Sortira ? Sortira en retard ? Sortira gratuitement ? Sortira jamais ? L’Histoire a fini par laisser Futur Proche déployer ses ailes brûlées et s’envoler une dernière (?) fois pour planer le temps d’un double album avant de s’éloigner du rap. Interview de Gwenzel, la moitié du duo de Boulogne qui a su renaître de ses cendres, et nous répond en phœnix.

Le projet est sorti en 2013 gratuitement sur le Net après, semble-t-il, de nombreuses pérégrinations qui vous ont lassé et incité à l’offrir sans même véritablement l’annoncer. Pourquoi cette absence de communication ? Que s’est-il passé pour que vous en arriviez à gâcher plusieurs mois/années de travail ?

Gwenzel : Comme tous artistes indépendants, on a effectivement rencontré pas mal de difficultés pour mener à bien cet album, l’accumulation de ces soucis et une certaine lassitude nous a donc poussé à le mettre en téléchargement « libre » pour éviter qu’il finisse seulement dans mon PC.

Cet album représentait un projet attendu. Combien de temps aviez-vous mis pour le construire ?

Gwenzel : Je ne sais pas s’il était attendu, et effectivement on a mis beaucoup de temps à le finaliser, à ma grande surprise il fut plus compliqué de le mener à bien que les précédents. On a également perdu beaucoup de temps à rejoindre des labels indépendants qui étaient pourtant censés nous en faire gagner, pour finalement se débrouiller seul et répartir à chaque fois de zéro.

« Puis je « contrôlais » tout dans le domaine « artistique », j’ai dû chercher les samples pour 95% des morceaux de l’album, on a dû en faire une cinquantaine, je surveillais de façon minutieuse le mixage, mastering etc… »

Il est finalement sorti le 27 avril 2015 en physique. Qui est à l’origine de cette initiative ?

Gwenzel : Nabil d’Addictive Music nous a contacté après avoir écouté l’album, et ne comprenait pas qu’il ne soit jamais sorti en version CD et s’est donc montré intéressé, je ne vous cache pas qu’on était surpris alors on lui a donné carte blanche.

« Notre expérience aurait dû nous protéger de tout ça, à croire qu’on n’a jamais appris de nos erreurs. »

Y’a-t-il des objectifs clairs en termes de vente, et s’agit-il d’un retour potentiel du duo Futur Proche sur la scène rap ?

Gwenzel : On ne s’est jamais fixé d’objectif de vente, on n’a pas cette prétention. Le seul critère est de s’y retrouver par rapport à l’investissement. Pour un retour du groupe, j’en doute fortement, j’aime ma vie actuelle et gérer une pseudo carrière musicale n’y a plus vraiment sa place.

Nous l’avions chroniqué à l’époque et vous avions interviewé. A l’époque, vous misiez beaucoup sur ce projet ?

Gwenzel : Oui mais à l’époque on venait d’intégrer pour la énième fois un nouveau label, mais on a vite déchanté, car comme les précédents c’était une structure qui n’avait sûrement pas les épaules pour gérer plusieurs artistes… Je ne suis pas là pour me plaindre ou désigner des fautifs, on est les seul à blâmer, on ne peut s’en prendre qu’à nous-mêmes. On savait qu’on n’était pas des artistes phares ni leur priorité. Notre expérience aurait dû nous protéger de tout ça, à croire qu’on n’a jamais appris de nos erreurs. On a conscience d’avoir été attiré par la facilité et le confort, on a souvent cru à tort qu’en rejoignant une structure « reconnue » on aurait seulement à gérer le côté artistique.

Il y a quand même de sacrés noms sur ce projet, autant de rappeurs (Swift Guad, Sear Lui-Même, Salif, Nakk…) que de beatmakers (XFA7, I.N.C.H, Noname, Crown, Mani Deiz… ). Aucun d’eux ne vous a poussé à sortir le projet convenablement à l’époque ?

