Les chauffeurs de bus de la STIB ont trouvé la parade aux critiques qui devraient légitimement leur être exprimées. Quitte à risquer de vous casser la nuque sur un dos d’âne ou dans un virage serré afin d’arriver plus vite à bon port, autant s’en justifier calmement : ils diffusent donc des messages visuels pour vous rappeler de bien vous accrocher à votre siège, car voyez-vous, ils se soucient profondément de votre santé physique.

C’est ainsi que l’on se rend à Bruxelles-sud, non loin de la Place Wiener, terrain familier car natal du groupe L’Or Du Commun. L’occasion de nous livrer à un large tour d’horizon de l’univers du groupe : projets, évolutions artistiques, exercices de style, équipe qui les entoure et envies pour le futur. Un univers déjà assez fourni malgré la jeunesse des quatre MCs, dont le CV affiche un EP (L’origine, septembre 2013), un LP (L’odyssée, avril 2015), un projet solo (les Scénarios de Primero, mai 2015), ainsi que des collaborations collectives ou en solo dispersées à droite à gauche.

Présents à l’appel pour cet entretien fleuve : Primero, Loxley et Swing, accompagnés de leur manager François Michielsen, issu de l’association La Brique, et de leur ingé son, fondateur de L’œil écoute laboratoire.

Vous avez jusqu’à présent accordé très peu d’interviews : volonté de votre part ou simple manque de sollicitations ?

Primero : Il y a un peu des deux. Je crois que le moment où les interviews sont en masse, c’est pendant les festivals d’été. Il y a énormément de postes presse qui sont là, donc c’est un moment où on donne beaucoup d’interviews d’un coup. Mais dans l’année il n’y a pas forcément d’occasions.

Swing : On ne les cherche pas non plus.

Loxley : Moi j’ai l’impression qu’on en fait pas mal, quand même.

Peut être au niveau des radios, mais en interviews écrites il n’y a vraiment pas grand-chose.

Loxley : C’est vrai. On en a peut-être eu peu mais elles étaient bonnes, sur des médias assez gros : Le Soir et Focus Vif, qui est un magasine culturel. A chaque fois ce sont de bons articles.

Primero : On reçoit parfois des demandes via facebook, mais on ne sait jamais vraiment évaluer si c’est intéressant ou non. Donc il y en a beaucoup sur lesquelles on fait l’impasse, et voilà de temps en temps un projet nous plaît et on le prend.

Les articles qui vous sont consacrés parlent souvent de vos influences outre-atlantique. De notre côté, on trouve que vous avez des flows et des manières de rapper assez similaires à ce qui se faisait aux alentours de l’année 1995 en France. Est-ce que vous prétendez apporter quelque chose en plus ?

Primero : Je ne sais même pas si on calcule ça.

Swing : Non, ça n’est pas tellement calculé.

Primero : Je crois que c’est des influences qui déteignent un peu sur nous, mais on fait la chose à notre façon. Il n’y a rien qui est réfléchi à cent pour cent. Après, c’est clair que ça nous fait plaisir quand certaines personnes nous disent que ça leur fait penser à tel ou tel artiste connu de cette époque.

Swing : La musique qu’on fait est aussi liée aux choses qu’on apprécie, je pense que c’est aussi simple que ça. On apprécie tous cette musique à l’ancienne, pas de la même façon, mais je pense qu’on a tous le même amour pour elle.

Primero : En ce moment, on s’intéresse aussi à essayer de créer un hybride entre la musique actuelle qui nous entoure, parmi laquelle il y a beaucoup de choses qu’on aime, et la musique à l’ancienne qu’on écoute encore. On a des morceaux pour l’avenir qui seront peut être de bons exemples à ce niveau là.

Loxley : Si ta question est de savoir si on a vraiment apporté quelque chose de neuf, peut être que oui, dans l’esprit. En tout cas par rapport à la Belgique, et peut être par rapport à la France, parce qu’on a fait des trucs assez délirants. Au niveau de la musique, pas vraiment, mais là on essaie d’aller vers quelque chose de plus personnel musicalement, de créer un hybride comme dit Primero.

Primero, ton texte sur le titre « L’Or Du Commun » semble avoir une longue histoire, tu peux nous la résumer ? Il semble bien illustrer votre démarche artistique collective.

Primero : Pour l’histoire, le texte date de 2012, peu après la création du groupe. Il explique simplement le sens qu’avait à nos yeux le nom « L’Or Du Commun » lorsqu’on l’a choisi – au delà du jeu de mot. Lors de l’élaboration du LP L’Odyssée, j’ai eu envie de le sortir du tiroir. Je n’avais encore jamais eu l’occasion de le dévoiler et ça avait de l’importance pour moi (même si certains archéologues vous souffleront qu’il figurait déjà sur un freestyle égaré).

En résumé, ce couplet décrit « l’or du commun » comme ce qu’il y a de précieux chez les gens ordinaires. Chaque personne possède un talent, un caractère singulier, quelque chose qui la différencie des autres et qui représente un atout. Seulement, je sais que les gens n’ont pas toujours l’occasion ou la force de le faire valoir.

C’est drôle à dire, mais autant du fait d’avoir reconnu des artistes que d’être reconnu en tant qu’artiste, je remarque que l’on met parfois certaines personnes sur un piédestal sans même considérer ce que l’on a.

Je crois que notre démarche artistique collective est fidèle à cette idée lorsqu’elle donne envie à d’autres d’exploiter ce qu’ils possèdent pour en faire quelque chose de concret et de positif. Et bien évidemment, lorsqu’elle nous permet à nous même de nous réaliser. C’est bien de le voir en tant que leitmotiv.

