Il y a dix-huit ans, presque jour pour jour, sortait l’un des albums les plus célèbres du rap français : L’école du micro d’argent du groupe IAM. L’album certifié Disque de Platine (le chiffre de 1 600 000 est avancé) est un classique qui traverse les époques. Il fallait donc marquer cet anniversaire, et sur lebonson.org, on a décidé de tenter de résoudre l’un des plus grands mystères du rap français.

Le douzième titre de l’album s’appelle : « Un bon son brut pour les truands ». Dans ce titre, le second couplet de Freeman est devenu mythique. On sait à quel point les membres d’IAM sont souvent vantés pour le sens et le soin apportés à leurs lyrics. Or, Freeman se permet à sa troisième mesure une phrase des plus mystérieuses : « Fixe ou je te mystifie comme un Twix ». Cette phase aurait pu passer inaperçue, mais c’était sans compter sur la facétie des auditeurs du groupe qui vont lui accorder une célébrité qu’elle n’aurait peut-être jamais dû avoir. Au premier abord incompréhensible, nombreux sont ceux qui tenteront d’en donner une explication, mais même les confrères du site RapGenius cherchent encore, et depuis le 18 mars 1997 le mystère demeure.

Alors, de l’explication la plus mystique à la plus sensée, nous nous sommes décidés à vous en fournir quelques-unes. Sans prétention aucune, simplement pour rendre hommage à tous ceux qui se creusent la tête à chercher des explications sur cette fameuse phase.

La menace

« Fixe ou … » Avec cette formulation, Freeman se place clairement dans le registre de la menace. « Fixe ou bien tu auras à faire à moi » en quelque sorte. Et dans ce contexte, le verbe « mystifier » pourrait prendre un sens qui se rapprocherait de « détruire », ou bien « vaincre ». Et il est vrai que vaincre un Twix n’est pas quelque chose de compliqué en soi. En outre, il est tout à fait possible que Freeman soit un grand amateur de Twix, réputé pour les dévorer tel un Manimal. Et dans ce cas, « vaincre » un Twix serait peut-être encore plus facile pour lui que pour le commun des mortels.

Pierre, feuille, ciseaux

Le slogan publicitaire de Twix, dans les années 90, était « Deux doigts coupe faim », en référence aux deux barres chocolatées présentes dans un emballage de Twix. Ce que veut nous expliquer Malek, avec cette phrase, c’est qu’il est peut-être capable de « mystifier » avec un simple geste du ciseau avec l’index et le majeur. Mais reste toujours cette incertitude sur le sens à mettre sur le verbe « mystifier ». 

Assonances et allitérations

Pour rappel, avant d’être MC Freeman officiait sous le pseudonyme de Malek Sultan, et était danseur au sein du groupe IAM. Ses premiers textes ont été écrits alors que Chill et Jo se trouvaient en pleine finalisation de la première mouture de L’école du Micro d’Argent à New York. Soucieux de les impressionner, il a peut-être voulu multiplier les assonances en -ix, au point de perdre le contrôle de sa plume, l’amenant à produire sa punchline la plus célèbre. Ce qui représente une belle performance pour un premier couplet. 

Illusion d’une unité

La phrase « Fixe ou je te mystifie comme un Twix » se comprend en référence au problème de la dualité et de l’unité dans la métaphysique occidentale. Tout d’abord, Freeman engage l’auditeur à porter attention à sa personne et à sa musique par l’impératif « fixe », menaçant de « mystifier » celui qui ne le ferait pas. Sauf que Freeman ne donne pas de détails et ne développe pas sur la manière de le faire, se contentant d’une comparaison avec un « Twix ». Là encore, rien de mystérieux, la référence est claire et s’appuie sur l’étonnement du néo-consommateur de Twix qui, lorsqu’il ouvre le paquet, trouve non pas un, mais deux biscuits. Trompé par ses yeux et l’apparente unité du paquet, celui qui l’ouvre pour la première fois aura l’illusion d’un seul biscuit et sera donc mystifié par le Twix. Le Twix a donc bel et bien un pouvoir mystificateur, donnant l’illusion d’une unité alors que l’on est en présence d’une dualité. Freeman veut donc souligner qu’il est capable de plonger dans l’illusion et l’étonnement celui qui ne le regarde pas. Il faudrait alors spéculer sur les moyens dont il dispose pour réaliser son dessein, car il est toujours resté secret sur la manière avec laquelle il souhaitait atteindre son but. Gageons cependant qu’il s’agissait d’une simple menace et que Freeman, n’ayant jamais réellement eu l’intention de mystifier quelqu’un, n’y a pas pensé. 

La légende

Tout commence en 1185, lorsque l’ordre des Templiers décida de détruire le monde avec le gluten. Mais pour cacher l’horrible poison, un mystérieux prêtre de l’époque, connu sous le nom de Menzo, inventa un produit resté célèbre par la suite : le caramel. Malheureusement, le projet des moines n’aboutira jamais pour des raisons restées occultes (même si l’on parle surtout d’une sombre affaire de contrat non signé). Cependant, cette histoire de gluten camouflé par le caramel traversa les époques, jusqu’à se retrouver sur les papilles gustatives d’un certain Freeman, obscur danseur d’un non moins obscur groupe de musique afro-américaine local. Abasourdi par ce goût merveilleux, il se précipita dans la bibliothèque la plus proche et interrogea les historiens les plus célèbres et les plus érudits tels que Jacques Le Goff ou encore l’immense Stéphane Bern. Il devint donc l’un des rares à connaître la légende du Twix, qui est donc en réalité une arme redoutable mystifiée par un goût délicieux. C’est de là que vint la lumière et que se mit en marche la muse du plus grand écrivain depuis Otis, le célèbre script de Numérobis. Et la première phrase qu’il écrivit est en réalité une sublime métaphore sur le coût de la survie dans ce bas monde, et notamment le ter-ter. 

On laissera au lecteur le soin de se faire une idée. Il y a une infinité d’explications possibles, seul Freeman connaît la vraie. En dira-t-il quelque chose un jour ? Au fond, on s’en moque bien : un magicien ne révèle jamais ses secrets. On se consolera en mangeant des Twix et en écoutant du son de la planète Mars. Aucun doute, ça repart !

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