Un flow reconnaissable entre mille, une des plus fines plumes du jeu et une carrière longue comme le bras, c’est ainsi que l’on présente Nakk Mendosa que nous avons pu rencontrer  lors de son passage à Neuchâtel le 17 décembre dernier, en compagnie de Carthage Family et REDK.

Commençons par tes débuts : quel regard portes-tu sur l’album Soldafada actuellement, est-ce que ça t’arrive de l’écouter encore ?

Non plus du tout, c’est trop vieux. Des gens m’en parlent encore et des fois ça arrive que je tombe sur un morceau par accident mais c’est trop vieux, ça fait 17 ans. Après ce n’est pas du tout une époque que je renie mais c’est surtout que je n’ai plus le temps, faut que j’écoute des trucs actuels.

Vous étiez signés sur le label Kaz Par Kaz, pourquoi n’avez-vous pas plus profité de l’exposition de Menelik ?

Même si c’était Menelik le producteur ça restait de l’indé. On avait un bon succès d’estime mais on ne faisait pas beaucoup de clips et on n’avait pas vraiment de retours sur l’album. C’est maintenant que j’ai des retours en fait, à l’époque il n’y avait pas internet, on ne savait pas si l’album avait plu aux gens. Après Menelik a fait le maximum, mais en indé c’est compliqué.

Tu te revendiques comme venant de toute cette école Sages Po, MC Solaar… ?

A l’époque j’ai été influencé bien sûr mais maintenant je pense que j’ai mon propre style. Mais oui je suis un descendant de ces styles-là, en tout cas c’est eux qui m’ont donné envie de rapper.

Tu enchaînes ensuite avec la compil Original Bombattak, voyais-tu déjà le rap comme une opportunité ?

Ouais après « La tour 20 » j’ai eu des contacts dans des maisons de disques et je me suis dit qu’il y avait moyen de faire quelque chose de sérieux dans le rap. Mais je ne me prenais pas au sérieux. C’est peut-être un défaut mais pour moi le rap ça n’a jamais été vital. On fait de la musique de manière détendue.

Est-ce que tu vis de la musique ?

Non, je fais des trucs à côté. Mais, si je ne me consacrais qu’à ça, c’est-à-dire en faisant beaucoup de merchandising, en essayant de monter une petite tournée, je pourrais en vivre. Mais j’ai une famille et je préfère profiter des extras que m’offre la musique en plus d’un salaire qui tombe chaque mois. Les factures c’est tous les mois hein, le banquier il s’en fout des punchlines (rires).

Est-ce qu’il y a des MC’s en particulier qui t’ont poussé à t’y mettre ?

MC Solaar, Akhenaton, Dany Dan, Ill. Après y’en a plein qui sont forts, Despo il m’impressionne aussi. Maintenant je suis arrivé à maturité au niveau de mon style donc y’a plus personne qui m’influence. Booba quand il est énervé il est fort aussi, mais y’en a de moins en moins qui m’impressionnent avec le temps. Maintenant le rap c’est plus des gimmicks, des chorégraphies dans les clips, même si y’a plusieurs publics. Un mec comme Nekfeu par exemple c’est quand même un mec qui sait écrire et qui vend des disques. Il n’y a pas que le rap caillera trap en France.

Il y a ensuite l’EP Début qui reste ta première trace discographique solo…

Ça m’arrive de l’écouter encore par contre, mais encore une fois c’est vraiment vieux. De toute façon un projet dans une carrière c’est à chaque fois une période de ta vie. Là Darksun 2 ça sera la période 2015-2016, Supernova c’était 2013, là en 2002 j’étais en maison de disques, c’était tranquille.

Vient ensuite l’affiliation à Neochrome. Est-ce que le label t’a apporté quelque chose en termes de rap pur ?

J’ai jamais été signé chez Neochrome. Les seuls trucs où j’ai signé c’était BMG et Kaz par Kaz. Après Yonea c’était un charbonneur. Mais artistiquement je n’ai jamais été trop dans le délire des artistes Neochrome. Mon rap c’était pas la couleur de leur label. Mais à l’époque je ne faisais vraiment plus rien donc quand je faisais un couplet et qu’ils me mettaient dans leur compil ça me maintenait un peu en vie, donc ils m’ont apporté dans ce sens-là.

Tu fais alors partie d’un mouvement axant plus son rap sur la rime et les schémas, est-ce que tu as l’impression d’être un précurseur quand tu vois qu’aujourd’hui on recherche avant tout la multi-syllabique ?