Le fait d’être quatre MCs dans un même groupe ne rend-il pas la production difficile ? Même si vos morceaux dégagent une belle osmose, on imagine que cela fait quand même beaucoup de goûts et d’opinions à concilier.

Swing : C’est surtout qu’on n’est pas tous égaux quant à notre productivité. Ce problème-là, quelqu’un qui est en solo ne l’a pas. Il se fixe ses propres échéances, et quand il a fini d’enregistrer ses textes, c’est fait. Pour nous, quand il y en a un qui a écrit un texte, il va se passer plusieurs mois avant que le dernier du groupe ait terminé d’écrire son texte pour le même son. Or il y a une énorme différence entre enregistrer un texte que tu viens d’écrire, et un que tu as écrit plusieurs mois auparavant. Ta manière de l’assumer et de l’apprécier va être un peu polluée par ça. Et c’est chiant, par moments.

Primero : C’est vrai que c’est très difficile à quatre, que ce soit de trouver des rendez-vous pour une répétition, prendre les transports pour se retrouver, arriver à un compromis pour les productions afin que cela plaise à tout le monde… Construire un morceau ensemble est compliqué. Mais à l’inverse, le groupe apporte quelque chose de bien. C’est-à-dire que quand il y a un challenge sain, c’est aussi bien de se dire « ah putain ce qu’il a écrit est chaud, ça me donne envie d’écrire un texte aussi fort ». Ou alors, par exemple, le fait de monter sur scène la première fois était plus facile en groupe. C’est peut être quelque chose qui nous a permis d’y aller à fond, sans hésiter. Il y a des points positifs.

Loxley : Oui, ça apporte clairement quelque chose. L’énergie de groupe, c’est quelque chose en soi. Je pense que chacun d’entre nous, au niveau personnel, n’en serait pas là où il en est vis-à-vis de la musique sans le groupe. En fait, on a quasiment commencé à écrire avec le groupe. Donc ça fait partie de notre histoire personnelle vis-à-vis de la musique.

Deux ans ont séparé les sorties de vos projets L’origine et L’odyssée. Avez-vous senti des évolutions dans votre rap entre temps ?

Swing : Complètement oui.

Primero : Il y a une évolution, et à l’inverse parfois une nostalgie de ne plus savoir écrire aussi spontanément qu’avant. Parce que plus tu écris, plus tu analyses tes schémas de rimes, ceux de tel artiste… Ça devient quelque chose de plus conscient, alors que quand tu démarres c’est très instinctif, et il faut essayer de ne pas perdre ça non plus. L’approche que l’on a au départ est en partie sacrifiée là où l’évolution apporte quelque chose de nouveau.

« Les sales gosses » est le seul son clippé du projet L’odyssée, mis à part « Le Chill » qui est un bonus track. C’est également le morceau qui sonne le plus « grand public ». A-t-il été pensé et élaboré comme une sorte de tube, ou de single, au sein du LP ?

Loxley : En fait, ce morceau a une très longue histoire. L’idée de ce track est venue le même été que la sortie de l’EP L’origine, il y a donc super longtemps. J’avais même écrit ma première partie de texte avant que L’origine sorte. Et puis on a mis le truc de côté. On voulait à la base faire un morceau super boom bap. On a cherché une prod qui correspondrait, et l’ingénieur son avec qui on a bossé sur ce projet, qui n’était pas L’œil écoute laboratoire avec qui on bosse actuellement, nous a proposé de partir dans une direction un peu plus rock. Donc c’est vrai que c’est mixé un peu comme du rock, les batteries sont rock, il y a un côté un peu Beastie Boys. Il y avait l’idée de faire quelque chose d’un peu différent. Et du coup, le côté grand public que le clip peut avoir n’était pas vraiment voulu. On voulait juste faire quelque chose de moins plat, aller plus loin dans le délire, que ce soit plus dérangeant. On a clairement misé sur ce morceau, parce qu’on savait qu’il y avait un potentiel au niveau de l’image, mais l’idée n’était pas de faire quelque chose de familial, si c’était ça ta question.

Primero : C’est aussi, un peu comme pour « Rouge Mississipi », un morceau qu’on n’envisageait pas sans images. Quand on parlait du morceau, on parlait du clip qu’on allait faire avec. Alors que pour les autres morceaux, on se contente de les faire puis on se demande après coup lesquels on va clipper. Là c’était sûr qu’il fallait des images avec. Et au fur et à mesure qu’on écrit, on imagine déjà même les scénarios.

Vous êtes friands de passages chantés.

Swing : Je pense que c’est plutôt moi qui amène ça.

Primero : Mais ça nous lie tous. Ça amène un peu de respiration dans un morceau où ça kicke, surtout quand il y a quatre couplets de rap. Un refrain chanté allège, permet de respirer un moment avant le couplet d’après. Et sur scène c’est un moment où on est avec le public, parce qu’on chante ensemble.

Loxley : C’est un goût que l’on a tous. Il est même probable que si on avait tous le talent de chanter, il y aurait des morceaux qui seraient peut être plus R’n’B. Parce qu’on est super ouverts à ça.

Primero : Notre compère Swing a ce cadeau du ciel d’avoir ses cordes vocales, et nous nous en servons. (rires)

Swing : Ce qui est sûr c’est que plus j’avance, plus j’aime faire ça. Maintenant, je pourrais même faire un morceau où je ne fais que chanter. Ça n’est pas encore arrivé mais je pense, en tout cas j’espère, que je vais faire des morceaux qui ne seront en fait même pas du rap.

Primero : L’ingé son transpire en entendant ça. (rires)

Swing : Mais le français n’est pas évident pour ça. C’est dur de faire de la soul, ou même du R’n’B, en français. Du « R’n’B français », rien que l’image qu’on a de ce truc est horrible !

