C’est à l’occasion d’un concert avec Ol’Kainry à Toulouse (organisé par Keep It Real et QualiDistrict) que nous avons soumis Dany Dan à l’exercice de l’interview « 10 Bons Sons ». Retour en 10 morceaux sur une discographie de plus de 20 ans.

Les Sages Poètes de la Rue – Bons baisers du poste (Musiques inspirées du film « La Haine », 1994)

« Bons baisers du postes », avec les Sages Poètes de la Rue. C’est un gros morceau pour moi, et aussi pour le groupe ! C’était la première fois qu’on faisait un morceau pour un tel projet, c’était pour la B.O du film « La Haine » de Mathieu Kassovitz. Le titre a eu un pur impact ! Hier encore j’étais en concert avec les Sages Poètes de la Rue et on a l’a joué. Il est toujours bien accepté par le public, les gens connaissent les paroles par coeur. Très bon souvenir.

Les Sages Poètes de la Rue – Un noir tue un autre noir (Qu’est-ce qui fait marcher les sages ?, 1995)

Toujours avec les Sages Poètes de la Rue, ça vient de notre tout premier album, Qu’est-ce qui fait marcher les sages ?. Sur ce morceau je n’ai pas de souvenir particulier, il s’est fait simplement. Je me rappelle de Zoxea complètement fou dans la cabine en train d’enregistrer son couplet. A cette époque on enregistrait au studio « Plus 30 », c’était nos premières expériences dans de gros studios.

Vous avez rapidement eu une image moins violente que d’autres groupes de l’époque, alors que vos premiers morceaux parlent beaucoup de rue…

On est des mecs cools. et rien que notre nom, c’est « Sages Poètes de la Rue ». On n’a jamais prétendu non plus arriver avec des fleurs. On essaie d’arriver le plus humainement possible, avec des bons et des mauvais côtés, des côtés mélodiques et aussi des côtés super durs. Un jour tu peux être cool et souriant, et un autre être fâché et avoir envie de faire sauter la Terre. On essaie juste de mettre une balance là-dedans, d’être le plus humain possible. On n’a jamais voulu rentrer dans une case, du style « Peace » ou « Hardcore ».

Les Sages Poètes de la Rue – Des voix dans ma tête (Jusqu’à l’amour, 1998)

(Il sourit) Ça c’est mon solo dans le deuxième album des Sages Poètes de la Rue, Jusqu’à l’amour. Déjà c’était un de mes premiers solos tout court, c’est peut-être la première fois que je faisais trois couplets pour un morceau à moi. J’ai été très agréablement surpris de la réaction des gens, j’avais le trac quand ce morceau est sorti. Je me demandais ce que les gens allaient en penser. Je me rappelle être passé devant un magasin Hip Hop aux Halles, et entendre ce morceau-là qui sortait justement. Les mecs étaient en train de danser dessus comme des fous. J’ai le souvenir de m’être dit : « T’inquiète pas Dany, on dirait que les mecs apprécient bien, arrête de t’en faire.« 

Sur ce morceau, il y a déjà ce fameux gimmick des phases en « -eur », ça t’est venu à cette époque-là ? (Exemple :  « Jeune papier demandeur »)

Oui c’était à peu près à cette époque-là. Je l’ai un peu plus développé que les autres, mais on faisait tous ça, aussi bien Zoxea que MeloPheelo. A cette époque-là on jouait beaucoup avec les mots, au point d’inventer des langues, comme celle des « z ». À un moment on faisait avec les « f » aussi, mais les morceaux avec cette technique-là ne sont pas sortis. Seuls les morceau avec les « z » et les « -eur » sont sortis.

Dany Dan – Ma parole (Néochrome 2, 2000)

C’était pour Néochrome 2, ils m’avaient demandé un morceau, j’avais du temps, et je leur avais balancé ça.

C’est ton classique pour beaucoup de monde, alors qu’il n’était destiné à aucun album, mais à une mixtape cassette.

