Chroniquer un album du nom de “Ricky Martin”, c’est se trouver dos au mur face à ses pires angoisses. Le titre en dit beaucoup, et trop peu. Inquiétant, sentant le foutage de gueule, on en vient à se questionner : “Mais pourquoi un rappeur donnerait-il un nom pareil à son album ?”. Puis on connaît le rappeur derrière ce nom ridicule, Goune, et on se rappelle qu’il fait partie du label CMF. Alors on parvient à un nouveau stade, et sans vraiment que l’on ait perçu le mécanisme psychologique à l’oeuvre en nous, on passe les fameuses étapes du deuil une à une : du choc au déni, puis viennent la colère et le marchandage, la tristesse, la résignation avant l’acceptation et la reconstruction. C’est n’importe quoi, c’est un gros délire, et c’est la chronique d’une écoute dont on ne sort pas indemne.

Première étape : le choc.

“Ricky Martin”, un goût de vida loca qui restera amèrement dans la tête de tous les adolescents des années 90. Cet album sonne comme une piqure de rappel : “Tu avais essayé d’oublier le latino avec sa gueule de con ?! Goune vient te le remettre en tête.” C’est donc avec une certaine appréhension que l’on télécharge l’album. Quelques minutes et l’écoute est lancée… Et là, c’est quoi ce bordel ?! Où sont les rythmes latinos sur lesquelles on va pouvoir emballer de la minette ?! Le titre est mensonger, ça parle des mamans (pas en bien), ça parle de drogue (plutôt en bien), de politiciens (pas en bien), de pipi-caca (plutôt en bien) et on se retrouve dans un état de confusion extrême. Bordel, on est choqué, sidéré !

Deuxième étape : le déni.

Le déni commence par le classique “Mais putain, c’est pas vrai quand même ?!” On a du mal à imaginer ce qui est passé par la tête de Goune pour pondre un délire pareil. On essaye de revenir à une vie normale, à chasser de sa tête toutes les paroles impures que l’on a pu entendre, à oublier les phases du son “Human Centipède” et cette image de Martin Aubry chiant dans la bouche de Jean-Luc Mélanchon. Mais c’est trop tard, et la réalité est si difficile à accepter qu’on la fuit. Merde, où est le rap français qui chante la paix, l’amour et la joie de vivre ? Quel est cet univers de sexe, drogues et rap français aux couleurs satanistes ?! Bordel, c’est pas ça qu’on veut, on veut des gens qui sont Charlie et qui marchent ensemble main dans la main. Goune, qu’est-ce que t’as fait ?!

Troisième étape : la colère et le marchandage.

On se dit : peut-être qu’avec une quantité suffisante de drogues, ça passera mieux. On tombe sur le son “LSD”… En fait, c’était pas une bonne idée… Mais Goune, t’as bien invité des copains pour rééquilibrer la balance ? Ramener un peu de paix et d’amitié dans cet univers dégueulasse que tu décris? Non ! Ah si, qui ? Vald sur le son “Mon insolence”… Ok pour retrouver la paix et la sérénité, il y a mieux que le petit blondinet shooteur de ministres et autiste d’Aulnay-Sous-Bois quand même. Ton acolyte Bazoo ? Il est dans le même délire, et puis si tu ajoutes Stick pour faire “Les trois fromages”, on a du mal à voir comment on va se sortir de la merde noire dans laquelle tu sembles aimer te vautrer. Sérieusement, même quand tu fais un sons pour tes potes comme “CMF”, on arriverait presque à y voir une forme d’apologie de la  consanguinité. Tout est malsain dans cet album. D’ailleurs, inviter la Droogz Brigade, Omerta-Muzik, La Diasporap, Parazit, puis Famas, Youss, PX et Polska, sur un putain de son comme “Finest 31’s”, à part pour essayer de prouver que oui, définitivement, le rap toulousain sombre progressivement dans la folie pure et est magique, pourquoi t’as fait ça ?! Pourquoi t’as pas fait de la poésie bordel ?! Pourquoi t’as foutu ton album en téléchargement gratuit, t’as vraiment envie que les gens l’écoutent? BORDEL, on n’appelle pas son album “Ricky Martin” quand on a envie que les gens l’écoutent ! Goune, tu me donnes envie de pleurer !

