Un peu à la manière de notre Top 10 2014 en rap français, nous avons listé puis voté pour nos titres US préférés de l’année qui vient de se dérouler. Là encore, aucune prétention à l’exhaustivité dans cette sélection, juste le reflet des sensibilités de chacun.

#10 L’Orange feat. BLu – Need You

On a aussi craqué pour des sonorités plus douces, parfumées et abstract. « Need You » est un morceau issu du très bon projet « The Orchid Days » de L’Orange & BLu. L’Orange c’est avant tout de très bons projets instrumentaux, très peu de featurings, mais toujours très bien choisis. L’Orange c’est aussi un autre art de manier le sample, de choisir la mélodie et de la manipuler de telle sorte qu’elle restera à jamais gravée dans ton esprit. Chez L’Orange, le jazz et la soul sont toujours à l’honneur et merveilleusement mis en avant. Pour ce morceau l’artiste s’accompagne du talentueux MC BLu (avec qui il a déjà travaillé sur l’album « The Mad Writer »). Justement sur tout le projet « The Orchid Days » l’artiste s’est associé avec des MC’s et des chanteuses qui ont su s’adapter et modeler leurs voix et leurs flows à son univers si particulier fait de son, de matière, de vieille histoire, de vinyle qui grince, de joie et de peine, même la tristesse est belle à écouter avec L’Orange.

BLu est un rappeur californien qu’il est inutile de vous présenter, il a su se construire au fil des dix dernières années une solide réputation dans le milieu du rap underground. Si on le retrouve régulièrement dans les projets de L’Orange, c’est peut être par ce que son flow qui est naturellement dénué d’agressivité, se transforme en caresse à la rencontre du talent du beatmaker. La composition est parfaite, « Need you » c’est de la délicatesse en musique, un joli bouquet de fleurs du bitume. Et oui, qui à dit que le rap ne pouvait pas être romantique ? [rédactrice : Solene]

Lire aussi : la chronique de “Good to be home” de BLu

#9 Apollo Brown & Ras Kass – 48 Laws pt 1

C’est souvent dans le train que je découvre les morceaux qui vont accompagner mon année. Et c’est justement vautrée sur ma banquette quatre places, que j’ai su apprécier pleinement ce morceau d’Apollo Brown et Ras Kass. « 48 laws pt1 » a ce sample tellement bien choisi (“Outside Woman” de Betty Wrighy) qui vient t’agripper la nuque dès les premières secondes. On pourrait le comparer à ces grosses gouttes de pluie qui viennent s’écraser sur la vitre du train et se déporter vers l’arrière par la vitesse, dégoulinantes et s’étalant à l’horizontale. Les beats du natif de Détroit viennent s’étendre de la même manière le long de ta colonne vertébrale.

Voilà, après cinq albums collaboratifs et un projet de tournée avec Ugly Heroes, c’est ce morceau qui selon nous se détache le plus de l’album. Bien sûr l’ensemble reste 100% certifié boom bap, c’est ce qu’on aime chez Brown. Mais ce qu’il faut aussi retenir du résultat final de ce très bon morceau est avant tout la combinaison entre un beatmaker ultra talentueux et la forte personnalité des textes de Ras Kass, sa voix râpeuse mais agréable et un parti pris sombre et anti-politique. L’artiste nous offre ici un portrait peu idyllique du milieu du rap game et nous propose ses conseils, et ceux de Tupac au passage, tout en s’inspirant aussi de « 10 crack commandements » de Biggie. Un texte pour se frayer un chemin vers la gloire (ou le pouvoir au choix). Pour découvrir le reste de l’album, je te conseille en toute objectivité d’aller mater la meilleure chronique sur le sujet ici. [rédactrice : Solène]

#8 Freddie Gibbs & Madlib – Knicks

Sorti en mars, le projet commun de “MadGibbs”, Cocaïne Piñata, est issu d’un travail de longue haleine réparti sur trois années, parsemé des sorties de trois EP’s. Le résultat en valait la peine. Le morceau intitulé “Knicks” résume une décade, deux périodes distinctes de sa vie que le MC a choisi d’introduire à travers deux périodes de l’histoire des New York Knicks. Le texte transpire l’asphalte, et le flow de Gibbs se déroule sur un sample de The Ovations, utilisé par Madlib avec brio, créant un mélange plus que savoureux. Le MC décrit le projet en lui-même comme relevant du “gangster blaxploitation film”. “Knicks” en est la preuve formelle, en terme d’ambiance et de rimes, on baigne en plein dedans. Il est à noter qu’un remix est disponible, avec Action Bronson, Joey Bada$$ & Ransom. Espérons que cette vibe en inspire plus d’un l’an prochain et que plusieurs projets de la même carrure voient le jour, mes oreilles en redemandent ! [rédacteur : Adrien]

