qu’il avait produit, parce que lui il était déjà produit par Madizm & Sec Undo !

Donc, il te file la prod et toi tu invites les mecs ?

Ben, en fait, j’étais toujours en contact avec les artistes Néochrome. Très naturellement, je leur ai dit : « Je fais mon disque, venez ! » Quand Seth Gueko a fait son premier projet, il m’a appelé, Brasco m’a appelé sur des trucs à lui aussi. C’était un morceau qui avait marqué à l’époque. Je vois des fois des mecs qui le partagent sur leur fil d’actualité, je suis content. Quand tu fais tous ces morceaux, tu ne te dis pas qu’il y aura une résonnance.

C’est un des premiers clips indés aussi, non ?

Ouais, ils ont tous répondu à l’appel, on s’est bien amusés. Des gens que je vois encore, que je croise encore. Les rapports ne se sont pas détériorés, c’est juste que chacun a fait son truc de son côté. Et puis, à la base, ce n’est QUE de la musique. On ne vient pas du même quartier, on n’a pas le même entourage. On ne vendait pas ça… Il y a un morceau qu’on avait fait « C’est pas une famille ». Tu vois la démarche ?

Tu as été super-productif sur cette dernière décennie. Tu t’es laissé dévorer par ta passion ? Comment trouvais-tu le temps de poser sur tous ces sons ?

Le paradoxe là-dedans, c’est que je passe très peu de temps en studio. La seule différence, c’est que ça sort ! C’est pas pour narguer mes collègues. Je ne vais pas citer de noms, mais il y a des légendes qui ont des albums solos qui ne sont jamais sortis. Moi, si je pouvais récupérer des morceaux que j’avais faits à l’époque de IV My People, je l’aurais fait et je l’aurais donné en collector. Pourquoi ? Parce que je n’ai pas une approche « rap français » de la musique, j’ai une approche américaine. Moi, je suis né en 1980, Mac Miller est né en 1990, au moment où nous parlons, il y a plus de sons en circulation de Mac Miller que de Diomay. Tu vois ? Alors, qui est productif, qui ne l’est pas ? D’ailleurs je te citerai un morceau qui est dans l’album « Tchiki’O » qui s’appelle « 10% » ; le morceau, c’est « 10% de mes capacités, je ne suis pas si productif que ça ». On dit scientifiquement qu’on utilise que 10% de nos capacités, donc si on utilise réellement notre vrai potentiel, c’est pas 7 albums qu’on ferait mais des milliers !

« Moi, si je pouvais récupérer des morceaux que j’avais faits à l’époque de IV My People, je l’aurais fait et je l’aurais donné en collector ! »

Y’a aussi un truc, c’est que je m’amuse beaucoup dans la musique. Je ne suis pas là pour attirer l’attention, c’est-à-dire que tant que je continue, je continue, le jour où j’arrête, j’arrête. Mais je ne ferai pas de grande pompe pour dire « J’arrête le rap » ou des trucs comme ça.

4 – Diomay, Zoxea – « Tu flippes en cachette » (Néochrome 3 – 2004)

Je voulais revenir avec toi sur un morceau avec Zoxea, présent sur Néochrome 3. Comment s’est faite l’idée de cette combinaison ? Une idée de Loko ?

L’idée du featuring, c’est des combinaisons qui sont orchestrées par les mecs de la compile. Les rapports sont simples, c’est du kickage pur. Tu fais le morceau et puis il se trouve que le morceau, il plaît. C’est beaucoup de concours de circonstances mais tu vois je suis chanceux, parce que j’ai pu travailler avec des mecs comme Zoxea ou Dany Dan, et c’est des morceaux dont les gens se souviennent. A l’époque, voilà, c’est un grand MC donc tu te frottes à quelqu’un qui est fort. Le fait que les gens disent que le morceau, il est bon, et que tu ne te sois pas fait bouffer, c’est déjà bien tu vois ? (rires)

C’était encore l’époque du « home studio chez Loko » ?

Toujours pareil ! Les mixtape Néochrome, c’était pas comme les morceaux d’aujourd’hui où chacun fait les morceaux de son côté. On s’est rencontrés, il était là, il a posé, c’était quelque chose de très spontané. Après, tout le monde était très pressé, donc chacun est reparti de son côté mais le morceau est sorti, puis on en parle encore… Encore une victoire !

