Samedi 4 juillet. Nouvelle édition du Narvalow City Show. L’annulation de l’année passée oubliée et la météo annoncée clémente promettait une journée de festivités grandioses. Et puis parce qu’il s’agit du plus gros événement hip-hop français indépendant, l’équipe du Bon Son quasiment au complet se devait d’être présente. Alors on a festoyé, rigolé, discuté, et kiffé avec tous les artistes et les auditeurs présents. De 15h30 à 00h00, parce qu’on est arrivé en retard, du set de Pand’or pour commencer au set de Deen-Kacem-Swift pour terminer, en passant par les émotions du set de Vald et les quelques frictions qui ont rendu cette journée mythique. Voilà le récit d’un immense concert pas comme les autres, quelque part en banlieue parisienne dans le 93100.

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Le Narvalow City Show commençait à midi au stade Robert Barran de Montreuil. Une quinzaine de minutes plus tard, la pluie se décidait à tomber sur Paris. L’équipe “lebonson.org” attendait de se retrouver pour manger un morceau avant d’aller au festival. On a stressé en matant les news sur l’événement et la météo toutes les cinq minutes. Puis la pluie s’est arrêtée vingt minutes plus tard. Elle n’a jamais recommencé et a laissé place à la chaleur des rayons du soleil. Un entre-deux aurait été bien, mais difficile de se plaindre. On aura transpiré pour la bonne cause. Un concert pareil, ça se mérite !

Notre arrivée tardive nous aura donc fait manquer quelques artistes, notamment La Jungle et Fizzi Pizzi. On sait que ce n’est jamais facile pour les artistes qui commencent les festivals : ils ont la lourde tâche de chauffer le public au moment où celui-ci est le moins chaud et le moins nombreux. Exercice périlleux et peu gratifiant, mais qui a su être réussi apparemment. Il faut dire que la taille de la scène et le public déjà pas mal présent malgré les circonstances météorologiques incertaines ont du donner du baume au cœur à ces artistes. En arrivant, on a vraiment l’impression d’être à un festival classique et les organisateurs semblaient avoir fait les choses parfaitement. Entre le merchandising où on pouvait croiser Swift, Paco, la Scred boutique, les Gouffriers, du tatouage et des sandwichs, des viennoiseries sans oublier de la bière et des softs, les kiffeurs de rap ne pouvaient que se sentir chez eux. Pas de doute, c’était Narvalow !

L’unique problème que l’on pouvait voir venir était la programmation. La densité de celle-ci laissait supposer des difficultés dès lors que l’on approcherait la fin du Narvalow. La marge de manœuvre entre les artistes était trop juste et le temps de passage trop court. Évidemment, cela donne une dynamique si les artistes acceptent de jouer le jeu, mais il est difficile pour eux, et notamment ceux habitués à être des têtes d’affiche de plateau, de faire de sets aussi courts. Chaque minute de grignotée est une minute perdue pour les artistes qui suivent, et une minute par artiste fait qu’à la fin c’est au moins quelques artistes qui en paient les frais. En l’occurrence, ce furent trois d’entre eux : Kacem Wapalek, Deen Burbigo et Swift Guad.

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D’autant plus que sur les trois représentants de la Belgique, L’Hexaler aura manqué à l’appel pour des raisons inconnues et offert une marge supplémentaire au niveau du timing. En réalité, c’était dommage car on aurait aimé le voir sur scène pour qu’il défende son projet qui sortira en septembre. Mais on se dit que ce n’est que partie remise. D’autant plus que la Belgique a été superbement bien défendue, par Youssef Swatt’s tout d’abord, qui avec un set carré a pu nous montrer que la jeunesse n’est pas une excuse pour mal rapper ou pour s’adresser uniquement à un public d’enfants ou d’adolescents. Impressionnant sur scène, le rappeur belge de dix-sept ans à fait preuve d’une grande maturité, avant de laisser place aux patrons de la scène belge actuelle : La Smala. Leur efficacité énorme en live correspond à ce que leurs sons comme « Yes Mani » ou « Ca fait boum » pouvaient laisser présager. On appréciera le fait que malgré l’absence de Shawn-H, ses collègues n’ont pas écourté les sons et se sont permis de faire ses couplets. La Belgique pouvait repartir fière puisqu’elle a démontré sa force.

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Il y aura eu de l’amour. Beaucoup d’amour. Comme cette jeune fille qui, au premier rang, collée aux grilles, ne put retenir ses larmes lors de l’arrivée de Vald. Pleurant tout le set, contrastant avec l’hilarité de ceux qui en backstage la regardaient, les larmes redoublèrent quand, à la fin du set, Vald alla la saluer. Beau geste du rappeur qui était tout aussi surpris de déclencher des larmes, lui qui aura plutôt fait rigoler et kiffer le public avec son set décalé, carré mais plein d’humour. On le redit : le personnage est génial et Vald accompagné de AD est une tuerie en live. Alors c’était sympa de sa part de dire “Bonjour”.