Loxley : Quand je parle du R’n’b, je parle du vrai. Celui de D’Angelo, celui des années nonante.

Swing : Voilà, en anglais ! En français, c’est super dur de faire ça.

Loxley: En fait, le R’n’B est une façon de chanter qui pour moi n’a jamais existée en France. Je trouve que la façon dont tu chantes est à l’américaine. Tu ne chantes pas comme un français.

Primero : Clin d’œil à Roméo Elvis d’ailleurs, qui se prête au jeu du chant, vous aurez des surprises par la suite.

Loxley : Oui ça tu peux le dire, Roméo c’est vraiment l’influence Michel Fugain, sur un morceau en tout cas. (rires)

Swing : Il chante vraiment bien.

Primero : On a l’exclusivité, sur le prochain projet vous allez être surpris.

La pochette de L’odyssée est fort sympathique, à qui doit-on sa réalisation ?  

Loxley : Sozyone, un membre du groupe De puta madre. C’était un gros groupe dans les années nonante, a la même époque que Starflam. Ils étaient vraiment super underground, avec un délire assez particulier. Les prods étaient vraiment lourdes et les textes un peu pétés. C’était violent quand même, mais toujours avec un second degré assez incalculable. On a contacté Sozyone parce qu’on flashait sur son taff, et il nous a fait la pochette. Pour nous c’était cool évidemment d’avoir des contacts avec lui, il représente vraiment une autre époque, il ne vit plus en Belgique. Maintenant il vit clairement de sa peinture.

Primero : Ma foi c’était un honneur pour nous. Son travail est quand même super reconnu, c’est du lourd ce qu’il fait, rien à dire.

pochette l'odyssée

On l’a déjà un peu évoqué : que pensez-vous des mouvances assez électroniques en vogue depuis quelques temps ? On a notamment entendu Primero sur deux prods hybrides, signées Eli et Tenkapi, dans son EP « Scénarios » sorti en mai dernier.

Primero : En fait, c’est la première fois que j’abordais le double bpm.

Loxley : En tout cas ce que l’on appelle nous le « double bpm ». C’est des rythmiques un peu trap, enfin… (il hésite)

Des rythmiques trap, mais sans les sonorités qui vont avec habituellement.

Swing : Voilà. Ça n’est pas de la trap, donc on appelle ça du double bpm.

Primero : Ça n’est plus du nonante bpm. C’est un bpm sur lequel la façon d’écrire est super différente, les textes qu’on faisait sur du nonante bpm ne collent pas. Et moi ça m’intéressait. J’ai toujours eu cette idée de challenge, à chaque fois qu’on recevait une prod hyper différente. Ça se voit dans le projet, sur lequel les prods sont hyper variées. Au final, la composition de l’EP ne tient pas vraiment debout. Le thème et la cohérence sont dans le fond, dans les paroles, mais au niveau des prods j’ai voulu m’amuser.

Vous envisagez donc d’explorer collectivement d’autres styles que le boom bap typé nineties ?

Swing : Oui. Encore une fois c’est toujours lié à ce qui nous inspire et à ce qu’on écoute. Et c’est clair qu’on n’écoute plus les mêmes choses qu’à la formation du groupe. Donc oui, on prend en quelque sorte nos distances avec le boom bap, parce qu’on en écoute moins. On écoute beaucoup plus de trucs actuels, et c’est normal. Quand tu vas en soirée, tu vas entendre du Young Thug et des trucs comme ça, et même si à la première écoute tu ne vas pas aimer, c’est tellement bien fait que tu te fais prendre par le délire. Et ça te donne envie de faire le truc, même si ça n’est pas du tout de la même manière. Donc pour l’instant on est encore très loin de penser, ou même d’avoir envie de faire de la trap, mais les prods double temps avec plus d’appuis, des hi hats variés…

Primero : Mitraillette !

Swing : …à présent ça nous attire. Il y a moyen d’allier les deux, par exemple en utilisant une batterie actuelle, tout en gardant des samples.

Primero : C’est ce dont on parlait en fait, ce genre d’hybride. On a des prods comme ça, des gars qui nous ont envoyé des choses. Ça nous plaît parce qu’il y a cette teinte old school, mais mélangée avec des rythmiques actuelles, et on pense qu’il y a moyen de faire quelque chose à ce niveau-là.

On va maintenant parler de l’équipe qui vous entoure. Une question à propos de Roméo Elvis semble obligatoire tant vos délires sont proches. Comment s’est faite la rencontre ?

Primero : C’est dommage que Félé Flingue ne soit pas là, c’est parti de lui.

Loxley : Il était venu à nos concerts, il kiffait trop ce qu’on faisait. C’était une groupie en fait Roméo. (rires)

Primero : Il nous lançait son soutien-gorge.

Loxley : Bon non, ça n’était pas une groupie mais il nous kiffait vraiment, il venait en spectateur. Et puis il rappait, mais timidement. Il postait une ou deux vidéos de lui sur facebook, sur son compte perso, et Félé Flingue lui a envoyé un message.

Swing : On l’a vu même.

Primero : On l’a convoqué.

Loxley : Et puis on s’est rendus compte qu’il était super fort.

Primero : Au-delà de ça, on lui a proposé de passer à l’appart où on habitait, et on s’est entendu tout de suite. On a passé la soirée ensemble, puis on s’est revu. Comme ça, brusquement, il a fait partie de l’équipe. Il n’a jamais été membre de L’or du Commun, mais on est tout le temps ensemble.

Pourquoi n’y-a-t-il pas eu d’intégration officielle au groupe ?

Swing : Parce qu’on faisait déjà des concerts et que la machine était lancée.