Lire aussi : On a vu Freddie Gibbs à la Bellevilloise

#7 ScHoolboy Q – Break the bank

Propulsé par le retentissant Man of the year, Oymoron, troisième album de ScHoolboy Q et premier chez Interscope, a certainement été l’une des sorties phares de l’année. Un album qui ne pouvait pas échapper à notre bilan, et c’est “Break the bank” que nous avons choisi de mettre à l’honneur. Sur une merveille de production de l’inusable Alchemist dont la ligne de batterie est certainement à l’origine de nombreux cassages de nuques, le germano-angeleno distille sa verve tantôt avec agressivité durant les couplets, tantôt avec mélodie lors des refrains, avec ce fameux « ladadadidooo » aux effets lobotomiques très efficaces. Emballez le tout et vous avez six minutes de l’un des points d’orgues d’Oxymoron. [rédacteur : Xavier]

#4 ex aequo : Disciples Of The Sick feat Sick Jacken – Mind Control Warfare

Créé par Big Duke de Psycho Realm, valeur sûre s’il en est dans le milieu du hip-hop independant de L.A et qui supervise le beatmaking sur ce projet, ce collectif de sept membres au total contribue à perpetuer l’esprit “Sick Side” sur des prods dérangées et des rimes dérangeantes. Sans posséder de thématique propre, ce morceau est doté d’une energie et d’une griffe qui permet à l’initié de reconnaitre l’univers des “sickos” et au novice d’apprécier une sonorité à la teinte particulière et bien loin de la scène “mainstream” actuelle. De l’instrumental jusqu’au flows, “Mind Control Warfare” présente bien, à mon goût, la combinaison des différents MC’s qui forment le collectif, et reste remarquable par la présence du seul guest de tout l’album, ni plus ni moins que le fameux frère de Big Duke, Sick Jacken. Je ne puis que souhaiter au collectif que 2015 soit une année faste pour eux, et j’ai hâte de découvrir ce qui sera produit par la suite, tant ce premier album est de bonne qualité ! [rédacteur : Adrien]

#4 ex aequo : Nas – The season

C’est fin octobre que sort la bombe. Une bombe posée en catimini (même pas postée sur la chaine Youtube officielle du MC), mais tellement puissante qu’elle atterrit dans les 10 Bons Sons US de l’année. Un gros morceau de Nas, qui rappe sur une boucle jazzy du magnifique Jay Dilla, que l’on ne regrette qu’un peu plus. Enjouée, rebondissante, Nas en profite pour évoquer la célébrité, ses travers et la difficulté de profiter pleinement des fruits du succès. Dévoilée en exclusivité lors d’une projection à Brooklyn du film “Les guerriers de la nuit”, cette perle rapologique permet tranquillement au quarantenaire d’annoncer la sortie d’un nouveau projet prévu pour 2015. Et réparer l’absence de duo existant entre la légende qui n’a besoin que d’un micro, et la légende qui vendait du rêve et des t-shirts à son effigie avant de disparaitre. [rédacteur : Antoine]

#4 ex aequo : Vince Staples feat. James Fauntleroy – Nate

Vince Staples, le nom commence à résonner doucement dans les têtes d’amateurs de sons US. Le jeune MC de Long Beach était ces derniers mois connu pour ses apparitions auprès d’Earl Sweatshirt ou d’autres membres d’Odd Future. On pourrait aussi mentionner le récent EP du garçon en octobre, ou sa présence sur le dernier album du maître chicagoan Common cet été. Mais après plusieurs projets et mixtapes remarquées depuis 2011, c’est en 2014 que « Vince Les Agrafes » explose ta bande passante avec sa net tape « Shyne Coldchain vol. 2 ».  La raison principale ? Un « Nate » de haute facture. Superbement produit par Scoop DeVille et avec la présence de James Fauntleroy, le titre est saisissant. Saisissant parce qu’au-delà d’une instru sublime, d’un flow impeccable, d’un timbre de voix plaisant, le clip montre un kid vivant dans le chaos et dont le rêve est de devenir comme son père. Un gangsta qui fait du drive-by, tue, vend, et engrange le cash. Réalité que Vince Staples transcrit avec tristesse, et une justesse qu’on imagine peu feinte. Saisissant. C’est le mot. [rédacteur : Maxime]

