C’est une réalité. Si l’on excepte Genève, le rap suisse est méconnu hors de nos frontières. Les artistes qui ne manquent pourtant pas de talent n’ont souvent qu’une reconnaissance locale. C’est pourquoi nous avons été invités à découvrir et surtout faire découvrir les richesses enfouies dans cette ville à part qu’est Bienne.

Cette ville d’une cinquantaine de milliers d’habitants est en effet connue en Suisse pour être à la croisée de deux populations, étant la plus grande ville bilingue de Suisse. Et le rap dans tout ça ? Il y tient une place forte, avec une profusion de groupes et de MC’s solo qui ne sont malheureusement pour la plupart connus que localement, ou alors qui ne dépassent pas beaucoup les frontières de la Suisse romande. Et c’est du groupe Zones A Risk, regroupant sept hommes derrière le mic (Soska, Nisma, Maldom, Systematik, Supra, Def-1 et RRD qui apporte lui une touche reggae), deux beatmakers (Subversion et Dize) et un DJ (DJ Kmr) que nous allons parler. Baignant dans le rap depuis le plus jeune âge, le crew sort son premier projet en 2011, en collaboration avec l’entourage local que nous vous encourageons à découvrir également: Nefast, Flamme Du Nord et Léz1team. Une mixtape de 21 titres, qui regroupe un nombre incalculable de MC’s et qui allie morceaux freestyles et plus réfléchis, avec en prime un invité prestigieux en la personne de Boogy, ancien membre de Soldafada. Depuis, la clique biennoise a parcouru un bout de chemin, et a sorti cette année son premier véritable album, « 2020 Primitif », disponible pour la somme de 10 francs ici. “C’est vraiment notre premier projet estampillé Z.A.R. Pour quelqu’un qui veut découvrir notre travail c’est vraiment ce projet qu’il faut écouter. Il y a juste les mecs de La Base en featuring, c’était vraiment voulu.” En plus chacun de nous pose un solo. Le résultat est un album varié. L’occasion de prouver la polyvalence du groupe, où les spécialités sont partagées. Nous avons d’un côté Nisma et Supra, spécialistes de ce que l’on peut appeler de l’égotrip, avec surtout des flows d’acrobates, de l’autre Soska, Systematik et Maldom aux textes plus conscients comme en témoignent des morceaux originaux comme « Wesh ma soeur », et finalement RRD qui a comme influence la musique jamaicaine.

L’album est presque entièrement produit par Subversion. Probablement l’un des meilleurs beatmakers suisse, extrêmement polyvalent capable d’exceller dans différentes vibes, sans nécessiter un matériel énorme. “On a eu cette chance de jamais avoir à nous démerder pour trouver des prods, puisqu’il s’y est tout de suite mis.” Subversion apporte donc différentes ambiances. Sur « Les 2 complices », la mélodie est mise en arrière pour laisser la place à de puissants drums. Dans « Ca dit quoi !? », l’ambiance est plus funky, avec un sample léger qui met en avant le BPM relativement rapide, mais également « J’aime » qui propose un sample clairement chill. Il y a également quelques prods plutôt « classiques » comme sur « Le sang des vautours », ou « A l’instinct ». “Si on peut résumer l’album, il contient nos visions des valeurs, de la société, et de ce qui fait un homme au sens large. On essaye de travailler le texte pour qu’il ait un sens. On pense que la musique est un bon moyen pour faire passer un message, mais on ne se voit pas non plus comme des moralisateurs.” Et cette idée est retranscrite sur la pochette de l’album, puisqu’on y voit les protagonistes de l’album spectateurs, sur la cover-back, observant ce qui se passe au recto. “C’est pas un album qui a été fait en deux mois. C’était important parce qu’on voulait montrer des états d’esprit différents sur tout l’album et si tu veux aller dans ce sens t’es obligé de travailler ton truc sur la longueur.”

Autre sujet abordé, la raison de la non-reconnaissance du rap suisse en dehors de ses frontières, alors que le public répond toujours très présent lors des événements hip-hop. Finalement plusieurs raisons sont évoquées. Premièrement, l’absence de tête d’affiche ou de véritable locomotive comme peut l’être Scylla en Belgique. Combien d’auditeurs en France ont des références régionales que sont La Base, Nefast, L’Affaire, Les Uns ou encore Akaustik ? Autre problème soulevé, l’absence de médias sérieux ou même de radio. Il y a ici un manque de structure car le rap n’est pas pris au sérieux. L’absence également d’histoire musicale en Suisse est aussi évoquée. Comment changer cela ? Le meilleur moyen de faire changer les choses, c’est d’être curieux, d’aller fouiller et de propager le son.

Pour acheter l’album 2020 primitif, télécharger tous les projets gratuits ou encore être redirigé vers d’autres figures du rap biennois et suisse, rendez-vous ici

Si vous avez aimé cet article, n’hésitez pas à le partager avec les petites icônes ci-dessous, et à rejoindre la page facebook ou le compte twitter du Bon Son.