Précurseur non parce qu’on n’était pas les premiers à le faire. Après je ne sais pas trop parce que nous on a toujours fait ça par réflexe. C’est notre mécanisme d’écriture, je ne me dis jamais « Là faut que je fasse rimer 5 syllabes » tu vois. Après moi j’ai pas l’impression que c’est la tendance qui se dégage mais tant mieux si c’est le cas. Après moi j’aime aussi des MC’s qui n’en font pas et qui ne sont même pas techniques. Je ne suis pas dans une secte de rappeurs techniques où on écoute que ça (rires). Non moi je peux aimer n’importe quoi tant que tu sens qu’il se passe quelque chose.

Si tu devais nommer les principales étapes de ton évolution en tant que rappeur…

La signature chez Kaz par Kaz, ensuite en major, ensuite la traversée du désert en indé. Maintenant je suis en indé un peu plus structuré et ça va peut-être évoluer crescendo, on verra.

Puis vient Street Minimum, tu fais déjà la distinction entre album et street CD…

Et malgré le fait que j’aie mis ça il y a des gens qui pensent que c’est mon meilleur projet. C’est bizarre le rap des fois (rires). C’est vraiment sorti comme ça, parce que je ne faisais rien depuis longtemps. Il y avait des faces B, le mix était vite fait. Pour certains, même après Darksun, Le Monde Est Mon Pays c’est leur projet préféré de moi. Il y a vraiment des trucs incompréhensibles.

Il y a pas mal de featuring sur ce projet. Est-ce que tu recherches la performance ?

Ouais après même quand je suis en solo j’essaie d’envoyer. Après c’est vrai que quand tu es en feat tu essaies de faire le truc le plus propre possible. Après c’est dommage en vrai, parce que quand tu invites des MC’s en feat c’est pour faire un bon morceau. Maintenant c’est plus « qui a fait le meilleur couplet » et ce côté rassembleur se perd un peu, on cherche surtout à faire les meilleures punchlines. Après c’est l’époque qui veut ça.

J’ai l’impression que c’est là que se trouve un peu la différence entre tes mixtapes/street CD, notamment sur Darksun et ton album. Sur l’album les invités apportent un peu tous une valeur ajoutée, alors que sur le reste on est plus dans un esprit de compétition…

Sur Darksun ouais. C’est même un peu le concept, j’invite des gens et c’est chacun pour sa peau. Mais ouais c’est vrai. Après c’est pas des albums à proprement parler. Sur Darksun il y a 21 rappeurs. Ça fait beaucoup, il faut les réunir tous ces fous. Mais c’est vrai que c’est plus un esprit de compétition mais principalement sur Darksun. Sur tout le reste on essayait plus de construire des morceaux. Mais après ça se perd beaucoup. Demain tu fais un album, tu invites un mec, il va essayer de te coucher.

Quel regard portes-tu sur Le Monde Est Mon Pays avec le recul ?

Je suis content mais à un moment je l’ai fait parce que je me suis dit que ça faisait trop longtemps que les gens attendaient. Mais en même temps y’a des morceaux qui étaient trop vieux dessus, on a pas clippé assez de trucs. Après c’était vraiment de l’indé, c’était avec Casaone et lui aussi c’était son premier projet. On débutait. Aujourd’hui je suis un peu plus aguerri, je sais quels morceaux mettre en avant, l’ordre dans lequel je dois les sortir. J’ai un peu plus de bouteille même si la musique ce n’est pas vraiment un truc que tu maîtrises. C’était un bon album mais ça aurait pu être mieux. J’ai fait un double CD et si tu prenais les meilleurs de chacun ça te donnait vraiment un bon album je pense.

Tu enchaînes avec deux projets en deux ans, t’as pas l’impression d’aller trop vite, avec Supernova qui, je crois, a moins parlé au public ?

Je ne sais pas. J’entends souvent ça pourtant. Je dis pas qu’il est meilleur que Darksun mais il est pas moins bien en tout cas. Je ne l’ai pas bâclé. Je n’arrive pas à l’expliquer. Mais je sais que celui qui arrive là, attention. Je ne dis jamais ça d’habitude mais celui-là attention (rires).

On en vient donc à Darksun 2, peux-tu nous en dire un peu plus sur ce projet, les invités, les beatmakers ?

Non je peux pas ça, désolé. Mais il y a des belles chansons. C’est un mix entre un album et un street CD. Il y a des thèmes, des trucs où on se lâche, de belles combinaisons. Après pour moi c’est mon meilleur projet parce que c’est le plus abouti, il y a une couleur dans l’ensemble, et je suis vraiment fier. Les derniers projets j’en étais content mais celui-là j’en suis vraiment fier. Après je te dis ça mais tu vas peut-être me dire que tu préfères Street Minimum ou Début EP (rires).

