Kohndo vient de sortir son quatrième album solo, Intra-Muros, cinq petites années après Soul Inside, l’occasion pour nous de revenir avec lui sur ses vingt ans de carrière, de ses débuts avec Egosyst à l’acquisition de cette patte « hip-hop organique » qui le caractérise aujourd’hui. Un aperçu de son parcours en 10 morceaux choisis par nos soins, sur lesquels nous lui avons demandé de réagir.

1 – La Cliqua – Conçu pour durer (1995, Conçu pour durer)

Il s’agit du morceau « Conçu pour durer » de l’EP du même nom, de La Cliqua. C’est un beau souvenir, ça me rappelle le studio Antena, dans le 18ème, où La Cliqua se réunissait pour enregistrer l’album. C’était à deux pas de notre lieu de répétitions, notre base qui était à La Fourche, dans le studio de Chimiste. C’est 1994, ça me rajeunit pas tout ça ! (rires)

On a souvent dit que La Cliqua était un groupe du 18ème, mais tu n’en es pas originaire…

Il n’y avait que Chimiste qui vivait dans le 18ème. En fait on venait tous des quatre coins de l’Île-de-France. Egosyst et moi venions du 92, moi j’ai fait mon adolescence à Boulogne, au Pont-de-Sèvres, j’étais plus affilié aux Sages Po. Mais par contre, quand j’étais petit, jusqu’à ma 6ème, j’ai vécu à Bobigny. Puis à Créteil, à Paris, à Asnières… Dans plein d’endroits : 92, 93, 94, et Paris.

Bobigny et Boulogne sont deux grandes villes « hip-hop ».

Je ne trouve pas que Bobigny soit une grosse une ville « hip-hop ». Maintenant oui, c’est devenu la « Terre hip-hop » comme on dit, mais c’est le 93 qui est une terre hip-hop. Mais c’est vrai que Boulogne par contre… Tous les gars qui viennent de là-bas ont laissé une empreinte dans l’histoire du rap.

Dans l’interview que tu as accordée à Down With This, on peut apercevoir des clichés de toi et Zoxea, ou LIM, alors qu’au regard de ta discographie, on ne t’a jamais senti proche du Beat 2 Boul ou des Sages Po’.

On n’a fait aucune collaboration sur disque en 20 ans, parce que j’étais dans La Cliqua, un groupe parisien. Il y a eu une embrouille entre le Beat 2 Boul et l’entourage de La Cliqua, et il s’avère que je me suis retrouvé en plein milieu, bien que je n’ai pas été là ce jour-là. Et donc ça nous a mis en distance.

Celui qui faisait le lien entre les deux crews c’était Egosyst. Il a polarisé beaucoup d’énergies, et a permis l’émergence de Booba, de Lunatic… Il a été le pont avec des groupes comme Less Du 9 par exemple. Egosyst c’est le cousin de Zoxea, et c’est grâce à lui qu’on a pu faire la connaissance de certains gars de Time Bomb dont Oxmo Puccino. C’était lui qui se baladait le plus, c’était un peu l’oiseau de nuit, il faisait des connexions, il créait des synergies entre les groupes.

Pour revenir sur « Conçu pour durer », sur le papier c’est un simple EP, mais il a eu plus d’impact que l’album de La Cliqua, sur lequel tu ne figurais pas d’ailleurs… C’est le projet qui a marqué les esprits.

Oui parce que c’était une grosse énergie de groupe, avec cinq personnalités au micro. « 5 facettes du hip-hop brillent dans le feu de l’ouïe. » Et sur le premier album de La Cliqua il n’y avait plus que 3 facettes du hip-hop, ce n’était plus pareil tout simplement.

2 – Rocca feat. Kohndo – Mot pour mot (1997, Entre deux mondes)

Il s’agit de « Mot pour mot », qui était un de mes solos au départ. On était en train de travailler sur l’album de Rocca, et il me dit : « On n’a pas écrit de morceaux ensemble, il ne me reste que deux jours de studio, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Et puis il aimait bien ce morceau-là, il m’a demandé si je voulais pas qu’on le fasse à deux, et je lui ai répondu : « Bien sûr, ce qui est à moi est à toi, c’est à nous. » Donc j’ai partagé ce morceau et c’était un vrai kif de le faire.

