Chronique : Clear Soul Forces – « Fab 5 »

Fab 5. Comme Fabulous 5, les 5 fabuleux. Soient les 4 membres de Clear Soul Forces (E-Fav, Noveliss, L.A.Z. et Ilajide) épaulés par le producteur Nameless.

Fab 5 c’est le nom du nouvel album de Clear Soul Forces, qui revient tout feu tout flammes en mai 2015, après les succès de Detroit Revolution(s) (2012)  et Gold PP7’s (2013). Fab 5 c’est aussi le surnom des 5 joueurs majeurs de l’équipe de basket des Michigan Wolverines, restée aux portes du titre national universitaire en 1992 et 1993. Une équipe mythique. Quel rapport ? Le Michigan bien sûr. La fougue aussi. Et le talent. 5 mecs arrivés jeunots en 1991 et qui jouent le titre national un an plus tard. 5 musiciens dans un environnement sinistré qui entendent bien perpétuer la tradition hip-hop de la région et de la ville de Détroit. Voilà pour l’analogie.

Issus d’une ville qui se meurt, criblée par les dettes, anéantie par la crise, on pourrait s’attendre à un contenu dark, austère de la part des gars de Motor City. Il n’en est rien : samples soul comme un clin d’oeil à Motown, quelques influences jazzy qui rappellent A Tribe Called Quest, une ou deux  productions légèrement planantes à la Pharcyde ou à la ATliens d’Outkast, samples de Biggie…

C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. L’adage de cet album ? Clear Soul Forces a ressorti les gamelles des années 90 pour nous mijoter ce Fab 5. Ce ne sont certes pas les premiers à jouer les retours en pleine Golden Era actuellement. Aux USA comme en France, les exemples se multiplient, Joey Bada$$ en tête. Les larrons du Michigan n’en sont pas non plus à leur coup d’essai, le hit Get No Better sorti en 2012 , est là pour nous rappeler que le goût de Clear Soul Forces pour la décennie 90 n’est pas nouveau.

Mais la force de cet opus, c’est qu’on a l’impression que les bonhommes du Michigan ont puisé dans différentes influences, pas seulement dans le boom-bap new-yorkais par exemple. Et le son de Clear Soul Forces n’est pas uniquement calqué sur des reliques d’avant le nouveau millénaire. Sur « Kaboom » ou « 100% » on pourrait croire que ce sont feu J-Dilla ou Black Milk, héros de Détroit version années 2000 qui se sont collés à la production.

« On ne recréera pas les nineties » déclaraient-ils en 2013 chez nos confrères de Now Playing Mag. Non, les nineties, ils en prennent la substance, l’enrichissent d’inspirations plus récentes, travaillent, ajoutent leur touche. Ce mix permanent est bien illustré par l’excellent « BPSWR », une ode au hip-hop boom-bap dopé à la sauce Clear Soul Forces et leur « BackPackerSubWooferRap ». Kézako ? Un alliage entre un rap de « backpacker », authentique, conscient et la puissance du son que tu balances pour cruiser dans ta caisse et qui va te retourner le diaphragme.

Pour te stimuler les tympans, c’est Nameless comme nous l’écrivions plus haut, qui s’est attelé à la production. Ilajide s’éloignant des consoles, tables, séquenceurs et platines pour se concentrer sur l’écriture et le rap. Le temps de cet album ? On ne le sait pas encore et on espère le revoir au beatmaking, même si Nameless nous livre des instrus de très haute qualité et nous fait presque oublier qu’il est seul à travailler le sujet. Une volonté certainement commune, tant Nameless et Clear Soul Forces sont proches depuis quelques années.

Et puis Clear Soul Forces a des choses à cracher autrement que par le son. Quatre MC’s, c’est quatre timbres de voix différents, quatre manières de dire les choses, parfois de clamer l’injustice. Sur  « Gamma Ray » par exemple, chacun vient rapper son dégoût dans des Etats-Unis où les afro-américains tombent trop souvent sous les balles de la police : « In the ghetto (…) In The Suburbs (…) Worldwide driving while black :  it don’t matter where you go, it don’t matter what you do, even if you’re in a Benz, you’re just another nigga, in a coup' »*. L’amalgame, la persécution, l’oppression sont autant de concepts décriés tout au long de cette écoute, en écho aux balles dont ont été victimes Trayvon Martyn, Michael Brown ou plus récemment Freddie Gray à Baltimore.

Pas de surprise, les rappeurs sont souvent des dénonciateurs, et heureusement. Certains dénoncent mieux que d’autres. Que ce soit par la complexité des rimes, le rap, la production, cet album se situe dans cette veine. Quelques pépites, un album cohérent et beaucoup de fraîcheur. Tout juste regrettera-t-on de ne pas voir sur cet album la présence du morceau « Claire » sorti il y a deux mois sur l’EP Cheat Codes.

En tous les cas, Fat Beats ne s’y est pas trompé en signant Clear Soul Forces. Fab 5 pour 5 jeunots qui bousculent le game ? Pari réussi.

*traduction : « Dans le ghetto, dans les belles banlieues, dans le monde entier, et que t’es au volant, peu importe où tu vas, ce que tu fais, même dans une Benz, tu restes un nègre dans un sale coup/dans un coupé »

Pour vous procurer Fab 5 ça se passe ici ou chez n’importe quel bon disquaire.

Date de sortie : 4 mai 2015 (France) 28 avril 2015 (USA) // Label-distribution : Fat Beats – Differ-Ant

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.

Partagez:
  •  
  •  
  •  

Commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *