Lucio Bukowski & Nestor Kéa, ou l’art raffiné d’un album qui frôle la perfection

De Lucio Bukowski, nous connaissons ses innombrables EP avec Milka, Oster Lapwass, Mani Deïz et autres Haymaker. Le lyonnais a déjà collaboré avec Nestor Kéa pour quelques titres parsemés puis rassemblés sur un EP début 2013 nommé Saletés poétiques. Sinon que savons-nous de l’homme qui, selon Lucio, « jouerait plus de 12 instruments » ? Outre cet « EP », il a à son actif un certain nombre de projet et notamment un album instrumental sorti en décembre 2012 intitulé Les oiseaux scratchent pour mourir, disponible sur bandcamp. Un album qui mêle compositions personnelles et sampling aux sonorités jazz, hip-hop, électros ou encore rock, qui se trouve être une véritable perle.

L’art raffiné de l’ecchymose, donc. Le titre est déjà sujet à chronique en lui-même. L’ecchymose, selon le dictionnaire, est une « marque bleuâtre due à l’épanchement de sang sous la peau, souvent causé par un choc », plus couramment appelée un bleu. Que serait donc cet art raffiné du bleu ? Le premier projet entre les deux hommes, Saletés poétiques, était un titre oxymorique. Peut-on dire la même chose de cet album ? Nous allons tenter de le découvrir en partant à la découverte des 10 titres.

Le dernier morceau du EP De la survie des fauves en terre moderne, « Obsolescence programmée », annonçait une nouvelle voie prise par Lucio dont la continuité se retrouvera dans l’EP L’homme vivant avec Haymaker qui a étrangement moins tourné que les précédents. On y retrouve un Ludo beaucoup plus acerbe et, sans aller jusqu’à « engagé », avec des thèmes plus sociaux et révoltés sur l’époque actuelle, le système politique et l’oligarchie. Cet album c’est un peu le croisement entre les deux chemins : d’un côté on a le Lucio pessimiste et révolté de L’homme vivant, et de l’autre, le Lyonnais a rarement atteint un tel niveau dans la qualité d’écriture, si ce n’est sur l’« EP-Rétro » Saletés poétiques, déjà accompagné du beatmaker qui le transcende probablement le mieux. Il offre une fois de plus une pluie de métaphores et de références issues du cinéma, de la littérature ou encore de la peinture.

« Dieu reconnaîtra les siens et pas ceux qui crient son nom le plus fort. »

De ces dix titres, la plus grosse difficulté se trouve au moment d’en sortir l’un ou l’autre du lot. Et c’est là que l’on voit la cohérence et la parcimonie avec laquelle cet album a été conçu. Si dix titres (9 + une interlude) peuvent paraître concis pour un projet dit « album », Lucio et Nestor ont le mérite de ne pas avoir tenté maladroitement de faire du remplissage avec des morceaux qui n’apportent rien au contenu. Chaque titre a sa place dans l’ensemble, et finalement c’est cela la définition d’un album.

Musicalement, Nestor Kéa a prouvé sa polyvalence sans en abuser. Si l’on excepte « Don Quichotte » à l’ambiance rock énervé et dans une moindre mesure « Acte V, Scène 1″, les autres titres restent dans une veine plutôt douce s’harmonisant parfaitement avec les lyrics du MC. On le sent presque « osterlapwassesque » sur « Quand je toucherai le fond ». Cette homogénéité sur la longueur de l’album est d’ailleurs un autre des nombreux points forts de cet album. Et c’est là que la collaboration avec un unique beatmaker/musicien/compositeur sur un long format devient intéressant.

Il est impossible de parler de cet album sans aborder les invités présents. On ne s’attardera pas sur le Lucio Serra traditionnel, si ce n’est pour dire que l’album commun est de plus en plus attendu. Nous avions eu avec l’excellent « Plus qu’un art » sur Sans signature une première collaboration très réussie entre le Lyonnais et le très sous-estimé Rennais Arm, de Psykick Lyrikah. Que dire de celle-ci si ce n’est qu’elle frôle la perfection, tant les voix et les flows s’accordent parfaitement avec la magnifique instrumentale de Nestor Kéa (probablement l’une des meilleures de l’album). L’alchimie entre les deux hommes paraît évidente. Évidemment nous avons gardé le meilleur pour la fin. Le featuring avec l’étonnant Veence Hanao est très probablement le point d’orgue de l’album. L’ambiance est lugubre bien aidée par la géniale production de Nestor Kéa qui s’accorde parfaitement avec le thème. Les notes de piano sonnent avec une monotonie effrayante et frappent comme des marteaux. Sans parler des textes de chacun et du refrain.

« Les fêtes foraines s’éteignent, Dieu a pitié de moi, arrêtez vos manèges j’ai la nausée quoi. »

En somme, jamais Lucio n’avait réussi à hisser si haut et surtout à un niveau si proche le fond et la forme. C’est probablement là que le titre de l’album prend tout son sens. L’art raffiné de l’ecchymose, ça serait donc frapper avec beauté. Créer des Saletés poétiques.

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Un commentaire

  • Avec du retard: très bonne chronique.
    Je suis en train d’écouter cet album. Là aussi avec beaucoup de retard 🙂

Commentaires

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