Mais qui sont SoN’oR et NXF ?

Un étrange duo, composé d’un Breton et d’un Savoyard, qui se considèrent –à juste titre- comme le fruit d’une « affaire de famille ». L’un partageant la vie de la cousine de l’autre, l’expression prend de fait tout son sens. Sorti le 8 septembre dernier, ce n’est pas forcément un album des plus attendus, mais peut-être l’un des plus aboutis de cette année rap. Mais alors, d’où vient cet iceberg et qu’y a-t-il aux racines de ce bloc de glace ? Plongée en eau glaciale.

Le timbre de voix de NxF nous rappelle M.O.N du duo Stamina, quand SoN’oR nous remémore le flow de Kahifa du binôme Canelason. Une fusion détonante, et une alchimie d’autant plus exceptionnelle que les deux MC’s ont travaillé l’entièreté du projet à… 1000 kilomètres de distance !

Mais si la vie les a rassemblés, il faut d’abord souligner que le fait du hasard n’est pas le seul et unique responsable de cette rencontre. L’un comme l’autre rappaient déjà bien avant, et l’exercice faisant, l’envie est née naturellement de tenter des combinaisons comme le souligne SoN’oR : « On a commencé à écrire quelques morceaux ensemble mais rien de très sérieux. Puis quelques temps après, on a eu l’idée de faire les « Freestyles de nuit« . C’est en faisant cette trilogie qu’est apparue l’évidence, pour nous, de faire un album en commun, malgré les milliers de kilomètres qui nous séparaient. »

« La musique n’a pas de frontières, et encore moins de lieu de résidence »

Loin des récurrents sentiments d’appartenance à tel quartier ou tel département, ils ont donc opté pour un « grand écart » vraiment réussi et prouvé qu’une fois de plus, aucune limite physique ne contraint la musique. L’avènement d’internet et des technologies modernes rend possible des projets impensables il y a encore une quinzaine d’années. Car en effet, si la cohésion n’est pas actée d’avance, rien n’empêche chacun d’écrire, enregistrer et retravailler ses passages de son côté.

Abordons maintenant le contenu, le cœur de ce géant de glace. L’ambiance et le concept sont respectés, et l’on se surprend à laisser l’iceberg approcher sans crainte. Musical, riche en bons mots, le projet est séduisant et les thèmes, qui s’articulent facilement sur cette banquise sortie de nulle part, n’ont rien de « vu et revu » ou « déjà vu ». A moins qu’ils ne soient amenés astucieusement…!

« Pourquoi ce titre ? Tout simplement parce qu’on avait envie de parler de tout ce qu’on voit pas, tout ce qui est caché, à la base de l’iceberg, sa partie immergée. Comme cet album. Les gens voient l’album mais n’imaginent pas la quantité de boulot que c’est ! Surtout pour un tel projet fait à distance et avec autant de monde. De plus, c’est une métaphore de la société actuelle dans laquelle nous vivons. « On nous montre que ce qu’on veut voir et ce que la société veut que l’on voit ! Alors que la réalité est tout autre. » On résume ça dans le morceau éponyme.« 

Les productions ne varient peut-être pas suffisamment pour l’auditeur chevronné et amateur de surprises, mais les deux auteurs auront eu le mérite de s’appuyer sur une colonne vertébrale de boucles mélodieuses pour laisser parler leurs indéniables qualités d’écriture. Ainsi, si quelques noms confirmés surplombent la tracklist (Char du Gouffre, Mani Deiz, DJ Veekash), c’est du côté des blazes moins connus qu’il faut aller chercher les pépites. Slone, Fucky, Onesk ou Gera apportent leur eau au moulin au point que l’on aimerait les réentendre rapidement.

Avec la naïveté d’un Edward Smith ou l’insouciance d’un Francesco Schettino, on navigue à vue. L’iceberg se rapproche au fur et à mesure de l’écoute, mais même le mix et le mastering ne sauraient nous avertir d’une mauvaise surprise. Coup de chapeau à l’ingé son.

« On sait tous que la réussite dépend pas de l’art ou de la manière, vu que le succès exploite plus de drames que de vraies carrières »

Si s’entourer de personnes confirmées et de travailleurs rigoureux était rassurant, c’est en tout cas l’assurance d’un produit maîtrisé, car les beatmakers et DJ’s invités apportent un sérieux qui s’entend. Aucune chanson ne vient couler les autres, et l’agréable « mélodie du glaçon » nous fait presque oublier l’absence de solo de NXF ou Son’oR. Treize pistes qui nous font rentrer progressivement dans l’hiver, et un visuel glacial (signé Darkelixironer) qui nous rappelle la fraîcheur de celle de Ritzo sortie l’année dernière.

Si « Les racines de l’iceberg » sont sorties sans faire de bruit, c’est pour mieux vous surprendre. On vous aura prévenu.

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