Primero : On avait déjà une histoire. Ça n’était pas approprié.

Loxley : Avec le recul, on se rend compte maintenant que cette histoire était super courte avant qu’on rencontre Roméo. Mais ça nous paraissait être long, et pour nous l’entité L’Or Du Commun était déjà créée.

Swing : Et même, il a en plus une personnalité propre. Il avait un délire à lui, je veux dire qu’on sent dans son style qu’il n’a pas commencé à écrire avec nous. Je trouve qu’il a quelque chose de différent qu’il pourra mieux exploiter en solo. C’était mieux pour lui de rester en solo. Plus pour lui que pour nous en tout cas.

Vous avez à l’heure actuelle enregistré très peu de featurings. Vous pouvez nous en dire un peu plus sur Taïmon et Crack Murphy, présents respectivement sur « Mellowman » et « Les Daltons » ?

Primero : C’est compliqué de faire un vrai featuring, un vrai morceau, avec un groupe. Notamment car on fonctionne avec un barème de 16 mesures, flexible certes mais qui est généralement la base. Donc, pour les groupes de quatre personnes, c’est plus difficile à envisager que s’il s’agit d’un featuring entre deux rappeurs solo.

On l’a fait sous forme de freestyle avec l’OFM, il y en a d’ailleurs un deuxième qui va sortir. Pour le reste, on a pris des gars de notre entourage qui nous plaisaient et qu’on voyait bien sur tel ou tel morceaux, tout simplement. On avait rencontré Crack Murphy juste avant de faire ce morceau-là. L’idée d’une collaboration nous plaisait. C’est un gars qui a de la poigne et on s’est dit que son personnage collerait bien dans le rôle de Lucky Luke.

Swing : Et puis il a un flow avec des accélérations, très à l’ancienne. Donc clairement, artistiquement parlant en tout cas, l’idée de faire un son avec lui était judicieuse.

Primero : Taïmon c’est un gars de notre entourage qui fait du rap, comme il y en a plein à Bruxelles. Et quand on a eu cette instru de Tenkapi, on s’est dit qu’on le verrait vraiment bien là-dessus.

Difficile de vous affilier à un beatmaker en particulier, étant donné que vous variez beaucoup, même si Tenkapi revient souvent.

Primero : On en connaît plusieurs, qui ont tous un truc intéressant, donc c’est difficile de décider de n’en garder qu’un. Si on se disait ça, on recevrait quand même des prods des autres qu’on trouverait vachement bien, et on regretterait.

Swing : Moi je commence quand même à avoir l’envie qu’on s’affilie un peu plus à un beatmaker. Parce que ça simplifie la vie. Et puis je trouve qu’il y a un côté inspirant qui parfois est chouette à avoir. Quand tu travailles vraiment avec un beatmaker en particulier, je pense que tu es plus apte à accepter quelque chose qui vient de lui. Donc il pourrait peut être, lui, apporter quelque chose artistiquement au projet. Tandis que quand on fait un projet en allant chercher des prods à droite et à gauche, c’est un peu comme si on faisait nos courses. Et je trouve qu’il y a un truc là-dedans qui est dommage. Parce que le travail de beatmaking et les instrus sont pour moi le plus important dans un projet, et je trouve que l’on bafoue un peu ça.

Primero : Il faut trouver un entre-deux. Je pense que c’est intéressant de bosser sur un projet avec un beatmaker dont on connaît la couleur musicale, et dont on sait qu’il collera bien à notre idée de base. Mais c’est aussi bien de pouvoir prendre des productions d’autres gars avec qui on aime bosser, que ce soit pour des inédits, un morceau qu’on lâche comme ça, ou un featuring en dehors.

Vous posez en tout cas presque exclusivement sur faces A. C’est une démarche qui vous tient à cœur ?

Swing : C’est une volonté oui. Au début, on prenait beaucoup de faces B.

Loxley : Parce qu’on ne connaissait pas beaucoup de beatmakers. Mais je pense que poser sur face A c’est juste normal, en fin de compte. Moi ce qui me fait plutôt flasher, c’est de voir un groupe poser seulement sur des faces B. D’ailleurs il n’y en a pas vraiment qui font ça.

Primero : Mais par exemple, un Alpha Wann fait plein de morceaux sur des faces B, qu’il lâche plic-ploc sur son soundcloud, qui sont des morceaux au final ultra-écoutés et quand même vachement bons. Je crois que si on écrivait plus vite, et si on était vraiment plus productifs, on ferait peut être des choses comme ça. Un peu comme on a fait sur « Lotus Bleu » : voir que tout le monde a un texte et se dire « allez, on balance un track ». Avec le temps, on réfléchit aux morceaux qu’on a envie de faire, et donc on est moins dans ce délire de prendre une face B, d’éclater le truc et de voir ce que ça donne. Je crois que c’est pour ça.

Loxley: En soi, poser sur une face A ou une face B, c’est juste la différence entre faire ta propre musique ou ne pas la faire. Tu peux écrire un texte sur une face B ou tu peux faire une chanson sur une face A. La différence est là.

On en vient maintenant aux différents styles que vous développez. Le storytelling concerne jusqu’à présent la quasi-exclusivité de votre œuvre…

Primero : (Il coupe) Pour moi, il faut juste différencier le storytelling et l’incarnation de personnages.

Loxley : Pour moi, c’est plutôt la même chose.

Vous déroulez en tout cas des récits très psychologiques, en adoptant le point de vue des personnages en action.  C’est cette attirance pour le récit qui vous a réuni sous la bannière de L’Or Du Commun ?

