Tout le monde le dit un peu partout. Le millésime 2015 fut une année rapologique particulièrement riche. Ce fût le cas en France, où il nous fut difficile de détacher 10 titres au milieu des piles de cartons de l’année passée. On a trouvé l’année hip-hop tellement kiffante qu’on a décidé d’innover cette année en vous proposant 10 Bons Sons des cousins du Québec, et on vous balancera dans quelques jours notre sélection british.

Chez les potos américains, sortir 10 morceaux n’était pas une tâche aisée non plus. Il y a tant de courants qu’on aimerait représenter, tant de beatmakers dont on voudrait parler, tant de MC’s de qualité dans ce pays qui reste le premier pourvoyeur de hip-hop. Les bangers y étaient légion lors de ces douze derniers mois. On a gardé ceux qui nous ont le plus titillé le tympan et soulevé le diaphragme. Pousse le volume, voilà nos 10 Bons Sons US.

Gangrene featuring Havoc & Sean Price – Sheet Music

Gangrene c’est l’addition de deux mecs talentueux. À ma droite, The Alchemist, un des meilleurs beatmakers qui soient. Regardez vos classiques US, vous y trouverez probablement certaines de ses productions. À ma gauche Oh No. Souvent présenté par les médias comme le frère de Madlib, c’est avant tout un musicien et rappeur de talent, éminent membre du label Stones Throw, qui traîne ses guêtres dans l’indé californien depuis la fin des 90’s. Depuis 2010, les deux nous ont habitué à lâcher quelques phat tunes. On se souvient notamment de “Bassheads ” , immortalisée dans le jeu GTA V.

Mais celle-ci, sortie sur le très bon You Disgust Me, a une saveur particulière. Tout d’abord parce que l’instrumentale est belle, grave. Mais aussi parce que Oh No, Havoc, Sean P et Alchemist créent un consécutivement un parallèle entre rêve et rap, laissant voguer leurs esprits embrumés. La douloureuse disparition de Sean Price cette année ne fait qu’ajouter de l’émotion à un titre qui n’en n’avait pas besoin. Le clip, sobre, prend une dimension toute particulière. Assis, seuls au milieu de cette fumée blanche, le duo Gangrene quasi immobile. Que ce son est bon. Et que Sean P nous manque. Putain. Repose en paix. [rédacteur : Maxime]

Jay Rock featuring ScHoolboy Q, Ab-Soul & Kendrick Lamar – Vice City

Malgré les forces en présence, c’est bien sous la bannière de Jay Rock que « Vice City »  est sorti. En réunissant tout Black Hippy l’espace de quelques instants, ce morceau aura marqué notre rentrée. Au moment de faire notre bilan 2015, notre kiff n’avait pas bougé d’un iota. Étendard de 90059, le dernier album de Jay Rock, on tient là un véritable banger, un instant classic qui remuera tes tympans autant en club, que seul avec ton casque vissé aux oreilles.

Et le clip fera suinter, les basses bien graves, relevées de quelques kicks, agrémentant à la perfection le déferlement de chair, de galbes et décolletés plongeants. Dans ce hangar qui s’ouvre sur Kendrick Lamar, on devinerait l’image d’un corps déballant au grand jour les pulsions de chacun des 4 MC’s. Ils y décryptent eux-mêmes les boîtes noires de leurs cerveaux. Tour à tour, Kendrick, Jay, Ab-Soul et ScHoolboy Q tombent, lâchent leur envies, leurs plaisirs coupables (vraiment ?). Inutile de dire que les flows sont au diapason. On croit rêver tant les timbres, les styles, les fausses nonchalances, et les talents de chacun s’accordent à merveille. La production, impeccable, est signée de Cardo et Yung Exclusive, de la relativement peu connue team Gold Mobb. [rédacteur : Maxime]

Lire aussi : chronique de 90059

Joell Ortiz & !llmind – New Era

Sans ses potes de Slaughterhouse, Joell Ortiz a troqué son tablier de boucher pour la New Era. Ça ne l’empêche pas de régner en maître parmi les bourreaux. JO derrière le hachoir, c’est !llmind qui fournit la planche à découper. Sous sa casquette estampillée New York Yankees, l’ami Joell rappelle à qui veut l’entendre que contrairement à d’autres, l’industrie du rap ne l’a pas changé. Flow aiguisé, piano ciselé, rimes assassines, ça s’égosille et tue les egotrips rivaux pendant 3 minutes. C’est dans cet exercice que le MC de Williamsburg est sans doute le meilleur. !llmind, en chef d’orchestre de cette musique millimétrée, fait un parfait associé. L’album, sobrement intitulé human., est une tuerie. Suffocant à souhait, les wacks agonisent. [rédacteur : Maxime]

Lire aussi : chronique de human.