En naviguant entre l’école IV My People et l’école Néochrome, vers laquelle tendais-tu le plus vers une signature ?

L’école Néochrome, c’était pas un label au départ, c’était des projets. Je suis beaucoup sur les premiers projets. Après, quand c’est devenu un label, je ne faisais plus partie de l’histoire de Néochrome.

C’est toi ou eux qui n’ont pas voulu donner une suite à cette aventure ?

Non, ce n’est pas ça. C’est que moi j’ai fait mon label avec mon cousin. Je ne suis pas quelqu’un qui mange à tous les râteliers. La porte a toujours été ouverte… Cependant, comme je te l’ai dit, moi j’étais traumatisé par le blocage du premier album. A toute personne qui me proposait des trucs, je disais « C’est sympa mais j’ai déjà connu ça ! » Il y a des artistes, ils vont dans un label, ça ne marche pas. Ils vont dans un autre label, ça ne marche pas. Ils vont dans un autre label…. Il se passe dix ans ! Je ne dis pas que je ne fais pas deux fois la même erreur, mais quand tu as vu comment ça se passait une première fois, tu as tout vu ! La seule chose que j’ai pas vu encore, c’est comment ça se passe avec une major. Mais là encore, si je n’ai pas dans le contrat un truc qui stipule que le moment venu le truc sort dans les temps, je prends mes cliques et mes claques. La musique, c’est pas du vin… C’est maintenant ou jamais ! (rires)

« La musique, c’est pas du vin…c’est…maintenant ou jamais ! »

5 – Diomay – « Hip-hop » (Mwen ka, galsen – 2004)

Je voulais également revenir sur le morceau « Hip-hop ».

Toujours produit par Salif !

Mais vous auriez pu faire un album en commun, toi au mic et lui à la MPC !

Si j’avais pû, je l’aurais fait ! Mais après, il a arrêté de faire des prods.

Et donc ce morceau, c’est le besoin de crier ton amour de la discipline ?

Oui, j’aime bien le truc et puis après, des fois, c’est des « gimmicks », tu cherches un refrain, c’est pas très recherché. Pareil, c’est un morceau… C’est marrant, tu t’arrêtes vraiment sur les morceaux, qui sont vraiment ressortis à l’époque. On avait fait un petit clip sympa. Quand j’écoute ça, ça sonne encore très très bien. Le paradoxe, c’est que Mwen ka galsen, mon premier album, c’est celui que je vends le mieux !

Que retiens-tu de ce premier album : franc succès ou succès d’estime ?

Ben un peu les deux ! On a vendu des disques, on a fait plein de concerts, on s’est retrouvés dans toutes les FNAC… On n’espérait même pas la moitié, et encore moins, en parler des années après ! Il y avait eu énormément de soutien, et le paradoxe c’était que des gens de la presse spécialisée disaient que ce n’était pas un très bon album et qu’on n’en entendrait pas parler. Il y a des albums comme ça, avec le temps, qui restent.

En parallèle, tu gravitais aussi autour de La Brigade. Tu as gardé contact avec eux ?

Ben oui, j’ai jamais perdu hein : avec Fredo, on a toujours gardé le contact, avec Killah Kaf (NDLR : aussi appelé le K.Fear, voir notre interview) on a travaillé récemment sur un morceau ensemble pour un projet de Pologne… C’est comme si on ne s’était jamais quittés. Mais il y a la musique, et la vie. Il y en a qui ont leur famille… J’ai beaucoup bougé, mais après j’ai trouvé un appart, je suis revenu dans le quartier. J’aime beaucoup mon arrondissement (12ème), c’est très calme là-bas, j’ai de très bons rapports avec les gens de mon propre quartier.

On a pas mal parlé de Salif beatmaker, mais je voulais aussi revenir sur deux morceaux phares de ta discographie aux côtés de Salif rappeur. Le premier, « Faut vendre », figure  sur son album « Tous ensemble, chacun pour soi » souvent plébiscité comme « classique » par les connaisseurs. Quel regard portes-tu sur ça ?