Swing : Non, je ne crois pas. Le délire qui nous a réuni c’est juste le boom bap, le côté à l’ancienne. Parce qu’à la base on ne s’entend pas du tout, on se déteste (rires). Concernant le storytelling, je ne sais pas si c’est Primero ou Félé Flingue qui a ramené ce délire là.

Loxley : Je n’avais pas cette impression. Pour moi ça faisait partie du délire depuis le début, et on était tous consentants.

Swing : Ah non, pas pour moi !

Si on va chercher parmi vos plus vieux sons, comme « Cavale » ou « Rendez-vous avec mon flingue », on est quand même déjà dans le récit imaginaire.

Primero : Moi j’ai toujours été dans le storytelling.

Swing : Je ne sais pas, Félé en a fait mais c’était surtout beaucoup d’égotrip au début. Nous aussi, je pense qu’on a commencé avec de l’égotrip.

Primero : Je crois simplement qu’avec l’influence de l’un ou l’autre, on s’est prêté au jeu du storytelling. Ça a marché et on a voulu en faire d’autres.

Loxley : En fait, je pense qu’on n’a pas forcément très envie de se représenter, ou de faire forcément de l’égotrip, et en fin de compte c’est un peu une façon de se cacher. Moi je ne me sentirais pas capable de faire un album en ne parlant que de nous.

Je voulais justement vous demander si vous n’aviez jamais ressenti l’envie de développer cette exploration psychologique de manière introspective, c’est-à-dire chez vous-même ?

Swing : Un peu, je pense. Par exemple quand on écoute un son comme « Everest » de Primero, je pense qu’il y a un peu de ça.

Primero : Oui, là clairement. Mais en tant que L’Or Du Commun, je dirais qu’on n’a pas vraiment fait ça. A part peut être sur « A notre époque ». Mais il y en aura d’autres. Je pense que c’est quelque chose qu’on avait peur d’aborder quand on a commencé, et petit à petit on trouve une façon de le faire qui nous plaît. Donc il y aura des morceaux, parmi d’autres, où on le fera. Je pense qu’on ne va ni basculer complètement là-dedans, ni ne pas en faire.

Vous parliez de vos débuts, votre nom de crew à l’époque était bien Mess Bass ?

Loxley : (Surpris) Comment tu sais ?

Tu dis dans Lotus Bleu « Les Mess Bass rappent pour détendre l’atmosphère », passage d’ailleurs annoté sur Rapgenius pour préciser qu’il s’agit de votre premier nom de groupe.

Loxley: C’est vrai, bien vu.

Primero : Rapgenius, eux ils sont vifs. A mon avis ils ont des lutins qui travaillent pour eux.

Swing : La dernière fois pour Jazzy Bazz, seize minutes après la sortie du son c’était déjà dessus.

Primero : Pour revenir à Mess Bass, en fait le nom était déjà pris.

Loxley : Par un rappeur de Charleroi, en Belgique, qui est là depuis longtemps, et qui est bon en plus.

Vous avez donc changé rapidement.

Primero : Oui. Mais on aimait bien Mess Bass, parce que c’était un peu mélangé. Il y avait une connotation anglaise avec le « bordel » et l’instrument.

Loxley : Attends, mais c’était tellement au début qu’on n’a même pas fait un seul morceau je pense.

Primero : Non justement, on a trouvé « L’Or Du Commun » le jour où on a enregistré notre premier morceau. Mais avant on s’arrachait les cheveux, c’était super dur de trouver un truc qui plaise à tout le monde. Parce que c’est quelque chose que tu figes pour longtemps, pour toujours presque.

Abordons désormais vos morceaux qui sortent du récit imaginaire. Dans « Mellowman », vous vous placez en héritiers des anciens du hip-hop, tout en critiquant ceux qui dévient de cette ligne. A quoi revient cet héritage selon-vous, et n’est-ce pas une vision un peu dogmatique ?

Loxley : On n’y croit pas vraiment. C’est la première fois qu’on faisait un son sur le rap et sur les rappeurs. Et donc forcément je pense que quand tu parles de ça tu tombes dans des clichés. Surtout que l’objectif était de faire un morceau qui bougeait. On voulait que le texte soit relativement simple.

Swing : Non mais même, dans le rap français je pense que c’est un passage obligé. C’est un exercice que beaucoup de rappeurs font, de faire du rap en parlant de « wack MC’s». Alors, qui sont les mauvais rappeurs ? Au final on ne sait même pas.

Primero : C’est un peu le jeu de qui en parlera le mieux. Et ce qui est drôle c’est que souvent pour un morceau on reçoit une production, il y en a un qui écrit en premier dessus puis le montre aux autres, qui en tirent une inspiration. Sur ce morceau là c’est moi qui avais démarré, et je n’ai même pas parlé de ce sujet. En fait on pouvait comprendre ça de mon texte, mais aussi plein d’autres choses. Et bon, c’est ça que ça leur a inspiré, du coup on a fait ce morceau de cette manière. Mais ça n’était pas une volonté dès le départ.

Loxley : Un peu quand même. Le texte de Swing est super clair sur la question. En tout cas sur l’aspect un peu dogmatique, c’est vrai que la question est pertinente.

Primero : Ca pouvait être l’occase de se prêter au jeu.

Vous avez un, voire un son et demi, consacrés au graffiti, à savoir « La tarte aux frites » et surtout « Griseville ». Il y a aussi un vieux freestyle de Félé Flingue sur le sujet. C’est un thème qui tend vers le vécu ?

Primero : Pas pour tout le monde.

Loxley : Moi je taggais quand j’étais ado. En fait j’ai arrêté quand j’ai commencé le rap.