Au vu de ce que tu as livré plus tard et de l’ambiance de ce titre, on aurait pu croire que Rocca avait été à l’initiative du morceau…

Il correspondait parfaitement à ma personnalité de cette époque. C’est en quittant La Cliqua qu’il fallait que je m’affirme, je n’avais absolument pas envie de faire La Cliqua en solo parce que ce n’était pas pertinent.

Vous attendiez-vous à un tel succès de l’album de Rocca ?

Oui. Parce qu’entre Conçu pour durer et Entre deux mondes on avait fait énormément de scènes, on avait beaucoup travaillé et le public était présent. Il ne faut pas oublier qu’entre temps il y a eu le titre « Le hip-hop mon royaume » dont le refrain était de moi. Pareil, pendant la préparation du disque, il m’avait fait écouter ses couplets et la prod, je lui ai suggéré le refrain. C’était issu d’un de mes textes, et je pensais que ça marcherait bien.

Tu l’as suivi sur sa tournée pour l’album ? 

Non, en fait j’ai été invité sur l’album d’IMS (groupe formé par Egosyst et Khomeyni, ndlr), je discutais avec Egosyst, et il me parlait de revenir et de refaire le Coup D’Etat Phonique, je lui disais : « Je vais d’abord faire la tournée avec Rocca, voir comment est l’ambiance, parce que je ne me sens pas super bien. Et si ça continue comme ça, j’indiquerai aux gars que je ne me sens plus à l’aise. » Le temps que je finisse ma phrase, Raphaël était là, et le lendemain il a expliqué au groupe ce que j’avais dit à Egosyst. Et comme il n’y avait pas une super ambiance à ce moment-là, les mecs m’ont pris à parti, et je leur ai dit qu’effectivement je ne me sentais pas bien, et ils m’ont dit : « Si tu ne te sens pas bien tu peux partir. » Et je leur ai dit : « Ben je vais partir. »

Quelle était la raison de cette mauvaise ambiance ?

C’était pas une super mauvaise ambiance, mais c’était plus un truc où je me sentais moins à l’aise. Le groupe prenait une direction plus dure, plus Mobb Deepienne, et moi je voulais un rap plus près de moi, plus dans l’état d’esprit Tribe Called Quest, plus simple.

Vous avez réussi à vous retrouver en 2009 pour des concerts…

Oui parce que c’était vachement plus simple à faire une fois que j’avais sorti mes disques. Les mecs ont bien vu dans quel état d’esprit j’étais, et avec le temps tu valides, tu t’affirmes en termes de personnalité, et tout devient beaucoup plus clair.

3 – Koma feat. Rocé et Kohndo – Un parmi des millions (1998, Le réveil)

C’est le morceau « Un parmi des millions » avec Rocé et Koma, et c’était mortel. Ce jour-là on était dans un studio du label qui avait produit l’album de Koma, en Seine Saint-Denis, et j’ai écrit directement en studio ce couplet-là. Koma m’avait gentiment invité, je me suis retrouvé avec Rocé, un des mecs avec qui j’ai fait le plus de collaborations, mais indépendamment de ma volonté et de la sienne. (rires) Il se trouve que j’adore ce mec, tout comme Koma. C’est vraiment des gars dont j’admire le travail, la personnalité, la rigueur intellectuelle et la droiture dans laquelle ils évoluent. Ce morceau-là synthétise vraiment tout ce que j’aime dans le hip-hop. On est parfois seuls, mais parfois bien accompagnés. Et puis ça me rappelle aussi le festival de la Scred Connexion qui a eu lieu il y a quelques jours, où on s’est réunis pour le faire pour la première fois sur scène tous ensemble. C’était un bonheur que de les écouter rapper et de rapper avec eux.

Le public a dû être réceptif…

J’ai trouvé magique ce qui s’est passé, ainsi que la réaction du public. Je ne pensais pas que ça avait été un morceau aussi marquant que ça.

4 – Kohndo – Mon nom en autographe (1999, Prélude à l’Odyssée)

Yes, putain… Ça c’est Lumumba à la prod et moi au micro, « Mon nom en autographe ». C’est mon premier maxi solo, même si avant il y a Kohndo contre Narcisse, qui est ma première sortie discographique en autoprod. Donc « Mon nom en autographe » est le premier titre que je sors en solo, tout seul, sans personne, où je suis face à moi-même et au microphone. Cette prod de Lumumba est complètement magique. Aujourd’hui encore elle me file des frissons.