C’est très bien, c’est très bien ! Cet album avait plutôt pas trop mal marché, mais n’avait pas été non plus un carton extraordinaire. Ça sortait à l’époque des Sniper ou Fonky Family, qui faisaient des 300 000 ou 400 000. Pour moi, dès le début, c’était un album génial. Très critiqué au départ…

Rien que la pochette lui avait valu une volée de bois vert…

Oui, très critiqué. C’était un très bon moment, j’étais là pendant pas mal d’enregistrements. Je ne pensais pas qu’aujourd’hui ce serait vu comme un album de référence, parce que les gens étaient complètement passés à côté, du moins ceux qui devaient l’écouter. Je suis très content qu’on en reparle aujourd’hui. Ce qui me dérange un petit peu plus, c’est le côté « public du rap français », qui est toujours le même, à dire : « Ah, l’album est génial ! Il aurait dû çi, ça et ça… » mais qui ne se manifeste jamais au moment où on a besoin de lui !  Je préfère mille fois des gens qui n’aiment pas Mwen ka galsen, avec une partie de gens qui l’aiment bien mais ceux-là l’achètent, plutôt que tout le monde dise « C’est un classique ! » et quand on arrive chez toi, il n’y a que Mauvais œil en physique ! C’est comme un faux « Je t’aime » ! Je ne vois pas l’intérêt de dire « Lui, c’est vraiment le tueur ! Il manque au rap français… »… Mais où sont les preuves de soutien ? Je pense que s’il y avait une réédition aujourd’hui, les gens se déplaceraient. Mais je parle toujours de cet album de manière modérée dans la mesure où moi, je l’ai surkiffé, mais je sais que dans mon entourage, ceux à qui j’essayais de le vendre, me disaient « Non, moi, c’est Du rire aux larmes… »

Du coup, pourquoi « faut vendre » à tout prix ?

Je vais t’expliquer en toute honnêteté. Salif et moi, on appartient à deux mondes différents. Moi je viens du monde du sport, et plutôt rangé. Salif vient clairement du monde de la rue. Donc il y avait deux textes : lui qui disait « faut vendre du shit » et moi qui disais « faut vendre des disques ». C’est aussi simple que ça.

Ça fait écho à une phase de Kool Shen qui rappait « Va falloir être original, pas seulement vendre des disques pour vendre des disques »…

C’est ça ! On avait tous la même façon de penser. Salif était jeune, il avait déjà des histoires avec la justice, c’était pas une incitation, c’était vraiment essayer de s’en sortir ! Ça m’a énormément aidé comme morceau, parce que quand il il y avait des sampleurs à l’époque (NDLR : des CD qui accomapgnaient les magazines), c’était toujours ce morceau-là que les gens prenaient. C’est comme ça aussi qu’on s’est fait connaître. Je suis reconnaissant, j’ai vraiment fait de très belles rencontres. A l’époque, j’étais vraiment en plein rêve.

Du coup, tu le réinvites sur « Wesh mon pote ! »

Ouais, quelques années après. Quand on parle de classique du côté de chez moi, on me sort souvent ce morceau. L’alchimie qu’il y a entre lui et moi, elle est humaine avant tout. Quand on se parle et qu’on le retranscrit, et les gens le ressentent je pense, il me dit des choses qu’il ne va pas dire dans les autres projets, parce qu’il s‘adresse à moi. Tu vois, quand il me dit « Hey Dio ! » On fait le bilan en fait. On s’est vus, Le Roumain était en train de jouer du piano… Il a posé dans la cabine, je lui ai répondu. On écoute une fois, lui me dit qu’il a un truc à faire, je lui dis que moi aussi. On est partis chacun de notre côté, Le Roumain est tout seul, et il le mixe. On n’est même pas là quand le morceau est fini ! On a posé spontanément. C’est peut-être aussi pour ça que des morceaux comme ça restent.