#3 : Sage Francis – Make Em Purr

Issu de Copper Gone, le dernier album de Sage Francis sorti quatre ans après Li(f)e, le titre “Make Em Purr” (notre préféré) a été rajouté au dernier moment à l’opus à en croire le principal intéressé, juste avant de boucler l’enregistrement. Le célèbre MC et beatmaker canadien Buck 65 livre sur ce track une instru sombre et mélancolique au piano lancinant, prod qui a inspiré au lyriciste de Providence ce retour sur quelques moments difficiles de sa vie. “Make Em Purr”, à défaut de parler de chat, est un des morceaux les plus introspectifs de l’album et c’est le français Wasaru qui s’est occupé de l’illustrer avec un dessin animé couleur sépia en harmonie avec l’humeur ambiante. Bijou. [rédacteur : Olivier]

#2 : Joey Bada$$ – N°99

Ma première rencontre avec Badass’ a été un réel coup de foudre (le genre qui n’existe pas), ça a commencé en 2010 et ça continue de mixtape en mixtape. Pour notre sélection US 2014, on a choisi ce morceau en particulier tout en sachant que l’année  a été riche en bons morceaux, nouveaux MC’s, sorties d’albums, de clips… Mais l’artiste de Brooklyn nous a lâché sa troisième et dernière (?) bombe avant la sortie du tant attendu « B4.DA.SS », et ce morceau nous confirme une chose : cet album sera une grosse tuerie. Si l’on se fie aux dernières sorties de l’artiste, le rappeur ingère et digère le oldshool, le newshool et tout ce que tu veux. Mais à la fin, il nous recrache du Badass ! Faire du neuf avec du vieux, du vieux avec du neuf. C’est un peu sa recette, je crois.

On a pris l’habitude de voir le MC s’entourer des meilleurs comme Alchemist, DJ Premier et le grand MF Doom, et cette fois-ci c’est Statik Selektah qui signe la production de ce morceau. À noter aussi que la track repose sur le même sample que « Scenario » de A Tribe Called Quest. Quand on  regarde le clip, les premières minutes intriguent. Ça commence sur un journal télévisé et au bout de quelques secondes, on comprend quelle direction l’artiste a voulu donner à sa vidéo. La basse est oppressante, le texte et le flow énervés, et c’est accompagné des membres de Pro Era que le MC mène une révolte, mais la principale révolution que l’artiste met en images dans son clip pourrait être aussi bien celle qu’il exprime au sein de sa carrière dans le Hip Hop. Rien n’est laissé au hasard avec Joey badass, jusqu’à la date de sortie de son tout premier album, le 20 janvier 2015, jour de ses 20 ans. Si jeune et si talentueux. [rédactrice : Solene]

#1 : Action Bronson – Easy Rider

On ne présente plus Action Bronson. Qui n’aime pas ce type franchement ? Pas de prise au sérieux, un univers bien à lui, des performances sur scène qui estomaquent, un rap qui rappelle Ghostface, et une dégaine atypique en font un des incontournables de la scène hip-hop. Depuis 2011, le New-Yorkais d’origine albanaise a été intenable, sortant deux albums, deux EP, et une grosse poignée de mixtapes. L’ancien cuistot du Queens nous a mijoté une de ses meilleures recettes ici (oui je sais l’image était facile). Avec son pote Party Supplies, déjà responsable de la production de quelques tueries sur les mixtapes BlueChips 1 & 2, Bronsolino nous présente un titre complètement psychédélique. Action est complètement high, déambule en chopper dans le fin fond des States en Easy Rider 2014, tel un Clint Eastwood hip-hop à tendance rock enrichi à la bonne bouffe et aux amphétamines. Les cinéphiles reconnaîtront les nombreuses références au septième art, et apprécieront certainement comme les autres la folie de ce clip. Cette année, Action Bronson a écrasé la concurrence en 5 minutes. On se retrouve en 2015 pour ton nouvel album, chef. [rédacteur : Maxime]

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook  ou le compte twitter du Bon Son.