Primero : On est dans un groupe de potes où ça a été très présent autour de nous pendant qu’on était jeunes. Et même si tout le monde n’en a pas fait, on s’est tous retrouvés à des soirées où ça partait pour aller graffer quelque part, et là en tant que spectateurs on accompagnait le groupe. Donc voilà on a été baignés dedans, et on avait envie d’en parler à travers ce qu’on fait nous : du rap.

Vos récits se consacrent très souvent à des rapports conflictuels entre dominants et dominés, on peut le voir notamment dans « Rouge Mississipi », « Edgar Lespri » ou encore « Trèfle d’or ». Assumez-vous, voire calculez-vous une certaine revendication sociale dans vos textes, cachée derrière un délire ludique et imaginaire ?

Swing et Loxley : Non.

Primero : Parfois, enfin…

Swing : C’est vrai, j’avais jamais réfléchis à ça !

Loxley : La question n’est pas là, mais c’est intéressant. Je pense qu’une bonne histoire, comme une fable, peut avoir une morale derrière des choses un peu maquillées. Et je pense que c’est comme ça qu’on fait. En fait, on raconte une histoire à laquelle tu peux trouver une morale en fin de compte, c’est vrai.

Swing : Oui, mais moi je trouve que dans notre démarche, on ne raconte pas une histoire pour transmettre un message. C’est très étrange de dire ça. On peut trouver une morale, mais on ne le fait pas pour ça.

Primero : Celui qui a envie de trouver un message peut aller le chercher. Mais ce n’est pas ce qu’on balance à la tronche des gens.

OE Laboratoire : Ça n’est sûrement pas non plus pour rien que l’histoire est créée comme ça, non ?

Swing : C’est parce qu’on essaie de trouver une logique. Franchement, le premier texte part, après on essaie tous de lier le truc, et puis ça termine en faisant une histoire.

Loxley : Dans « Edgar Lespri » il y a une chute, ce morceau c’est une vraie fable pour moi. Plus que les autres en tout cas.

Primero : Ca fait penser à Edward aux mains d’argent.

Loxley : Tu vois, là il y a une morale sur la peur de celui qui est différent, et puis qui en fin de compte est innocent. On retranscrit ce que l’on voit avec notre point de vue, et forcément c’est un peu lié à ce que l’on pense. Mais il n’y a pas de combat, si c’est ça la question.

Primero : Et peut être que dans « Mellowman » là il y a un truc comme ça oui. Un peu dénonciateur, où l’on pointe un peu du doigt. Mais dans le reste je ne trouve pas.

Swing : Il y a des tas de storytelling où il n’y a même pas de chute, où au final on a juste eu envie d’écrire en incarnant un personnage. Parfois on a juste envie d’écrire en étant un méchant, parce que c’est chouette d’incarner un personnage méchant. On fait ça juste pour nous. La démarche est très égoïste en fait, beaucoup plus que ce qu’on peut penser.

Primero : Je vois que tu te questionnes beaucoup sur le fond des textes, et c’est vrai qu’on y fait souvent attention. Mais parfois il y a tout ce qu’il y a autour, les sonorités, savoir comment tu vas te placer par rapport à ce que les autres ont fait… Il y a plein de variables que tu prends en compte en plus que le fond de ton texte, et donc c’est parfois un peu dénaturé.

Vous êtes un peu flous sur le plan de l’identité : Roméo Elvis affirme « ne pas faire de rap français », quand vous vous définissez de votre côté, notamment à la fin de « Griseville », comme des « rappeurs francophones ». Vous pouvez éclaircir cette posture ?

Swing : J’ai l’impression qu’on n’a pas un grand sentiment d’appartenance à un mouvement. On ne revendique pas vraiment d’identité particulière.

Primero : On ne revendique pas, parce qu’on est moins soudés avec le hip-hop belge qu’avec des groupes comme OFM. On a très vite fait des rencontres en Suisse, en France, et même avec des Canadiens, avec qui on s’entendait super bien. Ils ont fini par venir jusqu’ici, on s’est vus, et on a créé des liens, plus même qu’avec des mecs hip-hop de trois portes à côté. On a vu directement large, et donc « rap francophone ». C’est ça, je crois. Les choses ont fait qu’on n’est pas resté enfermés dans une bulle à Bruxelles et qu’on a très vite rencontré des personnes à l’extérieur.

Vous êtes amenés à fréquenter des rappeurs flamands ?

Primero : A fond, et ça fait plaisir ! On a rencontré un groupe qui s’appelle Stikstof, avec qui on a partagé des scènes. Il y aura des morceaux avec eux, même si je ne sais pas si ça concernera tout le groupe ou juste certains membres. Roméo a déjà sorti un morceau avec eux. C’est super cool de pouvoir représenter cette alliance.

Swing : Félé Flingue aussi a fait un morceau avec eux, plus freestyle, il y a longtemps.

Primero : Ça fait aussi plaisir de voir qu’on est programmés en Flandre, qu’il y a un public qui parle néerlandais et qui est prêt à nous accueillir. On a joué trois, quatre, allez peut être cinq fois devant un public flamand. La barrière de la langue se fait sentir, mais on passe tous un bon moment.

Il y a quand même un contexte assez tendu politiquement depuis plusieurs années.

Swing : Ce contexte, au niveau de notre génération, se ressent beaucoup moins que par exemple pour la génération de nos parents. Pour nous il n’y a aucun souci, et même du côté flamand. Il n’y a aucun souci entre les jeunes du pays.

Primero : Moi je le ressens quand même pas mal.

Loxley : Si, quand même, mais c’est plutôt linguistique, culturel. Je pense que le conflit au niveau des jeunes n’est pas politique.

Primero : Depuis l’école j’ai l’impression de voir une séparation. Même si l’on apprend l’autre langue en cours, je trouve qu’on ne nous pousse pas à se mélanger quand on est jeunes. Et donc il y a un espèce de phénomène de camps. Moi je le ressens.

