Depuis quelques semaines, Fixpen Sill occupe bien l’espace sur nos murs facebook, ou sur nos chaînes Youtube. Souvent référencés dans nos lignes et chez nos confrères, le groupe originaire de Nantes sort ce 5 février son premier album, Edelweiss. Déjà trois sons sont sortis (« Tel Quel », « Hobo », « Edelweiss »), et on mourrait d’envie d’en écouter plus. Puis on a eu la chance d’écouter les quinze pistes de l’opus avec un temps d’avance sur la sortie officielle. Les oreilles sous les coussinets du casque, on s’est dit qu’il fallait décortiquer avec Kéroué et Vidji ce qui ressemble à une ascension réussie. Ils sont allés la chercher cette fleur mythique, et les deux potos nous racontent un peu de leur épopée.

Salut les gars. Passage obligé, même si on vous a déjà rencontrés, on va repasser par l’étape des présentations.

Kéroué : On est Fixpen Sill, groupé fondé fin 2009, début 2010, composé de Vidji, et moi-même Kéroué. Je rappe depuis un peu plus de 6 ans, un peu avant Vidji.

Vidji : Vidji Stratega, beatmaker au sein de Fixpen Sill depuis 2009- 2010, voilà on fait aller.

Kéroué : On sorti un premier EP (Le Sens De La Formule, 2010), un maxi (On Verra Plus Tard, 2014), un album avec notre collectif 5 Majeur (Variations, 2013), et notre premier album à venir le 5 février 2016.

On voulait justement vous parler de la sortie de ce premier album, Edelweiss. Est-ce que vous pouvez nous le présenter rapidement ? Vous le voyez comme un aboutissement ?

Kéroué : On était justement en train de répondre à une interview par écrit aujourd’hui. On nous demandait ce qu’on ressentait par rapport à cet aboutissement. C’est une grande fierté pour nous d’être allés jusqu’au bout et d’avoir fait en sorte que cet album arrive dans les bacs. C’est un concentré de nous, de ce qu’on sait faire, de tout ce qu’on a fait ces dernières années. Concentré de technique mais en même temps de musicalité, sur un seul disque.

Vidji : On a plus que jamais essayé de faire des morceaux de musique. Sans se détacher de la forme du rap, parce que c’est ce qu’on fait. Mais en essayant d’élever un peu la forme.

« Le premier morceau qu’on a sorti, « Hobo », est passé à un kilomètre au-dessus de la tête des gens, à toute vitesse. Les gens l’ont contemplé en se demandant ce que c’était que c’était que ce merdier. »

Quels sont les premiers retours après les trois premiers morceaux déjà sortis ? ( « Hobo », « Edelweiss », « Tel Quel » ndlr)

Vidji : Le premier morceau qu’on a sorti, « Hobo », est passé à un kilomètre au-dessus de la tête des gens, à toute vitesse. Les gens l’ont contemplé en se demandant ce que c’était que ce merdier. Mais ce n’était pas unanime. Les gens étaient divisés en à peu près deux clans : ceux qui ont capté un peu le délire et ceux qui étaient frustrés de ne pas comprendre. Et à partir du moment où tu ne comprends pas quelques chose, tu es moins susceptible d’apprécier. Premiers retours mitigés sur le premier son. Sans que ça nous dégonfle pour autant. Et après ça allait de mieux en mieux. « Tel Quel » a été plutôt bien accueilli, rassurant pour certains, et bien pour d’autres, avec une forme de rap plus classique. Puis « Edelweiss ». Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est le masterpiece, mais c’est un morceau narratif avec un début, une fin, qu’on a mis en image d’une façon dont on est content. Et les retours ont été unanimes sur ce clip-là.

Kéroué : « Edelweiss » raconte plus une histoire que les deux autres morceaux.

Justement, le morceau « Edelweiss ». En regardant ce clip, on a l’impression de voir The Grand Budapest Hotel par moments. Dans les couleurs, les filtres, images de montagnes, la symétrie… Wes Anderson a été une inspiration ? Vous avez donné une indication pour travailler en ce sens ?

