Une nouvelle rubrique voit le jour sur Le Bon Son pour récompenser ces hommes de l’ombre que sont les réalisateurs de clips, producteurs, caméramans et autres professionnels de la vidéo. Si Tcho et Chris Macari fournissent un taf remarquable et reconnu dans le milieu rap, nombreux et variés sont ceux qui œuvrent pour les MCs et réussissent à les mettre en lumière par la réalisation juste de leurs titres, l’originalité et la précision de leur travail d’orfèvre.

A l’image du clip de Flynt et Orelsan « Mon pote » qui pèse presque 2 millions de vues en un peu plus d’un an, et qui a énormément tourné et incité des non-initiés à tendre l’oreille, l’ambition est de rendre un peu de cette lumière à ces bougs et de récompenser ceux qui ne font pas des clips pour « faire de la vidéo ».

La Smala – Yes Mani (Guillaume Durand)

4.30 minutes de kif. 5 décors originaux et décalés, du parc d’attraction au coffee shop d’Amsterdam en passant par le repas de famille type « Les 3 Frères », les Smaliens se sont fait plaisir sur ce clip. La prod de KilloDream Prod détonne avec celles habituellement kickées par le crew belge, et laisse le champ libre à des couplets et une atmosphère chaleureuse et entrainante, limite festive.

Tiers-Monde – Toby or not toby (Rin Vision)

Ce clip met en images la réflexion profonde de Tiers-Monde sur la société de consommation qui nous cadre. Maître ou Esclave ? Telle est la question ici posée par le MC havrais. Nos chaines modernes sont invisibles et l’on ne se rend plus compte –ou bien on s’y complait- que nous sommes prisonniers du temps qui passe, victimes du récit des médias et condamnés à dépenser pour se sentir exister. Tiers-Monde reprend Horace « L’argent est un bon serviteur mais un mauvais maître » et explicite parfaitement sa métaphore de l’esclavage moderne grâce à des images sobres et efficaces, et une prod de Proof qui s’accélère au rythme du débit.

On vous reconseille également de jeter un œil à l’excellent clip du titre “Phoenix”.

Chris Taylor – L’ascension (Mr.Pinoux – Pixmakers)

L’ascension sociale rappée par Chris Taylor transpire le réel. Un clip en noir et blanc pour illustrer un constat pessimiste en trois temps de la réussite sociale sur laquelle s’indexe les rapports amicaux. Les sourires se font de plus en plus expressifs quand la sincérité des accolades, elle, semble diminuer en fonction de l’intérêt social et économique suscité par la réussite de notre MC.

Question : Chris Taylor joue-t-il son propre rôle ?

Réponse de l’intéressé : « Non je ne joue pas mon propre rôle, je voulais juste faire une fiction. »

Fixpen Singe – Hybride (L’ordre Collectif)

Ou comment prouver que le budget ne fait pas tout, mais que les idées peuvent faire la richesse d’une vidéo. Un décor en carton-pâte et 5 MC’ss en mouvement continu, des dessins animés et des déguisements de super-héros qui leur collent à la peau, tels sont les ingrédients choisis pour un résultat déjanté à l’image du « flingue qui tire des tasses de café ». Tourné sur une journée dans un studio, avec « quelques potes bricoleurs », ce clip au rendu très original, drôle, coloré, donnerait presque un sens nouveau au terme « hybride » et suscite l’intérêt pour les projets futurs du collectif Fixpen Singe et les prochaines réalisations de l’Ordre Collectif, collectif mi-parisien mi-toulousain rassemblant musiciens, réalisateurs, et artistes en action.

Stick – Dégénéré(s) (Meda)

Une prod d’Al Tarba, un bon texte et un bon kickage de Stick, le tout mis en images par Meda, et voilà un corps qui erre seul ou en bande dans les rues de Toulouse, un sac cousu sur la tête et une corde au cou, comme si la mort le suivait de près. Récit sombre d’une vie peu excitante, entre alcool et ennui, entre routine et job alimentaire, là aussi mis en relief grâce aux couleurs noires et blanches qui confèrent une atmosphère grise et un aspect antinomique aux paroles du rappeur toulousain. Mention spéciale aux costumières Claire et Hélène Planeze (Polska Team). Vivement l’album « 1 mc 2 plus » prévu pour la fin d’année, avec, on l’espère, de nouveaux clips.