Mais pour moi dans chaque projet, il faut qu’il y ait au moins un classique. Un truc qui reste dans le temps. Humainement tu peux pas faire un album où il n’y a que des tueries. Mais il faut qu’il y ait au moins un morceau qui marque les gens. Je suis vraiment pressé que les gens écoutent. Comme quand tu avais un contrôle à l’école et que tu avais l’impression d’avoir géré, tu es pressé que le prof te ramène la note. Moi c’est ça que je ressens là. J’ai hâte que les gens écoutent pour avoir les retours. Après les ventes et tout ça c’est pas super important en vrai. Ce qui compte pour moi c’est l’aboutissement d’un truc.

Tu as rendu ton public friand de storytelling, est-ce que c’est un exercice que tu comptes refaire ?

J’y arrive plus les Surnakkurel putain. Je ne trouve pas d’idée qui défonce mais je vais essayer. Mais des storytelling il y en a deux sur l’album, dont un que j’aime bien.

Apparemment tu comptes embrayer rapidement sur l’album…

En fait Darksun 2 a vraiment la gueule d’un album, je n’aurais pas dû l’appeler comme ça. Quand j’ai commencé à le faire je l’ai appelé comme ça parce que c’était logique. J’aurais dû trouver un titre d’album, genre La fleur qui tombe (rires). Mais après j’étais coincé avec ce titre mais c’est pas grave. Pour moi c’est comme un album, il est pas moins bien que Le monde est mon pays en tout cas.

Au niveau des sonorités, est-ce que l’on peut dire que tu es définitivement dirigé vers des ambiances actuelles ou va-t-on encore t’entendre sur des productions plus classiques ?

Moi j’ai envie de faire un truc musical mais avec des sonorités modernes. Par exemple le Marche arrière ou « Superlyricistes » avec Les 10’ c’est pas mes choix, mais quand des mecs m’invitent sur leurs projets je m’adapte à leurs couleurs. Moi je m’en fous tant que c’est musical. Après la trap c’est pas mon délire. Moi j’aime bien les sonorités actuelles mais qui laissent de la place aux lyrics, comme peuvent l’avoir un Lil Wayne ou un Drake. Ça laisse de la place aux lyrics mais ça reste planant, aéré.

Tu as parlé des 10’, est-ce que l’on verra un jour un album des Triplés ?

Franchement je sais pas. Après si on le fait parce que les gens attendent, c’est un truc nostalgique en fait. En fait avec Les 10’ on a commencé le rap ensemble mais on n’a plus les même couleurs. En fait je les vois même pas comme des rappeurs, on traîne ensemble depuis tellement longtemps. C’est pour ça que des fois quand je fais des projets je les oublie, pour moi c’est pas L’Indis et Lavokato, c’est Bruno et Philippe. Déjà moi je les pousse à faire un projet Les 10’. Qu’il fasse un petit 10-11 titres ça serait bien. J’en parle souvent à Lavokato et il est chaud, attention, il est loin d’avoir fini.

Combien de temps te vois-tu encore dans le rap ?

En vrai je vais te dire un truc. Je vais faire cet album et encore un autre après sûrement. Après je vais faire un truc beaucoup plus musical. Pas à la Oxmo mais un truc vraiment axé sur les textes. Un truc plus mature parce que des fois je me prends la tête à écrire des textes et j’ai l’impression que ça atteint pas le public. Il y a un autre public qui serait plus sensible aux textes. Je pense que dans deux-trois projets c’est là-bas que je vais me diriger. Il faut que je trouve une cohérence musicale avec des musiciens, ça peut être bien.

Si tu devais retenir un morceau, une collaboration et une instru…

Un morceau je vais te dire « Chanson triste » parce qu’il a vraiment marqué les gens. En l’écrivant j’avais aucun recul et il a vraiment emballé les gens. Encore une fois c’est des trucs que t’expliques pas. Un feat je dirais « Invincible Remix ». Dans ce morceau il s’est vraiment passé quelque chose. Tu vois ce genre de feat ça vaut le coup parce que ça reste dans le temps. Quand tu rappes avec le mec du moment le morceau, il reste un an et demi parce qu’après c’est plus le mec du moment. Ce morceau il va rester je pense. Et pour la prod il y en a une mais elle est sur Darksun 2.

Merci pour cet entretien, un mot de la fin ?

Darksun 2 bientôt dans les bacs, j’ai pas encore de date. Et je voulais encore placer un mot pour mon grand frère que j’ai perdu, dire qu’il me donne de la force parce que j’avais envie d’arrêter et je me suis dit qu’il aurait honte de moi. Et ça m’a donné de la force, je suis serein et la musique c’est rien de dramatique. C’est secondaire, que du plaisir.

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