Swing : Je ne suis pas d’accord les gars. Parce que même dans les écoles flamandes, la plupart des gens sont des francophones.

Loxley : Si tu parles de Bruxelles, c’est mélangé. Il y a une petite communauté flamande qui est clairement en minorité et qui fait un peu les choses de son côté, mais les mondes se croisent. Je parlais plus de la situation entre la Flandre et la Wallonie, dans laquelle je compte Bruxelles, entre les francophones et les néerlandophones.

Primero : Voilà, il y a certains domaines dans lequel ça se ressent mais… pas de haine de notre côté.

Vu de l’extérieur, le milieu du rap belge semble assez solidaire. Vous confirmez ?

Primero : Oui, on est arrivés au milieu de gars qui étaient déjà en place, et on a été agréablement surpris par l’accueil et la reconnaissance qui nous ont été portés. On n’est pas une famille fermée. S’il y a des petits jeunes et qu’on aime bien ce qu’ils font, ils sont les bienvenus.

Swing : Je pense que c’est lié à l’argent en fait. Peut être que dans le milieu du rap belge, il n’y a pas d’argent. Donc il n’y a pas de raison qu’il y ait de l’animosité, vu que tout le côté pécunier n’est pas là. Donc après c’est beaucoup plus facile de se concentrer seulement sur les choses positives.

Primero : Oui, mais je me dis qu’il pourrait y avoir des jeux d’égo.

Swing : Mais les jeux d’égo sont aussi liés à l’argent. Pas à cent pour cent, mais ça peut être lié.

La Brique : Je pense aussi que comme c’est un petit pays, et en plus un demi-pays (rires), dans le sens où le rap francophone n’est produit qu’en Wallonie, tout le monde se rencontre sur les dates. Tout le monde se déplace avec son ingé son… Tout le monde voit qui est qui, même les ingés son, les tourneurs et les manageurs.

Swing : Il y a Deparone qui rassemble tout le monde, en plus.

OE Laboratoire : Je viens de penser à ça : comparé à la France, c’est comme si tu prenais les rappeurs d’un département.

Primero : Voilà, c’est ça. En quelques dates, on a rencontré tous les gars. On a fait la première partie d’untel, puis d’untel, et au final voilà, on a fait connaissance.

Swing : Pas tous les gars, mais on s’est vite liés avec un milieu. Je dirai que c’est la Smala, Jean Jass, JCR… Un groupe qui était déjà là.

Primero : Le collectif « A notre tour », en fait.

Swing : Voilà, et ceux là on les a rencontrés vite, via Max Dour, le bookeur de Back in the Dayz. Mais par contre, on connaît moins le rap du nord de Bruxelles. Scylla, Gandhi, on ne les connaît pas. OPG, seulement de vue.

Loxley : Je dirais qu’il doit y avoir quatre ou cinq grandes familles. C’est aussi par agences que ça marche. Back in the Dayz, qui nous book, fait tout ce qui est de notre génération mais qui est un peu boom bap. Il y a aussi Skinfama qui eux sont plus gros, avec des artistes comme Lettre A et Nixon, des groupes qui sont plus trap, et donc qu’on côtoie moins.

Swing : On les croise beaucoup moins en concert, parce que ça n’est pas du tout le même style ni la même sphère.

Le milieu du rap indépendant semble mieux ancré dans les gros médias en Belgique qu’en France, même si la chose semble évoluer par chez nous. On a récemment vu Sénamo obtenir sa propre émission hebdomadaire sur Pure FM, qu’il anime en compagnie de Bénédicte Deprez. Sentez-vous en Belgique un climat particulièrement favorable à la diffusion du hip-hop ?

Swing : Oui, en ce moment ça commence vraiment.

Loxley : Depuis pas longtemps. Back in the dayz y est quand même pour quelque chose, c’est assez clair.

La Brique : Ceci dit en France c’est de mieux en mieux aussi.

Loxley : La Belgique est un pays qui est plus petit, donc j’imagine qu’au niveau des médias c’est plus difficile de remplir un agenda d’émission. Mais en soi, j’ai toujours trouvé qu’en France il y a beaucoup de gens qui se plaignent que le hip-hop n’est pas médiatisé, mais je trouve que c’est faux. Le hip-hop est médiatisé comme d’autres genres, il y a des rappeurs en interview… Ça n’est pas diffusé comme la variété, c’est sûr, mais c’est représenté quand même. Il n’y a qu’aux States que les rappeurs ont énormément de place dans les médias. Moi, je le prends un peu comme une fatalité, je me dis que c’est normal, que ça n’est pas toujours recevable du grand public. Il n’y a pas d’émissions spécialisées, c’est vrai que c’est dommage, mais est-ce qu’il y a des émissions spécialisées dans le rock ? Pas vraiment. Tu as des émissions comme Alcaline, mais ils sont assez variés.

Quelques questions sur le futur pour finir. Il ressort de votre interview de septembre 2014 au festival Lezarts Urbains qu’un projet du duo Swing et Félé Flingue est dans les tuyaux, est-ce toujours d’actualité ?

Swing : Ça n’est pas encore sûr. Pour l’instant je suis plutôt dans un choix de prods. Je pense que j’ai enfin trouvé l’univers, qui serait orienté west coast. Mais je ne sais pas si ce sera tout seul ou en compagnie de mon cousin. Ce serait bien avec lui.

Vous envisagez de sortir certains de vos prochains projets en physique ?

Loxley : Oui, bien sûr. On va sortir un album, d’ici… (il hésite)

La Brique : Deux mois (rires).