Pour conclure sur Salif et aborder d’autres rencontres, vous aviez aussi posé un son dirty à ton époque « dirty south » Parlez-vous français ?…

Ah, j’étais sûr que tu allais me parler de ce morceau ! A l’époque, Pascal Cefran faisait son émission, et il nous a demandé un morceau pour son projet, et c’était devenu le générique de l’émission. Gros refrain, alchimie… Le Roumain, c’est un beatmaker qui a été ramené par Gwenzel. Ensuite c’est devenu vraiment un pote, il a vraiment voulu me pousser artistiquement et puis ensuite Salif est venu aussi parce qu’il appréciait la musique. Le Roumain a couvert toute cette période, il a énormément produit. C’était un zikos à la base, pas un producteur de rap à proprement parler. Il nous sortait des mélodies qui ne vieillissent pas !

Il y a deux versions d’ailleurs, un remix existe, non ?

Ah tu connais ?! J’ai à faire à un connaisseur dis-donc ! Celui-là, il fallait le trouver ! Il avait cette culture du remix, il avait envie de faire des versions. Ça c’est une version un peu plus acoustique.

Tu évoques Le Roumain, ton beatmaker attitré pendant une bonne période. Un autre nom a longtemps gravité autour de toi, c’est Rma2n. Tu peux nous parler de lui un peu ?

Rma2n, c’est un artiste purement dirty. Nous, on aimait vraiment cette musique. Il nous a énormément influencés dans sa façon d’aborder ça. Il avait une espèce de folie, une énergie qui nous plaisait.  Ca donnait une vraie bonne humeur, on s’amusait énormément en studio.

On a aussi souvent vu le blase de Ol’Nada sur tes projets…

Ol’Nada c’est un ami d’enfance, qui est du 13ème arrondissement. Donc pareil, c’est des gens que tu retrouvais toujours sur mes projets. Parfois, ils s’absentent, après ils reviennent.

Jamais dans ta vie est apparue l’idée ou l’opportunité de fonder un groupe ou un binôme ?

Je vais te répondre à cette question, sans citer de nom. A chaque fois que j’ai voulu faire un groupe… (Il cherche ses mots.) Le souci, c’est que quand tu es dans un groupe, il y a toujours quelqu’un qui va essayer de t’extirper de ce groupe artistiquement en disant : « Lui j’aime moins, l’autre j’aime moins, plus toi, lui j’aime moins…. » La seule fois où c’est jamais arrivé, c’est quand je faisais des morceaux avec Salif. C’est très très rare les moments où on me dit « Ah, la collaboration elle déchire ! Les autres je les aime bien ! » Et puis il y a l’humain aussi, des fois ça crée des problèmes d’ego, tout ça… Et moi, comme je te dis, je suis là pour prendre du bon temps, j’ai pas envie de me prendre la tête avec. Dans les groupes, au départ, ça part toujours d’un bon sentiment. Puis après…

6 – Diomay et Cyanure – « Artiste » (Parcours du combattant – 2007)

Revenons maintenant sur le featuring avec Cyanure (ATK), « Artiste » qui est paru sur ton projet « Parcours du combattant ». Raconte-nous cette connexion inédite, sur une nouvelle production de Salif.

Mon cousin était le manager d’ATK au tout début. De ce fait, il était souvent avec eux. Cyanure était originaire du 12ème arrondissement aussi. On tape tous un peu de la balle de basket, lui aussi il venait traîner vers Paul Valéry puisqu’ils étaient tous issus de ce lycée-là. On est toujours restés proches. On devait poser sur une compile qui s’appelait « L’amour du risque » à l’époque, ils voulaient un morceau de lui et un morceau de moi. On s’est dits qu’on allait faire un morceau tous les deux, car c’était l’occasion et ça nous faisait plaisir. On fait le morceau, et puis la compilation ne sort pas, comme beaucoup de compilations ! Au final, on se retrouve avec un bête de morceau sans vraiment savoir ce qu’on va en faire. Le parcours du combattant arrive, je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de le faire découvrir aux gens et j’ai eu peut-être une bonne idée parce que c’est un morceau qui a beaucoup plu.

Surprenante connexion en tout cas pour les auditeurs.

L’OVNI, c’est quand il n’y a pas d’alchimie entre les personnes. Thierry (Cyanure) je le connais bien, bien, bien ! C’est juste qu’il y a des gens qui sont dans le rap comme Driver, on se connait bien, mais on fait un morceau ensemble seulement 10 ans après. Les gens pensent qu’on ne se connaissait même pas. Après, tout ce qui compte, c’est le résultat.