Kéroué : On a un peu suivi la pensée de notre réalisateur sur ce coup-là. Il faut savoir que quand on se lance dans la confection d’un clip, on a rarement la possibilité de s’exprimer dans le scénario ou dans la narration. Là, on a fait entièrement confiance à notre réalisateur. Ça nous intéresse de plus en plus à l’avenir de nous impliquer dans la réalisation : le regard que l’on peut avoir sur les plans, du montage…

Vidji : C’est clairement quelque chose qui avait inspiré les réalisateurs (Wes Anderson, ndlr), et on est tombé d’accord avec eux. Wes Anderson à ce moment là, faisait parler de lui. On était tous tombé un peu sous le charme de son esthétique, on trouvait ça hyper chiadé. On trouvait ça marrant de reproduire cette atmosphère dans un clip. Sans parler de plagiat. Juste en s’en inspirant.

En regardant la tracklist de l’album, il y a très peu d’invités. 20Syl + Greem, et Meyso sur une prod chacun. Hunam & Heskis, ainsi que Nekfeu.  C’était une volonté d’avoir peu d’invités et d’avoir un album vraiment marqué Fixpen Sill ?

Vidji : Oui. On trouvait ça bien de rester en famille plutôt que de donner l’impression aux gens qu’on multipliait les opportunités, en multipliant les featurings, pour être plus bankable. Ce n’était vraiment pas l’idée sur cet album là. On avait une idée précise sur chaque morceau qu’on voulait faire, et les feats se sont faits naturellement. On n’est pas allé les chercher, on n’a pas démarché. On a fait les featurings qui se sont imposés naturellement, ou qu’on avait vraiment envie de faire. C’est pour ça qu’il y en a si peu.

Sur ces apparitions, on voit 20syl. Vous avez déjà bossé ensemble avec le très bon morceau « Obsession ». C’est la connexion nantaise qui fonctionne ?

Kéroué : Oui, la première collaboration nous a permis de pouvoir en envisager une deuxième. À l’époque, 20syl avait apprécié le morceau et s’était montré très disponible, même pour le clip. Ça tombait sous le sens qu’on refasse une collaboration ensemble. À la base on avait imaginé un morceau sortant totalement de l’univers du premier. Finalement on est un peu retombé là-dedans, dans notre zone de confort aussi, et on trouvait que c’était cool de retrouver ça avec lui.

« On trouvait ça bien de rester en famille plutôt que de donner l’impression aux gens qu’on multipliait les opportunités, en multipliant les featurings, pour être plus bankable. »

20syl et Nekfeu sont deux acteurs importants actuellement, certainement très pris, d’un point de vue organisationnel, ça s’est passé comment ? C’était fastidieux ?

Vidji : Non parce que comme on le disait on a fait des feats avec des gars qu’on connaissait. Même si désormais ils sont tous les deux sur le devant de la scène. Nekfeu, on le connaissait avant son succès retentissant donc ça n’a pas été compliqué dans le sens où il s’est rendu disponible, et nous, on n’a pas fait de forcing. Quand on lui a fait écouter l’album, il a dit de son propre chef qu’il était chaud pour travailler un morceau avec nous. On a sauté sur l’occasion, parce que ça nous faisait plaisir et qu’il y avait déjà les autres membres du 5 Majeur sur l’album. Pour 20syl ça s’est fait aussi très naturellement parce que ça reste un gars  super accessible, qui s’est rendu disponible sans faire de manières.

En parlant de Nekfeu, vous avez- fait un titre « Après Moi Le Déluge », c’est un clin d’oeil à son morceau « Tempête » ?

Kéroué : Ah oui, bien vu. Mais non, on ne l’avait pas vu comme ça. On trouve que ce morceau s’associe plutôt à notre « graphisme » de l’album. C’est l’un des sons qui résonne le mieux dans l’esthétique et dans la voie dans laquelle on a construit l’album. Et il vient le clotûrer d’une bonne manière, en étant énergique et en restant dans l’esthétique des autres pistes.