Il n’y a pas eu que de l’amour. Juste avant le set de Rocca, c’est Wira qui se décide à monter sur scène. Incompréhension dans le public, la sécurité sera obligé d’intervenir. La friction continua quelques instants en-dehors de la scène et les insultes fusèrent des deux côtés. Seul incident d’une soirée calme et bon enfant, il fallait bien cela pour que cette journée devienne mythique.

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Le rap français était à l’honneur sur cette scène, mais c’est le hip-hop dans son ensemble qui était fièrement représenté. Les beatboxers de la Team Paname n’ont pas détonné au milieu des rappeurs et ont étonné par leur performance. Les danseurs de Danse Hold Up ont réussi leur braquage de scène et les interludes de break dance ont apporté un peu de repos à tous ceux qui écoutaient attentivement les rappeurs qui défilaient sur scène. On n’oubliera pas les graffeurs qui ont sorti les bombes en plein soleil et qui ont dessiné sur les bâches prévues à cet effet, ainsi que Lyricson qui  a su apporter une touche un peu plus ragga au mic’.

Durant cette magnifique après-midi, on a vu des MC’s du sud au nord, mais Paris s’est vu fièrement représentée par ses immanquables. Paco, A2H, Le Gouffre et JP Manova ont fait kiffer le public. Des sets avec des classiques confirmés ou en devenir qui nous font dire que Paris reste numéro un sur le rap. Mais le sud n’est pas en reste puisque la scène du Narvalow se devait également d’accueillir les montpelliérains de La Classic avec Ali Lacraps à leur tête. Avec un public venu des quatre coins de la France et qui le suit fidèlement , celui-ci se devait de représenter le sud et n’a pas manqué à sa tâche. On fera une mention spéciale à sa « Poignée de punchlines » qui déchire autant à l’écran qu’en live !

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Et puis il faut toujours une petite grogne, alors on notera un petit coup de gueule d’une partie du public au show de Taipan qui n’a pas épargné les auditeurs de ses paroles crues qui tendent à la misogynie. Difficile de le défendre, mais il n’y a là rien d’étonnant pour ceux qui connaissent ses sons. On laissera la question ouverte concernant le fait de savoir s’il s’agit d’une erreur de programmation. Taipan n’a jamais été un féministe, et ceux qui le programment le savent. Peut-être en apprécient-ils le second degré, mais il semble que ce n’est pas le cas de tous. Mais passons.

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A la place, on préfèrera mettre en valeur les prestations de Beny le Brownies et Kenyon, deux rappeurs dont la reconnaissance est minime mais qui ont très bien tenu leur scène. L’arrivée de Busta Flex a tenu le public en haleine puisqu’il aura fallu une bonne quinzaine de minutes avant qu’il ne se décide à faire ses classiques tant attendus et à faire son job à plein temps. Quant aux anciens de la Scred Connexion, ils ont fait un set carré et indémodable, mais qui, du fait qu’il restait encore trois artistes à passer, a trop traîné. Bien sûr, le passage sur scène de Demon One qu’ils ont invité fait plaisir, mais pour être véritablement apprécié il aurait dû se faire en d’autres circonstances. Il restait trente minutes et trois artistes à passer. Impossible de faire durer le festival après l’heure prévue. Difficile pour les spectateurs qui en redemandent.

Le final aura donc pris la forme d’un trio inédit formé par Swift Guad, Kacem Wapalek et Deen Burbigo. Le temps de faire deux sons pour Kacem dont une « Marche arrière » pour le Gouffre, un « Majeur et vacciné » et un « Narvalo » pour Swift, ainsi que pour Deen Burbigo de nous parler de ses « Addictions » et le tour était joué.

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Un trio magique qui viendra clôturer une journée exceptionnelle que rien ne sera venu gâcher. L’occasion pour tous de faire la fête et de montrer que le rap français a le vent en poupe, que les auditeurs sont là et que les rappeurs n’ont pas besoin de signer pour être professionnels. Le niveau était tel sur cette scène que l’amateurisme n’y a plus sa place. Cela s’est vu au niveau de l’organisation qui a réussi à faire de cet événement un véritable festival. Un festival que les amateurs de rap préféreront à tous les Solidays, Garorock, Vieilles Charrues ou Francofolies. On le voit avec les programmations de cet été : les organisateurs des gros événements n’ont pas encore saisi que le rap français a un avenir. Merci au Narvalos et au Narvalow Club de l’avoir compris !

Les photos de cette journée sont réalisées par Astrée Photographies.

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