Par rapport à ça tu ne peux rien faire. Dans la musique, tu proposes aux gens et ils en font ce qu’ils veulent. Des fois tu peux penser que les gens vont kiffer un morceau alors que non, et des fois c’est juste l’inverse, et tu n’y peux rien. Tu proposes, les gens disposent, et il faut savoir l’accepter. Mais contrairement à « Des voix dans ma tête », j’étais très satisfait de ce morceau, je l’aimais beaucoup. À l’époque, quand je l’ai fait, je me suis dit : « J’espère qu’il va tenir le test du temps. » Et c’est le cas, quand je le réécoute je me dis que j’aurais pu le faire récemment.

C’est un titre très imagé, avec des métaphores. Sur Wikipedia, on peut lire : « Dany Dan est l’un des MC’s français utilisant le mieux les figures de style comme la métaphore et l’image. Il est d’ailleurs souvent considéré comme l’inventeur de la punchline dans le rap français. » Es-tu d’accord avec ça ?

C’est un peu gros de dire « inventeur » de la punchline en France. Pour commencer je n’ai rien inventé, ça vient des Etats-Unis. Mais c’est vrai que j’ai été le premier à en mettre plein dans un couplet. Avant il y avait une ou deux punchlines par couplet. J’ai été le premier à utiliser ce style-là d’enchaînement de punchlines.

Dany Dan feat. Sir Doum’s – Un dingue en moi (Beat 2 Boul, Dans la ville, 2000)

C’est lequel déjà ? Dans la ville ou Dans la sono ? Ah oui Dans la ville. À une époque on avait un studio à Boulogne où il y avait tout le Beat 2 Boul, plus ou moins tous les groupes de Boulogne qui après ont faire leur chemin : L.I.M, Mala, etc. On passait nos journées en studio à enregistrer des morceaux. On était ensemble, et il y avait une sorte de compétition, un peu comme quand tu joues au foot avec ton pote. On était à fond dedans ! Quand l’un écrivait un couplet, l’autre repartait chez lui puis revenait avec un couplet encore plus fort, et ainsi de suite.

On sent que tu as influencé Sir Doum’s au niveau de la technique, vous passiez beaucoup de temps ensemble ?

Ça s’est fait très naturellement. À la base on a une similitude au niveau de nos voix qui sont un peu aigües, et il aimait bien comment je rimais. Donc naturellement on en est venu à être à côté quand on écrivait, il me posait des questions, et ça s’est fait au fur et à mesure. Après Doum’s écrivait lui-même ses lyrics, il m’a demandé quelques conseils que je lui ai donnés, et qu’il a suivis, c’est tout. C’était plus « On est ensemble. »

Quand toi tu as commencé, tu as eu quelqu’un pour te guider un peu ?

Je n’en ai pas eu, j’ai appris tout seul. C’était plus au niveau des américains. On était un peu la nouvelle école à l’époque, notre façon de rimer et de rapper était différente de tout ce qu’il y avait avant.

Oxmo Puccino feat. Dany Dan – À ton enterrement (L’amour est mort, 2001)

À cette époque les gens commençaient à beaucoup m’inviter sur leurs projets et pour moi ça voulait dire qu’ils aimaient bien ce que je faisais. Oxmo m’a invité et je lui en suis très reconnaissant parce que c’était un gros projet. Et je suis d’autant plus excité quand le mec qui m’invite est bon, ça t’incite à te dépasser.

Tu as posé deux fois avec Oxmo Puccino…

À la base, il m’avait invité pour un morceau. Mais comme on s’est bien entendu en studio et qu’une deuxième prod était là on s’est dit « Pourquoi pas enchaîner sur un deuxième morceau ? » Et c’est comme ça qu’est né J’rappe pour rien qui est sorti je ne sais plus sur quel projet mais c’était la même session (sur le maxi vinyle « Ghettos du monde » d’Oxmo Puccino sorti la même année, ndlr). Le feeling est bien passé, big up à Oxmo.