« Je suis assez fasciné par les claviers en règle générale (…) j’ai commencé sur du Rhodes, des Clavinet, ce genre de clavier électronique. Et j’aime les synthés de cette époque là. Ils ont, je trouve, un cachet qu’on ne retrouve pas forcément aujourd’hui. »

On relève de temps à autres des instrus, des sonorités assez plaisantes, du clavier Korg, du Wurlitzer certainement. Sans que ça ressemble à du jazz ou du funk, on a l’impression d’entendre des sons qui auraient très bien pu être utilisés par un Herbie Hancock par exemple. Comment est venue cette influence, si vous la confirmez. Vidji ?

Vidji : Oui, c’est plutôt de moi que ça vient pour le coup, même si Kéroué est toujours là. Parce que je suis assez fasciné par ces synthés-là et les claviers en règle générale. Parce que j’ai une formation de pianiste. À la base j’ai commencé sur du (Fender) Rhodes, des Clavinet, ce genre de clavier électronique. Et j’aime les synthés de cette époque là. Ils ont, je trouve, un cachet qu’on ne retrouve pas forcément aujourd’hui. Et oui c’est inspiré de tout ça. La funk fait partie des mes inspirations, même si c’est discret et disséminé par ci par là dans mes productions, je pense que tu as raison. Je n’ai pas trop suivi les récentes mouvances funk et les différentes branches du funk récemment en revanche.

Sur cet opus, au-delà d’une couleur et d’un esthétisme particuliers, on touche à des univers différents : du rap très années 2010, du son plus classique rap français triste, mélancolique. Et puis un autre délire encore dont on souhaitait causer : en écoutant « Ma Fête », on a l’impression d’entendre du ATK, TTC, L’Armée des Douze, Hutsla ou Le Klub Des Loosers… Cette mouvance indé là, du début des années 2000, est-ce que c’est un mouvement dont vous vous réclamez, dont vous descendez ?

Vidji : Non non. On ne se réclame pas de ce mouvement là. Après, il y a plein de choses inspirantes dans ce courant. Et je ne sais pas si on (Fixpen Sill) se revendique d’une vague particulièrement. Tu as pu l’entendre, il y a pas mal d’ambiances et d’axes différents sur ce projet. Non, on ne se rattache pas à un mouvement alternatif forcément, mais on a cet esprit décalé-là depuis le début, depuis le premier EP. Ce qui peut expliquer notamment « Hobo » qui est quelque chose d’un peu à part. Comme le morceau « Ma Fête ». Après oui, moi j’ai écouté du Fuzati, du TTC, des trucs comme ça. C’est vrai qu’ils avaient une manière de se démarquer par leur étrangeté, leur côté parfois subversif. C’est quelque chose qui me fait marrer quand tu n’en abuses pas en fait. On va le faire à fond sur un morceau comme « Hobo » parce que ça va nous faire du bien de lâcher prise.

« On ne se rattache pas à un mouvement alternatif forcément, mais on a cet esprit décalé là depuis le début, depuis le premier EP »

« Ma fête » c’est aussi un storytelling, même s’il est décalé. Est-ce que c’est un exercice plus facile de raconter une histoire ? 

Kéroué : Ben, on rigole quoi. On a imaginé une fête, pendant laquelle on tuerait l’ensemble de nos invités. Il y a différentes manières de l’imaginer, de le penser. Donc forcément on se fait rire au fur et à mesure qu’on se fait notre texte, et en plus de ça on clotûre le son avec un refrain décalé. On se fait plaisir et on se dit que c’est un morceau qui aura tout à fait sa place. Justement dans un moment de la construction de l’album où il y a un morceau comme « Hobo » qui arrive.

