Pour ses 20 ans, Joey Badass a décidé de sortir B4.DA.$$son premier album*. Incontestablement l’une des sorties les plus attendues de 2015. Au rythme des mixtapes et featurings à la saveur très East Coast, le MC a créé une vraie frénésie ces 3 dernières années. Fin 2014, il balançait quelques fulgurances de son futur album histoire de maintenir la pression (Big Dusty, Christ Conscious, N°99…). En live, le garçon se dépense. C’est certain, cette sortie ne pouvait être qu’une bombe… Nos sensations après quelques écoutes.

En découvrant ce B4.DA.$$, le premier réflexe est de vérifier la tracklist. Oui les singles annoncés sont bien là. Le monstrueux et très new-yorkais « Christ Conscious », le lancinant « Big Dusty », ou encore « N°99 » qu’on croirait sorti d’une vieille tape de 1992 retrouvée dans ton grenier. La crainte de certains, dont je faisais partie, était d’avoir entendu le meilleur de B4.DA.$$ avant sa sortie et d’être peu surpris par le kid de Brooklyn.

Certes, le « Check my style, ch-ch-check it out » de « Big Dusty », produit par le pote de longue date Kirk Knight résonnera toujours dans nos têtes. Et La richesse des six ou sept morceaux déjà sortis suffirait à créer un fond d’album plus que correct pour bien des artistes. C’est peu de le dire.

Mais ne tergiversons pas, ce que réussit le porte-drapeau de l’écurie Pro Era, c’est d’apporter de nouveaux plaisirs. Exemple ? La troisième piste de l’album, « Paper Trail$ ». Forcément quand le maître DJ Premier pond une production aussi bonne ça aide. Surtout que les deux compères en profitent pour faire des références à leur premier carton ensemble Unorthodox (2013), comme pour mieux raviver nos souvenirs. Et y joignent une petite référence à C.R.E.A.M. du Wu, pour contenter les doux-dingues de NYC. On ne va pas aller jusqu’à dire que Badass est un expert du marketing, mais entamer son album avec une prod de Primo, des références à ses premiers succès et au Wu, c’est futé. Mais tellement bon. Rajoutez-moi un hot-dog le temps que j’aille enfiler mon maillot de Patrick Ewing**.

« Like Me », sur une production agréable du regretté J Dilla, et des Roots, permet de mettre en valeur BJ The Chicago Kid, sur un des morceaux les plus posés de cet album. Posé toujours est « Belly Of The Beast » avec le jamaicain Chronixx. Sans doute pas le meilleur morceau ici, mais très cohérent dans un ensemble un peu dark.

Fast forward sur l’excellent « Big Dusty » qu’on a déjà évoqué, et Kirk Knight sublime quelques notes de piano sur « Hazeus View ». Si un Badass touchant y cherche son chemin grâce à la « Haze » (variété d’herbe), il n’a pas perdu son flow.

And we probably share a trait or two
But I can’t see what I can’t relate to
Hey Jesus will I ever get to see you through my Hazeus View? – Hazeus View

« On partage probablement un trait ou deux
Mais je vois pas en qui je peux me reconnaître
Hey, Jésus, vais-je finir par te voir à travers ma vision enfumée »

Puis on tombe sur un magnifique enchaînement, un fabuleux triptyque. « N°99» nous réveille d’abord avec ses percussions agressives, sa basse inquiétante, et ce simple gimmick qui nous excite en concert « What’s my name, what’s my name ? Badman, Badman ». On  poursuit sur le déjà évoqué « Christ Conscious », puis « On & On », dédié aux regrettés Capital STEEZ, fondateur de Pro Era, et à son cousin Junior B, décédé pendant sa dernière tournée.

« Escape 120 » surprend un peu, avec des beats qui partiraient presque sur des rythmiques Drum&Bass si on lâchait un peu les chevaux. On retrouve d’ailleurs ces beats saccadés sur « Teach Me » en bonus track. La belle mise en valeur sur « Escape 120 » est pour Raury, vu notamment en tournée avec Outkast, qui nous livre un dernier couplet tout en rapidité. Si je n’avais pas été voir quelques vidéos du garçon sur le net, j’aurais cru que la voix du MC avait été accélérée.

On accroche malheureusement moins sur « Black Beetles », ou « OCB », pourtant bien exécutés. Il leur manque peut-être un soupçon de génie auquel on s’est habitué avec le Big Poppa $wank et sa clique. « Curry Chicken », produit par son pote de tournée Statik Selektah et déjà entendu il y a quelques semaines, n’emballe pas tant que ça. Il faut dire qu’on attendait beaucoup des deux amigos qui avaient mis la barre très haut avec le morceau « Bird’s Eye View » en 2013. Heureusement le producteur de Boston nous rappelle ses qualités avec le bonus « Run Up On Ya » , et une basse ronde et bien chill, qui nous maintient encore un peu plus dans les années 90. Le refrain chanté n’est pas étranger à cette ambiance non plus. Ah oui, Action Bronson s’invite aussi sur ce track. Histoire de.

Pour conclure, on peut dire qu’on  trouve sur cet album une atmosphère pas toujours joyeuse, et si Badass semble s’éclater à faire du son, on sent un jeune MC qui est déjà marqué par les épreuves de la vie et qui nous livre pas mal de choses de son for intérieur. C’est beau de sincérité, et bon d’éxécution. On attendait beaucoup de ce B4.DA.$$ et on a bien fait.

Ça sent la Golden Era et la East Coast à plein nez, comme sur les mixtapes 1999 ou  Summer Knights. Tant mieux, on aime ça. Volontaire ou non de la part de Joey Badass et ses producteurs, ce qui est certain, c’est que c’est efficace. Et si la plupart des meilleurs morceaux étaient déjà connus, cette sortie a su nous réserver de nouvelles satisfactions, « Hazeus View » et « Paper Trail$ » en tête.

*à prononcer « before da money »
** basketteur culte des New-York Knicks, dans les années 80-90.

Pour vous procurer B4.DA.$$ , ça se passe ici.

Date de sortie : 20 janvier 2015 // Label : Pro Era

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