Comment te sentais-tu au moment de devoir écrire des morceaux solos justement ?

Je me sentais à poil, mais bien avec moi-même. Je me sentais prêt à rencontrer le public. Quelque part j’ai senti une très grande frustration parce que quand je suis sorti de La Cliqua, toutes les connexions que j’avais dans le groupe se sont coupées. J’étais vraiment tout seul, et j’ai dû repartir à zéro comme un nouvel arrivant. Tous les gars que je fréquentais dans La Cliqua, je n’ai pas pu compter sur eux.

5 – Kohndo – Jungle Boogie (2000, Jungle Boogie)

Yes, « Jungle Boogie » ! Ça c’est ma deuxième chance. Je parle de chance parce que c’est la rencontre avec des potes de Château-Thierry qui me disent : »Il faut que tu fasses quelque chose, on est trois (Laurent, Hassan et Manu), on fait péter un crédit mais tu fais un maxi, tu sors quelque chose. » Ils m’ont emmené en studio et permis d’enregistrer ce disque, et de le mettre sur le marché. Hélas on n’avait aucune expérience en termes d’autoprod, donc on n’a pas pu faire que ce disque explose, et c’est tellement dommage, c’était vraiment une boucherie ce maxi.

Ce maxi était le deuxième d’une trilogie. On commence à comprendre ce « hip-hop organique » vers lequel tu te diriges, même si on reste sur des machines, avec ces influences issues de la soul, du rythm’n blues ou de la black music en général. Bizarrement, « J’entends les sirènes », ton 3ème maxi, sorti en 2001, contient des prods plus typiques du début des années 2000, il se situe plus dans la tendance de l’époque par rapport aux productions intemporelles qui te caractérisent.

Exactement. Le format maxi m’a donné envie de montrer l’étendue de mes capacités. Je voulais montrer que j’avais plein de propositions à faire au niveau vocal, au niveau rythmique, dans les types de sujets que je pouvais traiter. Je voulais vraiment montrer l’étendue de mon talent de MC.

A posteriori, ça peut paraître surprenant au vu de la couleur des deux premiers maxis.

C’est vrai que j’ai toujours été très mauvais dans ce qu’on appelle « la stratégie de carrière », et c’est une très bonne chose. Parce qu’un artiste, au départ, ça ne doit pas calculer, ça doit travailler à l’instinct. Tu es obligé de passer par ces erreurs pour grandir musicalement. Et en plus, j’estime que J’entends les sirènes n’est pas une erreur. Quand tu regardes ce que le rap est devenu aujourd’hui, et que tu replaces ça dans l’époque, tu te dis pas : « Ah merde ça a vieilli. » Mais comme tu dis, on se dit : « Tiens, là on n’est plus dans ce qu’il a tracé. Il a fait un pas de côté, il a testé quelque chose. » Ça vaut le coup quand même, je trouve que c’est bien d’avoir des projets comme ça dans une carrière d’artiste.

6 – Khondo – La partition (2003, Tout est écrit)

« La partition » est issu de Tout est écrit, mon premier album solo. Je suis prêt. Au moment où je sors cet album-là, j’ai fait toutes mes expériences, et je dis : « Là j’ai quelque chose à léguer aux gens. J’ai envie de vous proposer une nouvelle forme d’écriture, un nouveau type de rap, en phase avec ce que je suis en tant qu’homme (jeune homme à cette époque-là). » Avec cet album solo, je demande au public s’il est prêt à me suivre dans cette aventure.

« La partition » est vraiment LE morceau plébiscité par ton public sur ce premier album.

Ouais. C’est devenu un classique pour moi, c’est dommage qu’il ne soit pas rentré dans l’histoire du rap parce qu’il aurait vraiment pu tourner en radio très longtemps. Mais voilà, c’était complètement en contradiction avec ce qu’il se passait dans les années 2000.

Ce morceau a un remix par Logilo, qui est paru sur « Blind Test » (projet sorti en 2004 regroupant des inédits de Kohndo, ndlr).

En fait la version de Logilo n’est pas le remix, c’est l’original. Donc la version présente sur l’album est la version n°2.

C’est intéressant de voir comment certaines personnes avec qui tu as collaboré comme Logilo, ou 20syl, sont passées aux instruments par la suite. Ça montre que ces collaborations n’étaient pas forcément le fruit du hasard.