Vidji : En soi le storytelling, moi je trouve ça toujours un peu plus compliqué. Parce que tu as un axe à respecter, tu peux moins dire ce que tu veux, ça part moins dans tous les sens. Un storytelling réussi, c’est d’autant plus difficile à faire.

Ça fait plusieurs fois qu’on mentionne « Hobo ». On a tout entendu : bon délire, troll, etc… Finalement est-ce que cette utilisation de certains codes comme le vocoder, n’est pas une critique poussée un peu à l’extrême ? Jusque dans les lyrics où on peut croire que vous êtes dans la caricature…

Kéroué : Quand on est figé dans une forme de rap, qu’on a l’impression, non pas de toujours utiliser la même recette, mais de ne pas pouvoir innover de dingue sur la musique que l’on fait… Je ne sais pas, ça me frustrait. J’avais envie de faire un truc complètement barré tu vois. J’ai commencé par une chanson de R’n’B qui est restée coffrée. Et puis on s’est dit qu’on pourrait enregistrer un truc ouf, qui nous appartient, un délire entre nous. Les gens comprendront ou non, mais se faire plaisir et avoir la sensation qu’on avance, notamment dans les sonorités… « Hobo » c’est un concentré de tout ce pétage de câble, et en même temps c’est maîtrisé et produit.

Vidji : Au début j’étais dubitatif, et j’ai suivi Kéroué pour voir jusqu’où il irait. Il est allé jusqu’au bout. Et je suis fan.

Le titre de l’album. Edelweiss. « La fleur des braves et des conquérants », comme vous dites lors d’un interlude. Quel message ? Vous aspirez à plus de bravoure, de droiture, d’honnêteté ?

Vidji : Même s’il y a des morceaux qui sont un peu mélancoliques, pseudo-conscients, je pense qu’on a évité de jouer la carte de la morale. Sur les albums c’est quelque chose qui a tendance à nous gonfler assez rapidement. Ces gens qui te disent comment faire, ce qui est bien ou mal. On parle de ce à quoi on aspire nous-mêmes. Mais en aucun cas, on pousse les gens à aller vers là où ils ne veulent pas aller. Dans le rap, il y a très longtemps eu un discours de donneur de leçons, duquel on a un peu eu envie de s’écarter. On peut être, je pense, tout aussi pertinent en décrivant des situations.

« Dans le monde dans lequel on vit, si on arrête de se mentir deux secondes, on peut s’en sortir tout en étant un sale type. C’est beau de croire au karma, mais pour moi c’est une illusion. »

C’est un peu le cas sur « Tel Quel » justement. Une description, une histoire, et une volonté d’être soi-même.

Vidji : C’est vrai que c’est ça. Mais si tu le mets en parallèle avec le clip, c’est quand même l’histoire d’un enculé à qui il n’arrive jamais rien. C’est l’antimoral par définition. Je ne suis ni superstitieux ni dans des histoires de religion. Mais dans le monde dans lequel on vit, si on arrête de se mentir deux secondes, on peut s’en sortir tout en étant un sale type. C’est beau de croire au karma, mais pour moi c’est une illusion.

Changement d’atmosphère passager avec « Mauvais Oeil », qui reprend lui des codes très rap français des années 1990. Un son mélancolique, presque triste… C’était un passage obligé ?

Vidji : C’est aussi une facette de ce qu’on est, qu’on s’est sentis aptes à traiter finalement. Je pense que d’une manière générale sur l’album on a aimé taper un peu partout où on ne  nous attendait pas. On a quelques morceaux qui ressemblent beaucoup à ce qu’on sait faire et qu’on a déjà fait. Et à côté de ça, je pense qu’on s’est permis pas mal de choses. Dans ce qu’on faisait déjà il y a 4 ou 5 ans, il y avait des morceaux comme ça, mélancoliques. J’étais même un peu plus frileux à l’idée de le mettre sur l’album. Ça tenait surtout à coeur à Kéroué et aux gens qui étaient là à ce moment-là. Ceux qui nous disaient qu’il était bien et moins dans la représentation. Et que du coup, il était plus touchant. C’est parfois plus dur quand tu as une stature de rappeur de dire que tu fais quelque chose d’un peu plus touchant. Parce que t’es moins dans la rigolade et dans l’exercice de style, mais on s’est dits qu’il fallait qu’on ait au moins les couilles de faire ça.