7 – Diomay – « Père Lachaise » (90 BPM – 2010)

On avance dans le temps, et on retrouve une de tes meilleures compositions sur une partition de piano du Roumain. « Père Lachaise », titre phare de ton album 90 BPM sorti en 2010, qui sent bon le rap français, entre références à Spike Lee et choc des cultures d’un fils d’immigré…

C’est une grande musique du Roumain, une composition à lui, beaucoup d’émotion. Ça m’a donné cette idée de morceau. A l’époque, c’est Oxid qui avait fait le clip. Un morceau dont on me parle énormément ! Le but pour moi, c’est de faire des albums qui restent. On dit « classiques ». Pour moi un classique, c’est un truc que tu remets encore maintenant. Tu mets le premier album de Nas, il marche. C‘est un truc que tu peux mettre n’importe quand. Quelqu’un qui découvre « Père Lachaise », il ne va pas se dire que c’est un vieux morceau. On ne peut même pas te dire chronologiquement quand est-ce que ça a été fait, puisque c’est une composition toute basique avec du piano ! Après, c’est vraiment à l’appréciation des uns et des autres, tu vois ?

Tu as toujours eu cette facilité à raconter le Paris urbain, sans créer un personnage ou utiliser des extravagances…

Merci ! Le nouvel album que j’ai fait, c’est un album pour les papas. Mon fils a 19 mois, c’est celui qui m’a donné l’envie et l’idée de l’écrire. J’écris comme quelqu’un qui a une personne qui compte sur lui. Là, c’était Père Lachaise, je parlais de mon père, maintenant le père, c’est moi. J’écris aussi en fonction des changements dans ma vie. C’est aussi pour ça que je peux produire autant, parce que je puise dans ma vie. La panne d’inspi, elle peut arriver quand tu t’inventes une vie où il y a un scénario prédéfini.  Si demain, je me retrouve célibataire du jour au lendemain, j’suis en galère, je te parlerai de ça même si c’est pas glorieux !

Tu ne t’es jamais essayé à la fiction ?

Non. « Quelqu’un qui te veut du bien », il y a une partie fiction, dans la partie du gars qui joue beaucoup. C’est peut-être le seul texte de fiction que j’ai écrit. Puiser dans ma vie, ça me permet aussi de faire ressortir des sentiments forts, c’est le meilleur moyen pour moi de toucher les gens. Il y a vraiment des gens plus talentueux que moi dans ce domaine-là.

Tu nous disais en préambule de cet entretien assumer 100% de tes morceaux, autant sur le contenu que sur la forme. Y a-t-il des connexions non sorties ou non encore enregistrées que tu souhaiterais voir se réaliser d’ici la fin de ta carrière ?

Des connexions, ça, oui, il y en aura toujours, c’est l’histoire du rap français. Mais par contre, si un morceau je ne le sens pas, je ne le fais ou ne le continue pas, je change la prod…  Pour moi, le temps, c’est précieux et j’ai mis beaucoup de temps de ma vie dans la musique.

Tu vis de ta musique aujourd’hui ?

Ben en fait moi je me considère comme un entertainer. C’est-à-dire que je fais de la musique comme je fais de la réal (NDLR : réalisation de clips) ou autres, et j’arrive à m’en sortir grâce à différentes activités. Comme pour le choix de sortir un album ou pas, je ne voulais pas que mon destin et celui de ceux qui sont liés à moi dépende uniquement de la musique. Je trouve ça dangereux dans la période dans laquelle on vit. Ça peut te faire faire des choix très bizarres, c’est une réalité. C’est justement ce qui me permet d’être complètement débridé vis-à-vis de la musique. Pour moi, le plus grand risque, c’est de faire un mauvais album. Quand tu commences à rentrer dans un truc purement alimentaire via la musique, ton mode de fonctionnement est totalement changé. Alors que là, on est en studio, je prends cette prod-là, je ne suis pas en train de me demander si ça va passer en radio, si j’aurais ma SACEM… On travaille toujours à côté, c’est ce qui nous permet de nous maintenir à flots.

