Sorti le 21 avril dernier, « Grand Siècle » a été l’occasion pour Fuzati et Orgasmic de reprendre une collaboration de longue date. L’album est une rencontre électro/rap autour des dérives de notre époque : narcissisme, laideur et vacuité. Un side project qui ne mérite aucune mise à l’écart.

La première écoute est amère. Celui qui avait pour habitude de border ses lyrics par des productions nourries de jazz et de beats estampillés hip-hop, s’est ouvert à l’électro. On écoute l’album en se demandant ce qui est arrivé au type qui a produit les merveilleux « Last Days » et « Spring Tales », compiles d’instrus où toute la culture du mélomane rejaillit dans des compositions oniriques et pleines de strates. Car de « Grand Siècle » s’échappe une ambiance vaporeuse et clinquante. Servie par les synthés neufs et les montées en puissance d’Orgasmic, à qui Fuzati a confié les trois quarts de l’écriture musicale. Habitué des formats longs, propres à l’univers du club, celui qui fait vivre le label house « Sound Pellegrino » se contorsionne pour la forme. Et pour le fond aussi. En touchant à la bossa nova sur « Corbillards ». En donnant du relief au beat sur « La violence ». Et plus largement, en embrasant ce que le rap contemporain a de plus mixte. Le grain a beau être lisse, il nous raconte une histoire. Et finalement, en saignant un peu le disque, on se rend compte que tout ceci donne écho aux métaphores filées, égrainées au fil des titres. Orgasmic habille de synthétique un projet dans lequel les artifices et les dérives de l’époque sont mises en exergue. Quoi de plus cohérent.

Le masque et la plume

Ecriture cinglante, misanthropie et humour noir : tout y est. Avec « Grand Siècle » on retrouve le Fuzati des débuts 2000 et de « La femme de fer ». Sortis des albums-concept, ses tracks s’enchaînent comme des catalogues de punchlines. Ses fils conducteurs se noient dans l’alcool, se relèvent, font face aux « regards dans la glace déçus », avant de vomir les nuits d’ennui et leurs lots de femmes avides. Au petit matin et entassés dans un métro nauséeux, ils convergent vers l’époque et sa culture de l’autoportrait triste. Dans la rame, un homme se lève. Il est masqué et avec son flow, il tire au hasard dans la foule. Puisque personne ne mérite d’être sauvé : « que des insectes devant la lumière, je les écoute griller, exposés devant les flashs personne n’a jamais bronzé », il creuse la tombe de cette « génération d’illettrés, voulant se convaincre que rien n’est écrit ». Sa dernière balle touche le rap game et l’impact est parfait ; pourtant c’était la première fois qu’il tirait à l’égotrip. Arrivé à quai avec quelques secondes d’avance, « Grand Siècle » jauge une dernière fois notre image depuis l’espace de son rétroviseur. Quand soudain un son retentit et toutes ses portes se ferment : c’est déjà la fin de l’album. « Plutôt que de m’acheter une Rolex j’ai préféré produire ce projet, maintenant tout le monde sait exactement quelle heure il est ». Sans hésiter, on ajuste nos cadrans.

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