Les Sages Poètes de la Rue – Après l’orage (Après l’orage, 2002)

Troisième album du groupe. On était contents d’être arrivés aussi loin, parce qu’il faut savoir qu’on vient de loin. C’est l’histoire de la plupart des groupes : trois amis qui commencent à chanter ensemble parce qu’ils aiment bien imiter les américains, et qui le font tellement qu’ils arrivent à en créer leurs propres trucs. Et dix ans plus tard on en est à notre troisième album, on s’appelle Les Sages Poètes, etc. C’est ça qu’on décrit.

« Après l’orage », c’est une référence au premier album (« Qu’est-ce qui fait marcher les sages, même sous l’orage…« ) ou c’est parce que vous avez vécu une sorte d’orage à un moment de votre carrière ?

C’est un mélange de tout. Pour l’anecdote, un jour il pleuvait grave et on avait une une session au studio de Jimmy Jay (pour le premier album du groupe, ndlr). On s’était fait cette réflexion en allant vers le studio : « Tu te rends compte tout ce qu’on fait pour aller chanter ?« . Au moment d’écrire « Après l’orage », on s’est rappelé de ce jour-là, quand on marchait sous la pluie.

Dany Dan – Sunshine (Poétiquement Correct, 2006)

Ce morceau-là est produit par Dave Daivery, c’était à l’époque du premier album avec Ol’Kainry et on écoutait plein d’instrumentaux. Celui-là m’avait tapé dans l’oreille et j’ai dit à Dave Daivery de me le mettre de côté, vu qu’on n’allait pas l’utiliser avec Ol’Kainry. J’étais étonné que personne ne l’ait pris avec un sample pareil, on avait les droits en plus… J’ai foncé. Tiens c’est bizarre, le titre s’appelle « Sunshine », et juste avant tu m’as mis « Après l’orage ». (sourire) Bref, j’ai voulu faire le morceau le plus introspectif possible, c’est ce que je voulais retranscrire.

Tu as peu de morceaux introspectifs dans ta discographie.

Vrai, et tout ce que je décris est vrai. Je me rappelle même avoir attendu un moment où je me sentais un peu triste pour l’écrire.

Dany Dan – Briquets et portables (A la régulière, 2010)

Je vais le jouer ce soir normalement. Pour ce morceau j’ai voulu faire un morceau pour la scène, avec de la punch’. Je me suis dit : « Donne-leur ce qu’ils attendent de toi ! Envoie-leur des punchlines encore et encore.« 

Ol’Kainry & Dany Dan – Deglingos (Saison 2, 2014)

Je crois, je suis sûr à 90% disons, que c’est le tout premier morceau qu’on ait fait pour Saison 2. On l’a fait sans forcer (rires). Cet après-midi-là on était juste supposé parler, écouter des instrus, etc. On a parlé un peu, Dave Daivery a balancé cet instru-là, et je demande à Ol : « T’as des lyrics ? » Il me répond qu’il en a quelques-uns, je lui dis que moi aussi, et on a mélangé les deux. Ça s’est fait de manière instinctive, et ça se sent, ça glisse.

Les projets à deux, comme ça, sans venir de la même équipe, n’ont que très rarement une suite. Qu’est-ce qui vous à donné envie de remettre le couvert, 9 ans après le premier opus ?

Tout simplement parce que ça s’est bien passé. Le courant passait bien, on voulait se retrouver en studio. On trouvait qu’on n’en avait pas fait assez, et comme on avait tous les deux du temps (lui sortait d’un album et moi aussi), on s’est lancés. C’est ce qu’on raconte : « Il ne s’agit que de rap !« 

Le dernier titre avec les Sages Poètes de la Rue date de 2012 sur l’album Tout dans la tête de Zoxea. Vous continuez à enregistrer des morceaux ensemble ?

Pour info on commence un nouvel album avec les Sages Po’. On a commencé à défricher au début de l’été, et j’espère qu’il sera sorti d’ici l’année prochaine. On va voir…

Crédit photo : Charlélie Marangé

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