Kéroué : Et traiter de sujets un peu plus graves, un peu plus personnels.

« C’est parfois plus dur quand tu as une stature de rappeur de dire que tu fais quelque chose d’un peu plus touchant »

On a souvent entendu dire que votre génération de rappeurs s’adresse aux gens de votre génération avant tout, disons les 18-25 ans. Vous en pensez quoi ? Vous pensez que c’est votre cas ?

Vidji : Je pense que par définition, notre rap ne s’adresse pas à des quinquagénaires. C’est une critique… enfin je ne sais même pas si c’est une critique, c’est aussi enfoncer des portes ouvertes. Le rap a toujours été une musique de jeunes. Et du coup, on n’est même pas libre de choisir les gens qui nous écoutent. Et oui, c’est à peu près la classe d’âge que tu as citée qui nous écoute. Mais ce ne sont pas forcément des gamins non plus à 25 ans.

Kéroué : Mais si des gens sont restés dans l’univers du rap, et continuent à l’apprécier en prenant de l’âge, c’est un album qui peut leur parler aussi. J’ai fait écouter quelques morceaux à un maître de stage que j’avais fait dans ma ville à l’époque. Il a 45 ans, il s’occupe d’ateliers d’écriture, d’une MJC. Il s’est pris les morceaux vraiment, il a trouvé ça vraiment très chaud. Il m’a dit que c’était ce qu’il avait envie d’entendre.

Il y a des thèmes sur Edelweiss, comme la société de consommation, qui sont universels, touchent tout le monde, même les quinquagénaires, non ?

Vidji : Tout à fait, à partir du moment où tu es une personne assez critique, qui a tendance à relever les absurdités quotidiennes. En tous les cas moi c’est un peu présent dans mon rap, j’aime bien parler des absurdités. De choses qui tous les jours me renversent. J’adore en parler, mettre le doigt sur la vilaine tâche. Donc oui, ça peut s’adresser à un quinquagénaire, comme à un gamin de quinze ans mais qui a la gamberge de comprendre qu’il va fusionner avec son smartphone s’il ne décroche pas 5 minutes par jour. Après on ne se ment pas, dans un morceau je dis « en quoi suis-je différent du lot ? » : ça m’arrive de passer six heures dans la journée sur mon téléphone, je deviens dingo. Moi-même je me fais avoir.

Est-ce qu’il y a d’autres thèmes que vous auriez aimé aborder qui sont absents, ou des thèmes que vous vous êtes interdits ?

Kéroué : Non, non, pas beaucoup. C’est justement pour ça que l’album est assez complet, et qu’on part dans plusieurs univers. Je crois qu’on a récolté tout ce qu’on voulait mettre sur l’album. On a même laissé quelques morceaux en route, qui n’étaient pas assez pertinents, ou pas assez dans une veine assez précise pour figurer sur le disque. C’est un bon condensé de toutes les idées que l’on voulait faire passer.

« J’espère qu’on va convaincre les gens qui nous connaissent surtout pour des freestyles, du Grünt, comme des rappeurs bons pour le freestyle, sur un vrai album. »

Vous avez pas mal tourné avec Grünt et tout ce mouvement là. Ça vous un peu propulsé. Comment vous jugez aujourd’hui votre exposition et votre image ?