« Comme pour le choix de sortir un album ou pas, je ne voulais pas que mon destin et celui de ceux qui sont liés à moi dépende uniquement de la musique. Je trouve ça dangereux dans la période dans laquelle on vit. »

8 – Diomay – Rue de la paix (Rue de la paix – 2010)

Revenons maintenant sur le titre « Rue de la paix », morceau de l’album éponyme. Dedans, tu fais un clin d’œil aux classiques « Express D à côté, c’était des artistes, moi c’est Rue de la paix, Mauvais Œil c’était déjà pris »…

Rue de la paix, c’était parce que je sortais de ma période dirty. Ma transition était difficile, t’es toujours un peu déçu par certaines personnes dans le milieu, comme tout le monde, y’a pas de problème, pas de rancœur.  C’est une façon de dire que je suis en paix, mais toujours sur le pied de guerre. Le concept, c’était ça : un album guerrier, revendicateur, c’était l’humeur. « Mauvais Œil », c’est une façon de dire que les gens ne te veulent pas du bien. Si j’avais pu appeler mon album comme ça, je l’aurais fait, c’est un clin d’œil aussi. Pour Express D, c’est une manière de dire qu’ils étaient considérés à l’époque comme des cailleras dans le rap, mais des vraies ! Mais quand t’écoutes leurs albums, c’est artistiquement énorme ! C’était de vrais artistes, sauf qu’à l’époque on pouvait être à la fois caillera et artiste. Ils étaient tout aussi caillera voire plus que ceux de maintenant, mais ils avaient des concepts, une intelligence dans leurs textes… L’album Guet-Apens, ça c’est qu’on appelle un vrai classique. Du haut niveau quoi.

9 – Diomay – « Fan Mytho » / « Mauvaise foi » (Rue de la paix, 2010)

Autres sons, autres concepts : « Fan mytho » et « Mauvaise foi »

Ah ! On m’en parle souvent ! C’est dommage que je n’ai pas eu l’occasion de défendre l’album « Rue de la paix » parce qu’un clip de « Fan mytho » aurait été génial ! « Mauvaise foi » avait aussi énormément traumatisé les gens. D’autant plus que je fais de l’auto-psychanalyse, donc je me sers de ce qu’on me dit et des fois je retourne la force contre ça à la manière d’un Eminem dans « Stan », tu vois ? Et dans « Fan mytho », je reprends tout ce qu’on m’a raconté, et c’est pour ça que ça fait rire plein de gens, parce qu’ils savent que c’est vrai. Je n’ai rien inventé.

Cet humour grinçant fait partie de nombre de tes textes…

Je ne me considère pas comme un lyriciste à proprement parler. Je ne vais pas passer mon temps à te dire que je suis lyriciste, je vais te raconter quelque chose. Pour moi, c’est plus intéressant que de m’autoproclamer : « J’ai trop de punchlines, j’ai trop de technique et ceci cela… » Ça je peux le faire dans une mixtape. Quand je fais un album, je vais essayer de te divertir.

« La New Team », sur 90 BPM. Un vrai exercice de sampler une telle référence, et un autre de poser son flow sur la rythmique. C’était osé, mais finalement, pari réussi ? Tu l’inclus souvent dans tes sets de concert…

Enorme prod du Roumain ! L’école et la génération Olive & Tom. Personne ne s’attendait à ça. C’est une montée en puissance dans la prod, dans la manière dont c’est amené. Et voilà, moi je suis très content. C’est très intéressant comme interview parce que ça me permet moi-même de me rendre compte des morceaux qui ont pu marcher… Et voilà, c’est très motivant quand on y pense !

Vous n’aviez pas eu de souci à la suite de l’utilisation du sample ?

Non, parce que c’est quand tu samples. Le Roumain rejoue tout, c’est jamais totalement pareil. C’est toujours pareil ; le jour où ça passe sur NRJ en boucle, ils nous enverront leur avocat. En attendant, ça reste un épiphénomène, tout va bien (il sourit)

Et puis ensuite, on arrive à l’album Le Gaucher sorti en 2014. « 2 pièces pour le passeur »…

Produit par El Gaouli et Sbona. Que dire ? C’est du Diomay tu vois ? C’est produit par des mecs qui sont extraordinaires, une nouvelle façon d’aborder la musique. On m’en a énormément parlé. Le clip, j’en suis super content, ça je le joue sur scène aussi. Le message est fort, il est adulte. Ça, je le mets maintenant ou dans dix ans, j’en aurais jamais honte, parce que c’est l’âme des morceaux qui fait que t’en es fier ou pas.