Quatrième étape : La tristesse.

Aucune réponse à toutes les putains de questions existentielles que l’on se pose. On parle tout seul à son putain de PC, et comme une fiotte on se met à pleurer… On se rappelle notre enfance, l’époque où on écoutait du Nirvana. Aujourd’hui on écoute Goune qui se fait une petite reprise de la mélodie de “Smells like teen spirit” sur le son “Une vie volée”. On kiffe, parce que ça fait quand même plaisir. Mais c’est un plaisir teinté de tristesse. Mais Goune,  pourquoi CMF t’a laissé faire ça ? Pourquoi cette interlude avec la voix nasillarde de Pedro pue l’ironie ?! Pourquoi les prods sont géniales et tu t’amuses à dire des trucs atroces ?! Poser exclusivement sur ses propres instrumentales, c’est un peu de la masturbation non ? On remerciera I.N.C.H. et NaDaDrop de te tirer un peu de tout cela. Le rap est avant tout du partage ?! Non ?! Parce que cet album est quand même loin d’être répétitif et garde une grossse énergie tout du long. Mais c’est comme si tu t’en foutais, comme si tu n’en avais fait qu’à ta tête…

« Le rap manquait d’enculés, bah nous on t’en rajoute » Goune – CMF

Cinquième étape : La résignation.

Alors on se résigne. C’est ça le rap ?! C’est ça la vie : “lécher des mamelles”, insulter les gens de “Fils de Pute”, rouler en “Twingo” ? Rien de plus ambitieux à se mettre sous la dent ? On hésite entre se tirer une balle, se caler un buvard, aller faire la fête ou bien baiser la mère d’un pote. En fait, on se rend compte qu’on peut faire tout cela en même temps. La vie a-t-elle encore un sens après avoir écouté cet album ? Ricky Martin peut-il détruire une vie?  Ricky Martin est-il Dieu ou le Diable ? La vida loca, c’est ça mec? ! On en a marre, on exulte, on s’endort et on espère ne jamais se réveiller.

Sixième étape : L’acceptation.

Finalement, on commence à comprendre. Oui, cet album oscille entre la déclaration d’amour et les fantasmes d’un pervers sexuel détraqué qui vomit sa haine de la société. Si on passe le côté complètement barré de l’album, on comprend que le fond n’est pas dénué de sens et qu’il y a une véritable recherche. Bien sûr, il n’y aucun fil conducteur et les délires s’enchaînent les uns après les autres, alternant parfois des sons plus calmes et plus pesonnels comme “Vie volée” et des sons plus barrés comme “J’innove ap” ou “G.O.U.N.E.”. Mais techniquement, il n’y a rien à reprocher à un album où Goune s’est fait plaisir, et on y sent le gros kiff. On pourra même regretter de ne pas avoir lâché le billet pour cet album qui l’aurait bien valu. Tant pis, on mettra le billet dans de la drogue ou on ira aux putes parce que c’est ça l’acceptation. Puis, on se dit qu’un peu de thunes aurait pu servir à payer une thérapie de groupe à CMF, mais qu’en fait on s’en fout. Parce que c’est bien comme ça.

Septième étape : La reconstruction.

Le retour à une vie sociale normale est-elle encore possible ? Sous LSD, la réponse est clairement non, mais la descente à la suite de l’album est gérable. Cet album fera rager les adeptes du rap conscient et les puristes, mais si on accepte de rentrer dans le délire, c’est difficile de ne pas kiffer le truc. Rien que le titre devrait pousser n’importe qui à écouter cet album. On n’oubliera pas d’affirmer, pour boucler la boucle, que “Pourquoi Ricky ?” est le dernier titre de l’album (sans compter les deux bonus), et que ce morceau éclairciera un peu la chose pour permettre de se reconstruire et enfin imaginer un avenir radieux, loin des références à Human Centipede…

Bordel, j’était content quand ça s’est terminé, alors j’ai vomi. Si toi aussi tu en as envie, télécharge l’album ici et fais-toi plaisir. C’est à ne pas mettre dans toutes les oreilles…

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