Logilo c’est un grand à moi en fait, il m’a connu quand j’avais 15 ans et lui 19, c’était le DJ des Sages Po. On parlait déjà beaucoup de son quand il venait à la maison, il venait manger des merguez et des frites, on rigolait. (rires) J’étais déjà pas mal orienté beatmaking. 20syl ça s’est fait bien plus tard, et lui a eu sa propre trajectoire. Quelque part c’est plus moi qui ai rejoint la trajectoire de 20syl que lui la mienne. Hocus Pocus sont arrivés en 1999 ou 2000 avec des musiciens live. Et moi, depuis le début, même à l’époque de Conçu pour durer, c’était comme ça que je concevais le rap. D’ailleurs en parallèle, je faisais du MCing dans le groupe Mad in Paris.

Je ne savais pas !

Peu de personnes le savent… Donc l’instrumental live a toujours été dans ma conception du rap. Oh mortel, j’avais oublié…

7 – Triptik feat. Kohndo – Qui sommeille en moi (2003, TR303)

Putain c’est des super belles collaborations. Ce titre-là c’était avec Triptik sur leur album TR303, je venais de signer chez Nocturne et eux aussi. Pour moi ils font partie des groupes qui ont posé leur pierre à l’édifice du rap français : dans les flows, les beats… Leur musique était classe. Là aussi j’ai écrit pendant la session au studio. Je trouvais la collaboration avec Dabaaz complètement dingue, insensée, et ça m’a permis de ressusciter Doc Odnok le temps d’un titre que j’avais mis de côté depuis presque 7-8 ans déjà.

8 – Kohndo feat. Gas – Faiseur de pluie (2006, Deux pieds sur terre)

« Faiseur de pluie » avec Gas, sur l’album Deux pieds sur terre / Stick to ground. C’est une expression que j’ai inventé parce que normalement ce devrait être « Stick to THE ground », et j’en avais parlé à Insight (présent sur le titre « Stick to ground ») qui m’avait que c’était une super expression, que je devais la garder. Et le titre « Faiseur de pluie », c’est la concrétisation de plusieurs années d’amitié avec Gas qui était à Lyon alors que j’habitais à Paris. On est vraiment comme des cousins, c’est à dire qu’on se parle une ou deux fois par semaine, même aujourd’hui. C’est la première fois qu’on matérialise un titre tous les deux. D’ailleurs on n’a pas refait de titre depuis parce qu’on est trop occupés dans nos vies artistiques et personnelles, mais je pense qu’il faudra qu’on se refasse ça.

Ensuite on t’a peu entendu entre 2006 et la sortie de « Soul Inside » en 2011, sur disque en tout cas.

J’étais concentré sur le live en fait. J’avais un groupe, le Velvet Club, et je tournais. J’ai été dans la sélection du Printemps de Bourges 2007, donc je passais mon temps sur la route, je faisais beaucoup de production, de pédagogie, de mixage… Plein de projets connexes en fait. Mais c’est vrai que j’étais moins au micro à enregistrer pour moi.

Aujourd’hui encore tu as beaucoup d’activités annexes, tu ne t’occupes pas que de ta musique à toi.

Je suis heureux en faisant de la musique, et aussi quand je suis au côté des autres, et que je leur transmets mes connaissances, que j’échange avec eux sur le savoir hip-hop. Ça me permet d’être en totale liberté quand je décide de me pencher sur mes disques, et sur ma carrière d’artiste.

Mais entre 2006 et 2011, entre ces tournées-là avec mon groupe, j’étais dans l’élaboration de cet album que je voulais faire depuis longtemps, à savoir un album produit avec des musiciens. Et ça donne Soul Inside qui arrive en 2011.

9 – Kohndo – Mon ghetto Tribute (2011, Soul Inside)

Le morceau qui déroge à la règle ! (rires) Le but de Soul Inside était de montrer que le hip-hop, la musique issue de mon ghetto, a ses racines dans le rythm’n blues, le rock, la soul, le blues et le jazz. J’avais juste envie de montrer ça, et quand j’ai envoyé mon disque à Jee Van Cleef, aka Jee de Toulouse, il m’a dit : « Ça y est, tu as fait le disque que tu rêvais de faire, dont tu me parles depuis dix ans. »

Avec le titre « Mon ghetto Tribute » tu reviens sur ton parcours…

Oui je voulais raconter mon histoire à moi, tout simplement. Le fait de raconter mon histoire m’a permis d’en sortir et de suivre ma route. J’avais aussi envie de montrer que je n’étais pas tourné vers le passé, ce morceau-là était un témoignage qui disait : « Voilà ce que j’ai été, et je continue d’évoluer. »

Tu parlais de Jee Van Cleef, il a sorti un projet en téléchargement libre, « Soul Brother Blend », sur lequel il a combiné des acapellas de « Soul Inside » et des instrus de Pete Rock.