Swing : La semaine prochaine peut être…

Loxley : Là on va prendre le temps de faire des morceaux, de sortir des clips, d’essayer des trucs, et puis quand on le sentira, à mon avis d’ici un an et demi, deux ans, on sortira un album.

Primero : Je pense que quand on fait du rap en indé, il y a une organisation qu’on crée à la base, qui doit se professionnaliser. C’est nous qui gérons tout ça, et il faut du temps pour arriver à faire concorder la communication, les sorties de projet, etc. Il y a des choses qu’on ne maîtrise pas comme un professionnel de com’ ou d’autre chose. C’est de l’organisation et un savoir à acquérir, pour faire ça le plus correctement possible.

Quid des futures scènes ?  

Loxley : Là maintenant on arrête un peu de jouer en Belgique. On a des dates en France, en Suisse, en Flandre… On bouge de Bruxelles et de la région francophone de Belgique.

Vous parliez à un moment d’organiser vous-mêmes vos concerts. C’est une démarche déjà concrétisée ?

Loxley : On l’a fait, via La Brique. Moi je suis membre de LODC, mais je travaillais pour La Brique aussi, et on a organisé notamment des release de L’Or Du Commun.

Primero : Le grand rêve aussi, c’était d’organiser un jour un concert dans lequel on réunirait des groupes de notre génération qui représentaient pour nous une diversité, et avec qui on avait une bonne entente pour certains : Big Budha Cheez à Paris, L’OFM en Suisse, et on voulait ramener un groupe néerlandais, Da shogunz. C’est de là que c’est parti, puis la Brique s’est créée après, et il y a eu d’autres projets.

Va-t-on voir de nouvelles têtes dans vos featurings ? En plus des groupes que vous venez de citer, on pourrait penser à la Microfaune, notamment de par votre connexion avec Vax1, ainsi qu’à la Base, qui taffe entre autres avec Tru Comers.

Primero : Félé Flingue est présent sur un morceau de Vax1, sur lequel il a posé un petit couplet. Je ne sais plus le nom. (« Enta da Cypher pt.II / Quiet Storm », ndlr)

Swing : C’est dans son projet avec beaucoup de rappeurs.

Primero : Il y aura sûrement de nouvelles têtes. Il y a plein de gars qu’on apprécie et avec qui on a envie de travailler. Pour La Base et Tru Comers, c’est peut être moins probable. On apprécie leur travail, on s’entend bien, mais on a peut être mois de feeling qu’avec un groupe comme l’OFM.

Swing : Avec Big Budha Cheez ce serait chouette. Mais voilà il faut trouver la prod, le temps…

Deux questions bonus en guise de conclusion. D’abord, connaissez-vous l’album de Fayçal, le rappeur bordelais, intitulé L’Or Du commun ?

(Ils sourient)

Primero : Oui, il nous avait contacté avant de le sortir. ll m’a contacté par facebook personnellement. C’était assez perturbant, tu avais l’impression qu’il avait travaillé deux jours chaque phrase qu’il disait. J’avais l’impression d’écrire comme un gamin alors que j’écrivais normalement. Tu vois que c’est quelqu’un de très lyrique. Voilà, il nous expliquait ses raisons et il espérait que ça ne nous dérangeait pas. Il disait que c’était un jeu de mot qui lui plaisait depuis très longtemps. Donc je lui ai dit qu’il n’y avait pas de problème.

Loxley : Ce qui est marrant c’est qu’on n’avait encore même pas sorti notre premier projet. Du coup nous on avait tripé, on s’était dit qu’on appellerait notre premier projet Fayçal. (rires)

La Brique : Les enculés (rires).

Primero : On trouvait ça drôle.

Swing : Les petits cons quoi ! Et moi j’étais chaud en plus. Mais bon c’était au moment où on cherchait des noms, et les trucs qu’on trouvait c’était genre….

Loxley : Dis pas, dis pas…

Swing : « Le cheval quatre » (rires). Le « bic à quatre couleurs » aussi.

Primero : On cherchait des noms tordus pour l’album quoi. Mais bon, d’office on n’allait pas faire ça, même si ça nous tentait.

Loxley : On a quand même failli faire une pochette vraiment craquée, du genre Borat.

Swing : Ah oui, on voulait tous mettre un truc vert (rires) ! J’avais oublié.

Loxley : Et à ce moment là le projet se serait appelé « On est plus forts que les power rangers mais on n’est que quatre ».

Primero : On avait même le plan d’une meuf qui avait les costumes moulants des power rangers. Ça a failli aller très loin cette histoire ! Très très loin.

Loxley : Ca aurait pu changer la donne mec. Si ça se trouve on aurait vraiment buzzé, on aurait fait un clip avec Philippe Katerine la semaine d’après. (rires)

Primero : Ou « Salut c’est cool ».

Swing : On serait peut être à Los Angeles là, putain.

Enfin, la question « Guide du routard » ou bien « J’irai dormir chez vous » : vous êtes bruxellois pure souche, vous avez donc sûrement des endroits à conseiller pour un court week-end à Bruxelles.

Loxley : Le Moeder Lambic, si tu veux boire de la bonne bière.

La Brique: Moi je trouve que c’est cher.

Loxley : Pour un petit budget, le Boonefoi. C’est un café-musique dans le centre, qui est cool.

Primero : Moi, un endroit que j’aime beaucoup c’est le Marché aux puces de la Place du jeu de balle, qui est très atypique. L’ambiance y est très particulière le dimanche, surtout quand il fait beau.

La Brique : Et c’est juste là autour que vous avez tourné « Le Chill ».

Primero : Pas loin oui.

Primero : Et pour une bière belge, le Moeder Lambic c’est parfait.

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