SK Micaz – Marche arrière (Zokan Records)

Extrait de la compilation du Gouffre « Marche Arrière » sortie il y a bientôt un an, le son de SK-Micaz est efficace. Technique comme à son habitude, le lyriciste du 91 établit un parallèle entre ces premiers pas dans le rap et sa vie d’antan, et son quotidien 10 ans après. Résultat : une plongée dans l’époque où le franc était encore en vigueur, où le PSG ne gagnait pas, et où le survêt Tacchini et la casquette Lacoste étaient à la mode. Des souvenirs ressortis pour l’occasion, et un noir et blanc utilisé pour évoquer le passé, avant de mettre de la couleur sur les sessions Desperados/PS4 de nos jours.

Fizzi Pizzi – Mémoires d’un ancien (Morne Rouge/Florence Stoëhr)

Fizzi Pizzi n’est pas un novice en matière de clips. Il doit bien en être à plus d’une dizaine de vidéos en 2 ans, et a pris la bonne habitude de s’appliquer lorsqu’il sert un nouveau son en images. Ce titre, « Mémoires d’un ancien » est équivoque, et c’est encore le MC de Bobigny qui en parle le mieux : « Au départ je devais faire un son pour un reportage sur le « 93 terre de légende » réalisé par Kamel « Schmeul » et Neuf Cube, co-réalisateur de « Plus envie de vivre ensemble« . Mais Kamel m’a envoyé ses mémoires à la place du sujet…et comme j’ai aimé l’histoire, j’en ai fait un morceau. C’est pour ça qu’on le voit touché à la fin… Il ne pensait pas écouter un track aussi perso. Donc comme il était super motivé, on a clippé. Et le titre sera sur l’album « 1947 ». »

Un story-telling en noir et blanc, 6 minutes narrant l’histoire d’un réfugié algérien post-indépendance qui débarque avec sa famille à Paris. Une évolution de sa situation personnelle et le passage à l’âge adulte marqué ici par un changement d’instru qui ne discontinue pas le récit mais l’entretient. A force de travail et d’abnégation, Fizzi Pizzi devrait enfin pouvoir multiplier son nombre de vues.

R.E.D.K. et Lino – Un mal pour un bien (Kub & Cristo)

Un des gros titres de l’année en cours, la combinaison R.E.D.K/Lino est un succès mérité. Et si le son est bien écrit et salement kické par nos deux virtuoses peu avares en technique et punchlines, le clip ajoute encore de la qualité à la rencontre microphonique. La mise en scène du Bien (R.E.D.K) et du Mal (Lino) est basée sur l’opposition de styles de rap (forme et fond chez nos deux MCs), les deux couleurs noir et blanc omniprésentes et le face à face physique lors de cette confrontation rappée. Tout y est : violence, message de paix, gros rap, belles images. Un concept travaillé avec soin, deux caricatures en rupture qui jouent juste et un jeu de caméra captivant.

Herka et Diez – L’instant T (Kranjer, Production du Terroir)

Un duo de potes, qui chille et se pose la question de l’utilité de leur existence. A priori banal et plutôt courant, ce clip très « carpe diem » de Herka et Diez nous donne envie d’en savoir plus sur ce qui les pousse à l’écriture. Réalisé non sans un trait d’humour, c’est simple, propre, sérieux, sans fioriture.

Herka vient justement de sortir un EP solo, disponible gratuitement ici.

BigFlo & Oli – Monsieur tout le monde (Julien Hosmalin)

Les deux jeunes rappeurs toulousains ont frappé fort. Cette fois-ci, le budget a un rôle primordial dans la réalisation de ce clip signé Julien Hosmalin. « Monsieur tout le monde », titre bateau et qui pourrait être une chanson anecdotique, se veut un clip marquant, dont le protagoniste n’est autre que Kyan Khojandi, l’acteur révélé dans « Bref ». Sans dévoiler et spoiler le contenu, il s’agit –vous l’aurez deviné- d’une journée type d’un père de famille, salarié, qui réfléchit sur sa condition au cours d’une journée habituelle. Le clip offre à ce story-telling une autre dimension, jetez-y un œil si ce n’est déjà fait.

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