Kéroué : Le mouvement, Grünt y compris, nous a permis de nous offrir cette image de rappeurs qui savent rapper. Dans des conditions parfois extrêmes, mais les gens nous associent à des gens ayant du texte, et sachant rapper. Maintenant, on voulait avoir sur l’album quelque chose qui nous définit, mais pas dans des carcans. On voudrait aussi s’affirmer, en tant que groupe capable de sortir un réel projet. J’espère qu’on va convaincre les gens  qui nous connaissent surtout pour des freestyles, du Grünt, comme des rappeurs bons pour le freestyle, sur un vrai album.

On sait que des médias comme Radio Nova ont poussé votre son à cette époque dont tu parles. Aujourd’hui comment vous sentez l’exposition médiatique ?

Kéroué : En termes d’exposition, on s’attend à ce que ces personnes qui nous ont filé des plans à un moment donné, nous donnent leur avis, et éventuellement nous proposent des choses aussi sur la diffusion, sur les commentaires concernant les morceaux. En fait, on attend vraiment la sortie, le 5 février, pour savoir un peu plus comment ça va être accueilli, quels médias vont être présents, et qui va relayer.

Vidji : Jusqu’à présent on a  quasiment tout fait nous-mêmes. Ou les potes, les cousins du pote, le voisin, la connaissance, ou même le fan qui va nous dépanner sur des plans. On n’était pas dans un circuit très professionnel, chose qu’on a essayé de changer avec Edelweiss. Parce qu’on trouvait que la promo devait être à la hauteur du produit qu’on avait fait. Ce serait dommage de sortir ça dans l’indifférence générale, ou comme ça sur le net du jour au lendemain. On a injecté un peu plus de professionnalisme dans tout ça.

« Dans cette immense plaine, j’braille pour n’pas troquer les Edelweiss contre des chrysanthèmes ». Vous parliez de qualité à l’instant, et l’album regorge d’images très travaillées comme celle-ci.  Où est-ce que vous allez chercher cette passion pour le texte ? Et cette qualité d’écriture ?

Vidji : J’ai toujours fait des productions. Je me suis mis à écrire du rap sur le tard, même si j’aimais déjà écrire. J’étais le seul type qui avait l’air ravi de faire des rédactions au lycée. J’aimais la musique. J’aimais écrire. Les deux se sont mis ensemble au dernier moment. Quand j’ai rencontré Kéroué, j’avais dû écrire seulement deux textes de rap, un peu nuls. Mais j’adorais, j’écoutais déjà beaucoup de rap et j’aimais bien la pertinence et l’insolence de certains gars. J’aimais aussi les trucs gol-ri. Quand j’ai rencontré Kéroué, ça m’a poussé à m’y mettre plus sérieusement. Je trouve qu’il avait un niveau à l’époque déjà au-delà de ce que j’avais déjà pu entendre et ça m’a boosté, tout simplement. Je raccroche tout ça à ma rencontre avec Kéroué.

Kéroué : Le truc c’est qu’on a réussi à trouver des points communs au niveau de l’écriture et c’est venu assez naturellement notre construction de rap à deux. Même si on a bien sûr nos styles respectifs, on a trouvé un terrain d’entente, et c’est ce qui fait que le groupe fusionne bien. Moi c’est vrai que j’écrivais depuis un peu plus longtemps, mais c’était tout feu tout flamme les premières lines.

Vidji : C’était chaud !

Kéroué : Ça venait tout seul, et j’avais besoin d’écrire des trucs le plus rapidement possible. J’étais dans une période où ça a pu motiver Vidji, donc tant mieux !

L’album sort le 5 février, c’est l’actualité brûlante. Mais on a déjà envie d’aller encore plus loin. Quels sont les autres projets ?

Vidji : On ne s’est pas projetés très loin, parce qu’on a quand même sué pour terminer l’album. Il y a pas mal de logistique. On voudrait mettre une tournée en place qui soit au coeur de nos attentes. L’avenir, c’est beaucoup de concerts, parce qu’on est un groupe de scène, on aime bien ça, on a envie de défendre l’album sur scène donc on va se donner les moyens. Et puis peut-être qu’à l’avenir on va moins s’imposer de formats, se libérer encore plus des codes. Faire des EP sans aucune pression derrière. À voir en fonction des retombées de l’album aussi, on ne sait pas du tout ce que ça va donner. Je crois qu’on s’est pas mal mis la pression pour faire cet album, et on a envie de faire de la musique avec un peu moins de contraintes dans les mois à venir. Mais globalement, pour la suite, je crois que ça nous fait du bien de ne pas savoir.