Exactement. Pour lui c’était vachement important de montrer aux gens la richesse de mon travail vocal. Beaucoup me perçoivent comme un lyriciste, beaucoup me perçoivent comme un technicien, alors qu’en fait je suis les deux, ce qui pour moi est la qualité première d’un MC : le fond et la forme. Ce n’est pas l’un ou l’autre. Jee avait envie de montrer ça, et il s’est dit qu’en mettant mes acap’ sur des instrus de Pete Rock, les gens allaient mieux entendre mon boulot. (Vous pourrez le télécharger gratuitement sur mon Bandcamp)

10 – Kohndo – Le compteur tourne (2016, Intra Muros)

Mon dernier album, Intra-Muros… Le titre c’est « Le compteur tourne », qui synthétise toutes ces années dont on vient de parler, et qui en même temps me ramène exactement à l’endroit où les gens souhaitaient m’entendre, à savoir ce hip-hop organique, avec de la lourdeur dans la rythmique.

Sur cet album, on retrouve d’ailleurs des invités de la nouvelle école comme A2H et Nekfeu, ainsi qu’Oxmo Puccino, en place depuis 20 ans… C’était voulu d’avoir ces deux générations sur ton projet ?

Complètement. J’ai la chance d’avoir des jeunes qui se revendiquent de mon école, et j’en suis fier, c’était important pour moi de leur tendre la main, et j’ai été ravi qu’ils acceptent l’invitation parce qu’on sait qu’aujourd’hui le succès peut rendre distant. Et je trouve qu’A2H et Nekfeu ont été d’une rare écoute, c’était un vrai plaisir que de travailler et d’échanger avec eux.

Je me rappelle avoir lu une interview de Nekfeu dans laquelle il disait qu’il y a 5 ou 6 ans, vous vous croisiez déjà dans les open mics.

Exactement. Et je leur passais toujours le mic parce que j’adorais quand ils rappaient. Je kiffais leur vibe. Je voyais des gars qui avaient faim de mic. A2H je l’ai connu plus tard, sur les plateaux « Can I Kick It », et j’ai toujours perçu le musicien qu’il est. Pour moi, il fait partie des mecs qui ont toutes les clés pour comprendre ma musique, et même la dépasser, parce qu’il a sa propre patte. Il en va de même pour Ken. Quant à Oxmo, c’était important qu’il soit là parce que ça fait des années que j’ai envie de l’inviter sur un de mes disques, je trouve qu’il a une finesse dans l’écriture et l’interprétation parfaitement adaptée à ce que je fais, qui peut donner lieu à un beau duo.

Il y a des similitudes entre vos deux parcours : l’utilisation d’instruments, le fait de ne jamais avoir arrêté le rap, une évolution progressive vers quelque chose de singulier.

Tout à fait, on a des parcours qui sont assez parallèles, qui peuvent se suivre.

Parle-nous de ton implication dans la partie instrumentale de l’album…

Musicalement, j’ai fait plus de 50% de l’album. Je suis à la prod de beaucoup de titres : « Le compteur », « 9m2 », « Un gun sur la tempe » que je coproduis avec Slick, « Il n’y a plus rien », « Demain le jour se lèvera »… C’était aussi l’occasion de montrer ce que je suis capable de faire quand je suis à la production.

Les gens ont tendance à penser que tu ne t’occupes que de la partie vocale, alors que tu composes aussi.

J’écris les mélodies, j’arrange, je mixe beaucoup… Sur cet album je n’ai pas mixé parce que j’ai souhaité avoir du recul à ce niveau-là, donc j’ai travaillé avec Anh Ninn Garett que m’a présenté A2H parce qu’il travaille avec. J’ai été ravi de cette rencontre. J’ai aussi beaucoup travaillé avec Wendy Milton qui m’a arrangé pas mal de pianos. Un disque solo c’est aussi une affaire d’équipe.

1540-1

Intra-Muros : disponible depuis le 5 février.

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.