Après un retour dans le rap jeu plus que réussi, Paco nous livre une réédition de son premier album “À base de vers durs”. Un premier album labellisé Horizone production sorti il y a plus de 10 ans. L’occasion de faire le point sur le chemin parcouru, dans la musique comme dans la vie. Une plongée dans le Montreuil du début des années 2000, où l’auteur, originaire de la ville voisine de Fontenay-sous-Bois, a passé une bonne partie de sa vie. Un voyage dans le temps en 19 titres, bien sûr agrémenté de quelques inédits de l’époque. Retour vers le futur, à l’orée de l’embrasement des zones rouges et du décret de l’état d’urgence par le Président Chirac.

Montreuil-Sous-Bois. Banlieue Est. 2004.

Dans ce premier opus, Paco porte les couleurs de sa ville, Montreuil. Montreuil la petite Bamako, point de chute de l’émigration Malienne. Montreuil la gitane, domaine du clan Hornec. Montreuil la rouge, fief du Parti Communiste Français, le front de l’est aux portes de Paris. Montreuil l’ouvrière, Montreuil la laborieuse qui bâtira la magie du Paris des années folles.

« À base de vers durs », c’est l’état d’esprit des banlieues rouges de l’an 2000. La bande son d’un 93 qui souffre tête haute. La voix des rabouins qui ne tendent pas la main mais le troisième doigt. Un regard droit dans les yeux d’une caillera bien vénère. Au fil des 19 pistes, Paco pénave de sa zone et du quotidien de sa France. C’est la routine de ceux qui se lèvent tôt pour chafrave. Les darons à l’usine, les fils à la résine et la rengaine du salaire de la galère. La France d’en bas qui tente de sortir la tête de l’eau entre pillave, délinquance et petites combines.

Le Montreuillois dépeint  un environnement géographique et social en rupture avec le monde extérieur. Misère, insalubrité, chômage et vice. C’est l’arène et ses fauves. Une vie de chien rongé par ce putain d’joint et les cercles vicieux. Echec scolaire, routine malsaine, maudit gazon, business risqués, insomnie et angoisse… Les symptômes d’une jeunesse désœuvrée qui n’attend plus la permission pour liave les lovés.

Prendre l’argent qu’il y a à prendre. Que ce soit dans le rap, comme sur Plan de carrière ou dans le business, comme sur le reste de l’album, le message est omniprésent chez Raoul Suares. Alors ça découpe, ça emballe et ça bicrave. Verdure et vers durs. Ah là, y’a du monde ! Paco fredonne la mélodie des aller-retours, danse la valse des boloss et chuchote la musique des 100g. Paco, c’est 4 lettres, des plaquettes et de l’argot… Quand le Montreuil-la-Rouge des darons devient Montreuil-la-Verte des fistons. Un conseil : nachave avant d’te faire rodave cousin.

« L’oseille dans l’viseur, les couilles dans l’falzar. S’il fait bien les choses, donne moi l’adresse du hasard ».

Une seconde lecture, plus intime, apparaît en toile de fond : les difficultés d’un passage à l’âge adulte semé d’embûches. L’accès à la responsabilité familiale et l’installation d’une vision plus manichéenne des choses suivie du cortège de remords qui vont avec. Le jeune Paco vit une période charnière de son existence et commence à prendre du recul sur le mode de vie béton style mené jusqu’alors. C’est tout le paradoxe de son écriture. Celle d’un raclo mi-fugue mi-résine partagé entre vie et envies, mal-être et culpabilité, famille et Mort pilo.… Un mode de vie Paco-Errant pour un père de famille qui tente de garder l’cap.

Le flow du Montreuillois pue la rage. C’est violent, énervé, agressif. Entre chiens de la casse, cash et bruit de la crasse, le narvalo crache ses 50 nuances de glaire. En témoigne l’emploi, presque abusif, d’une nouvelle interjection, un gimmick propre et imagé : le aiiight. On vera si ça prend. Les rimes sont techniques et bien placées, dans une grande maîtrise de l’assonance, qui s’impose comme la marque de fabrique du rappeur. Tout comme sa voix, sèche et froide, comme ces endroits où la saison ne change jamais.

 « Marchants de cachetons et bicraveurs de schnouf brassent, s’couchent quand les Schtroumpfs passent. La mauvaise graine pousse, une épaisse liasse d’espèce en guise de rescousse. ».

Enfin, l’album est majoritairement produit par un certain Swift Guad dont tout le talent s’exprime sur le morceau Plan de carrière. On notera également un bon passage au micro sur Pied au plancher. Affaire à suivre…

« À base de vers durs » c’est surtout le regard de la jeunesse de banlieue sur la société française. Nous y retrouvons les indicateurs sociologiques, les questions, les réponses et le pourquoi de cette notion floue qu’est la fracture sociale. Politiques, universitaires, sociologues, vous tenez vraiment à comprendre les problèmes des banlieues ? Laissez tomber les tables de ping-pong bétonnées et la délocalisation des zones commerciales. Tendez l’oreille, regardez votre jeunesse en face et traversez le fossé.

« Ces difficultés, ces drames, cette fracture sociale qui menace de s’élargir est une fracture urbaine, ethnique et parfois même religieuse. Dans les banlieues déshéritées règne une terreur molle. Quand trop de jeunes ne voient poindre que le chômage ou des petits stages au terme d’études incertaines, ils finissent par se révolter. Pour l’heure, l’État s’efforce de maintenir l’ordre et le traitement social du chômage évite le pire. Mais jusqu’à quand ? »

– Jacques Chirac, Président de la République Française entre 1995 et 2007 –

Pour pécho ta dose de verdure c’est par . Et parce que dix ans, deux gosses et quelques albums plus tard, Paco n’a pas lâché les vers durs, retrouve toute son actualité sur Facebook.

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