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Tu parles d’avoir sué, ça représente combien de mois de taf Edelweiss

Vidji : Années ! Enfin n’exagérons pas, mais disons qu’il y a certaines choses qu’on a commencées il y a longtemps. Mais le véritable travail sur l’album… on va dire que ces six derniers mois ont été intenses. Il y a pas mal de choses qui ne sont pas présentes sur l’album. On a trié, on a été un peu perfectionnistes. Et comme j’enregistrais et que je devais mixer les morceaux, j’avais un peu triple dose de travail, en étant à Nantes, sans non plus des milliards d’avis auxquels se confronter. Tu deviens un peu fou des fois. Tu te demandes si tu n’es pas en train de passer à côté d’un truc évident ou de devenir barjot dans ton studio de 10m². J’en ai un peu sué mais je suis content du résultat. J’ai bien fait de me rendre barjot.

« On va rassembler toutes les personnes qu’on avait en tête pour l’album et qu’on n’a pas pu inviter. Un énorme freestyle de 20 personnes comme à l’ancienne, qui découpe sur une prod de 10 minutes. »

Le fait de vous retrouver aujourd’hui tous les deux sur Paris, ça facilite les choses ? 

Kéroué : On attendait ça depuis longtemps, le fait d’être à nouveau réunis. Parce qu’au moment du Sens De La Formule, on vivait ensemble, et puis j’ai dû partir sur Paris. Je faisais les allers-retours Paris-Nantes pour aller enregistrer, et on se voyait par périodes. Il va falloir qu’on réapprenne à bien communiquer, à bien faire les choses ensemble, si on arrive à se remettre dans cette dynamique d’écriture et d’idées qu’on avait à l’époque, je pense que ça peut aller très vite.

Dernières questions. Vous avez fait pas mal de collaborations, en dehors de cet album. Si vous deviez choisir un ou deux artistes, avec qui vous n’avez jamais collaboré, ce serait qui ?

Vidji : C’est toujours compliqué les déclarations d’amour par interview !

Sans forcément fermer ça au champ du rap…

Vidji : Ah ouais ? Alors pour moi ce serait plus des beatmakers dans ce cas-là. Mais ce serait des collaborations improbables. Un petit London On Da Track par exemple, tu vois, pour faire de la trap, un bon gros banger. Ou alors une chanteuse. Une chanteuse stylée. J’avais kiffé le Drake featuring Jhene Aiko, mais c’est moins dans mon style.

Kéroué : Ouais, un petit Jul. Jul ce serait cool. Franchement je te jure que si je pète un son avec Jul, je donne mon meilleur vocoder et puis je pars loin. Je pars très loin. Non, mais je pense plutôt à des gens de notre entourage avec qui on n’a pas encore travaillé. En featuring fictif, et quasiment irréalisable, ce serait plus un petit David Bowie.

Vidji : Il y a des gens avec qui on aurait dû feater avec qui on n’a pas featé, style Népal.

Kéroué : Mais ça va se rattraper très vite. On va repartir sur un EP ou un maxi, ou une mixtape, rassemblant toutes les personnes qu’on avait en tête pour l’album, et qu’on n’a pas pu inviter. Un énorme freestyle de 20 personnes comme à l’ancienne, qui découpe sur une prod de 10 minutes. On va être obligé d’avoir un petit morceau comme ça pour assouvir toutes nos envies de featurings sur les prochains mois.

On attend ça avec impatience, merci les gars.

Kéroué : Yes, cool, merci à vous.

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Date de sortie : 05 février 2015 // Label-distribution : Musicast

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