Gwenzel : Pour la plupart ils avaient déjà leur carrière à gérer, avec leurs lots de difficultés, en quoi ils auraient eu le temps de s’occuper également des nôtres ? Après, les seuls qui suivaient vraiment le déroulement de la production du CD étaient Kapa, Kroksy et les gars d’ATK.

Aviez-vous quand même eu des retours sur cette sortie en catimini ?

Gwenzel : Pour ma part, non, mais j’ai conscience de notre relatif anonymat… Mais le rendu final me plait beaucoup, j’en reste très fier. On a toujours cette impression d’avoir eu l’effet d’un coup d’épée dans l’eau, mais ça reste une question d’ego et d’orgueil.

Entre la version en ligne gratuite de 2013 et la version physique de 2015, la tracklist n’est plus la même. Une piste en plus « Dis-lui toi », et surtout un deuxième CD regroupant vos meilleurs morceaux, issus de votre premier album, de différentes compilations et certains inédits. Comment s’est effectuée la sélection ?

Gwenzel : Le morceau « Dis-lui toi » fut enregistré à l’époque où on travaillait l’album avec le Roumain, c’était à la base un morceau solo de Justine qu’on a rencontré par l’intermédiaire de ce dernier. Le feeling passant très bien il fut décidé de faire cette version avec nos parties « rap ». Par la suite, nos morceaux furent abandonnés pour repartir sur de nouvelles bases, il fut le seul survivant. Et pour la sélection, c’est Nabil qui a eu « carte blanche », on peut dire qu’il connait bien notre parcours donc il avait une légitimité et un recul nécessaire pour faire la sélection.

La pochette n’est pas la même. Pourquoi avoir changé le visuel, et est-ce le même auteur ?

Gwenzel : Personnellement, j’aimais beaucoup la première car j’y avais consacré énormément de temps afin qu’elle ressemble à celle que j’avais dans la tête, mais force est de constater que la nouvelle plait beaucoup plus…

« On a essayé à plusieurs reprises de retravailler sur un album avec Markus & Kroksy. Dès la première séance studio, j’avais cette impression de ne plus être à ma place et j’ai préféré ne pas donner suite… Je n’ai plus l’énergie nécessaire pour m’y remettre. »

« ‘’Les ailes brûlées’’ c’est un bon titre, y’aura pas d’autre album… » Tu nous confirmes ?

Gwenzel : Pour ma part, oui… Malgré ça, il y a peu on a essayé à plusieurs reprises de retravailler sur un album avec Markus & Kroksy. Dès la première séance studio, j’avais cette impression de ne plus être à ma place et j’ai préféré ne pas donner suite… Je n’ai plus l’énergie nécessaire pour m’y remettre.

Quel bilan tirez-vous chacun l’un et l’autre de votre carrière rapologique ?

Gwenzel : J’ai énormément appris sur moi-même et sur ce milieu. Markus le dit dans un morceau, au début on voulait juste apparaître sur une mixtape (l’époque des cassettes) puis petit à petit on a vu les choses en plus grand, donc avoir pu aller au bout est déjà formidable.

Des regrets ? Des bons souvenirs ?

Gwenzel : J’ai de très bons souvenirs studio à Boulogne avec 6ème Aks, Moebius, H-10Streekt, de super rencontres, également avec Exs & Salif avec qui on a pu avoir de longues conversations, ATK (mes idoles je ne m’en cache pas), Kapa & Kroksy, Konea, Seär Lui-Même etc… L’enregistrement du morceau et le clip de « Corde Raide », tous les MC’s ont joué le jeu de façon parfaite. Pour les regrets ? Oui et non, on se dit qu’on aurait toujours pu faire mieux, ce qui est le cas pour nous. J’aurais juste aimé savoir ce que c’est d’avoir une exposition plus importante pour défendre un de mes projets.

Quel avenir pour Gwenzel ? Markus ?

Gwenzel : Je ne sais pas, on verra…. Mais rester à  l’écart me convient très bien.

Un mot de la fin ?

Gwenzel : Merci pour le temps accordé à notre modeste projet.

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