Joey Bada$$ – Paper Trail$

L’une des plus grosses attentes de l’année 2015, et l’une des plus grosses confirmations. Joey Bada$$, figure représentative de la plus pure tradition hip-hop brooklynienne, nous a livré un premier album quasi sans-faute… le mois de ses 20 ans ! Fort d’une tournée mondiale qui lui avait permis de mesurer sa notoriété déjà considérable avec seulement deux mixtapes et des featurings au compteur, Jo-Vaughn Virginie Scott se savait attendu. Et c’est mission accomplie pour le gosse de NYC, tant B4.DA.$$ sonne comme un album riche, complet et moderne. Il nous entraine dans son atmosphère comme s’il avait lui-même connu cette période « avant l’argent », «Paper Trail$» n’étant que l’une des nombreuses très bonnes pistes de cette galette, le brisement de nuque et la prod de papa Premier en bonus. [rédacteur : Antoine]

Lire aussi : chronique de B4.DA.$$

Action Bronson – Actin Crazy

Son style incomparable l’avait amené sur un sommet que seul lui pouvait gravir, à l’image de sa posture dans le clip « Easy Rider ». Et c’est peu dire que ce deuxième album studio était également inscrit dans les agendas des auditeurs avisés ! Mr Wonderful est sorti, et a fait l’effet d’une bombe tant son énergie, son humour, ses concepts délirants et la diversité de ses productions en font un des albums majeurs de 2015. L’ancien chef cuisto nous a préparé une recette calorique, dans laquelle on retrouve le fat track «Actin Crazy» , mise en scène approfondie d’un rappeur-joueur, qui contrôle à la perfection son image et sa musique. [rédacteur : Antoine]

Lire aussi : chronique de Mr Wonderful

A$AP Rocky feat. Juicy J & UGK – Wavybone

« Canal Street » ?  « Multiply » ? Non, c’est finalement « Wavybone »  qui a eu les faveurs de la rédaction dans le répertoire fourni d’A$AP Rocky. At.Long.Last.A$AP est un album marquant de 2015, et ce titre est une des perles de l’année. Il n’est pas là juste pour récompenser un album riche, mais a toute sa place dans notre top 10. Le sample, déjà utilisé par Raekwon par le passé, est certes un peu cramé. Mais Juicy J joue du tempo lent, l’agrémente de quelques hi-hats de temps à autres pour permettre à A$AP ou aux vétérans de UGK de rapper double time. Bun B et Pimp C n’ont pas perdu de leur superbe, mais c’est vraiment le Lord Flacko qui nous met une gifle avec son premier couplet. [rédacteur : Maxime]

Dr Yen Lo – Day 912

Encore un disque à tiroirs, pas commode pour les non-anglophones, mais qui prend tous son (ses) sens une fois que l’on s’intéresse d’un peu plus près aux jeux de mots de Ka, le rappeur de Brownsville. Associé au producteur Preservation pour former Dr Yen Lo, et pour assurer encore davantage le côté minimaliste de ses chansons, Ka est hypnotique et monocorde au possible, et s’inspire du célèbre thriller d’espionnage Un Crime Dans La Tête (1962) pour créer ce disque froid et claustro qui prend à la gorge. Voici l’un des titres de Days With Dr Yen Lo, même si l’on aurait pu en mettre 5 ou 6 autres. Le meilleur de l’underground new-yorkais. [rédacteur : Julien]

Future – Kno The Meaning

Dans ce morceau assez calme et introspectif, Future raconte encore une fois l’histoire d’Esco, son DJ qui s’est malencontreusement fait arrêter à Dubai pour quelques grammes de verte. Cette escapade inspirera la mixtape 56 Nights, et fera réfléchir le rappeur sur certains aléas de la vie bien plus importants que la musique. Il raconte aussi que la tape Beast Mode a été écrite et réalisée suite à cet incident, Esco étant arrêté avec matériel et disques durs, qui contenait tout le travail de Future à venir. Un titre qui fait ressortir le côté emo du rappeur, toujours impeccable dans l’interprétation, toujours juste dans les effets sonores. Extrait de Dirty Sprite 2, assurément l’un des disques de l’année. [rédacteur : Julien]

Kendrick Lamar – King Kunta

S’il fallait retenir un mc dans cette riche année qu’a été 2015, ça sera certainement Kendrick Lamar. Deux ans après s’être imposé comme l’un des acteurs majeurs de la scène rap avec Good Kid M.A.A.D. City, le protégé de Dr Dre a littéralement assommé la concurrence cette année avec son troisième opus To Pimp A Butterfly et les superlatifs n’ont pas manqué tout au long de l’année pour qualifier cet album à la réalisation musicale d’orfèvre, aux 750 000 copies  vendues à ce jour aux USA et à la nomination aux Grammy Awards.

Difficile donc d’extraire un morceau de cet ensemble relativement compact, et c’est “King Kunta” qui a eu les faveurs de notre jury d’experts. Le clip, sorti sur les écrans de Time Square voit Kendrick se baladant dans les rues de Compton dans un univers rappelant furieusement les 90’s. Egotrip efficace, refrain légendaire et production entraînante sont autant d’ingrédients pour un morceau qui restera probablement dans l’histoire. [rédacteur : Xavier]

Vince Staples – Señorita

Plus que le morceau en lui-même, c’est surtout le clip, marche funèbre dans un ghetto post-apocalyptique en noir et blanc, rempli de symboles, et son épilogue surprenant, qu’il nous fallait mettre en avant. C’est ainsi que Vince Staples, jeune prodige californien, lançait le compte-à-rebours de son premier album qui fera date, Summertime 06. Le refrain de Future ajoute un côté chamanique au morceau, le tout sublimé par la prod à la fois angoissante et oppressante de Christian Rich sur laquelle Vince distille un flow tranchant et précis. [rédacteur : Xavier]

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