Quand tu écris aujourd’hui, tu te projettes sur la longévité de tes chansons ?

Ouais, parce que depuis le début, on m’a enseigné à faire des morceaux qui durent toute une vie. En fait, le but, c’est de pouvoir revenir sur mes morceaux. Le truc à la mode, il a une durée de vie limitée. Quand t’es indé, t’as pas le choix, tu es obligé de faire quelque chose de costaud pour que ça tienne sur la longueur.

10 – Diomay, Layone, Killah Kaf – « Anciens élèves » (Le Rap Francais vu de la Pologne – 2015)

L’année dernière, tu apparais sur une compilation de rap franco-polonais « Rapfrancuski » avec Layone et le K.Fear.  Elle fait plaisir cette connexion, ce clin d’œil d’old timers.

Beaucoup me l’ont dit ouais. Surtout que l’alchimie, elle est intacte entre nous trois. On se connait depuis toujours. Les mecs ont toujours le même niveau, au top. J’ai réalisé le clip,  j’étais très content. Que du kif, surtout après tant d’années ! On montre aussi que tu peux être issu d’une autre génération, revenir et faire un truc de qualité. Pas toujours la même chose où on te dit que les mecs de ma génération, ils étaient bons à une certaine époque, à partir de maintenant ils n’ont plus rien à ramener. Là, tout de suite, on prouve le contraire. Que les mecs qui sont expérimentés, qui ont du métier, ils peuvent encore te montrer ce que c’est que LE rap. Dédicace à Victor de Rapfrancuski qui nous a réuni tous les trois. C’était une fête !

Ça vous donne l’envie de créer ensemble ? Et pour les plus discrets de remonter en scelle ?

Il y aura d’autres choses.

Layone prépare quelque chose selon mes informations…

Dès que tu vas nous réunir quelque part, il va se passer quelque chose. Je ne m’avance pas, mais je pense que ce ne sera pas la dernière collaboration.

Quelles sont tes attentes sur ton nouvel album, Tchiki O ?

Quelles attentes ? Ben… Un pas en avant. On avance marche après marche. Je suis plus connu qu’à mes débuts quoiqu’il arrive, donc ça ne peut que me monter plus haut. Si ça peut donner envie aux gens de revenir sur ma looongue discographie… Il n’a que du plus, pas de moins !

T’es à combien de morceaux là ? 200 ? 300 ?

On va faire les comptes à un moment. Pour l’instant, moins de 100. (NDLR : Son cousin, présent pendant l’interview, le corrige, en lui expliquant qu’avec une douzaine de titres sur 7 albums, sans compter les apparitions sur des compilations, il est largement au-delà de ce chiffre)

D’où vient ton gimmick « Tchiki’O » ?

Si seulement je pouvais te répondre… Malheureusement, beaucoup de choses comme ça sont dues plus au hasard qu’à la trouvaille. Il y en a qui disent « Yo ! », moi je ne voulais pas dire « Yo ! » donc j’ai dit « Tchiki’O » ! Le problème, c’est que les gens m’ont appelé comme ça. Salif m’appelait « Hey Tchiki’O ! » C’est le côté peut-être tête pointue et un peu sarcastique, j’ai un peu cette image, comme dans les Marvel, les Deadpool, les mecs sérieux qui aiment bien envoyer des trucs. C’est un peu affectif, je l’ai laissé. Ce septième album, je le fais pour ceux qui ont suivi depuis le début, c’est pour ça que je l’ai appelé comme ça. Personne ne m’a demandé pourquoi je l’ai appelé comme ça ! Il y a une cohérence dans tout ce que je fais.

Le mot de la fin ?

Je remercie Le Bon Son parce que vous êtes vraiment pointus au niveau de ce que vous connaissez. Je ne m’attendais pas à répondre à des questions sur des morceaux aussi enfouis ! On se revoit pour le quatorzième album !

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.