On y est ma rétrospective de l’année 2013 est assez spontanée, sans prétention et personnelle « dis-moi ce que tu écoutes je te dirais qui tu es ». Pour résumer rentrer dans le MP3 d’une personne qu’on ne connait pas c’est comme si l’on accédait à son journal intime. Avec ces musiques qui nous ont accompagnées au quotidien. J’ai constaté que l’année 2013 ne m’avais pas autant marqué que la précédente, à plusieurs reprises je me suis vue inscrire à ma liste des sons datant de 2012 avec la certitude qu’ils n’avaient pas pris une ride. Mais le choix a quand même été difficile, le rap français ces dernières années est plus que bon, il se réinvente malgré les pessimistes, les artistes du bitume sont là et ils nous le font savoir.

Il n’y a aucune chronologie dans cette rétrospective, l’ordre est purement anarchique.

Dooz Kawa « J’tuerai le mic »

Mettez-moi une voix mélancolique et déchirée, des mots qui transpercent, un boom bap simple et efficace et surtout un sample de Gadjo Dilo, (très bon) film de Tony Gatlif et je vous dirais que la vie est bien faite. Cette pensée est bien sûr à l’opposé de ce que nous rappe notre artiste strasbourgeois, mais on s’y habitue, on aime ça. Chaque intonation de voix est portée par le sens des mots prononcés et fait écho à la voix magnifique de Monika Juhasz Miczura. Un texte écrit en 2005, que l’artiste a décidé de sortir de l’ombre sur le projet gratuit Archive.

Allez jeter un œil sur sa dernière interview Rencontre avec Dooz Kawa et pour découvrir son dernier projet c’est içi : Narcozik #1

Pand’Or et Le Bon Nob « La tête haute »

Le premier projet de Pand’Or a marqué mon année 2013, je suis fière des femmes qui représentent le rap d’aujourd’hui et respectent d’autant plus celles d’hier. Pand’Or, un joli blaze porté par une artiste pleine de détermination et de rage. C’est ce que j’aime dans ce morceau, la MC avec un flow percutant qui en coucherait plus d’un vient frapper ta passivité et te rappeler « je m’en sortirai en ouvrant ma gueule grand et en croisant les jambes / j’crois en mes chances dis leur qu’ils se trompent s’ils pensent que mon troisième œil flanche… ». La ligne directrice de ce morceau, la combativité, mise en poésie par Le Bon Nob, artiste qui a marqué mon attention depuis quelques temps déjà. Le binôme s’est bien trouvé, quand l’une vient te mettre des claques, l’autre vient déposer en douceur ses mots toujours bien choisis « Les yeux rivés dans les tiens, j’écris pour que le son t’amène, chacun son domaine il nous domine en gonflant l’abdomen ». L’alchimie entre les deux artistes est puissante d’efficacité et se ressent, c’est ce qui donne au morceau toute son âme. Rajoutez à ceci une belle prod réalisée par Street Rockaz. Ce titre est écrit pour ceux qui ont trouvé assez de place dans le rap pour y déposer « leurs bagages ».

On n’attend qu’une seule chose, un projet commun entre Pand’Or et Le Bon Nob !

Lucio Bukowski & Mani Deiz «  Psaume Métropolitain »

Le rappeur-poète a su nous combler cette année, avec des projets tous plus complets les uns que les autres, choisissant différents beatmakers pour les mettre en forme. Entre « La noblesse de l’échec », « Lucio Milkowski 3 » et « De la survie des fauves en terre moderne », le choix fût difficile. Il s’est arrêté sur « Psaume métropolitaine ». Prenez juste le titre il a quelques chose de mélancolique, de sacré, les psaumes sont avant tout des chants religieux, chargés de transmettre la parole divine. Mais ceux  de Lucio Bukowski sortent tout droit du néant, du bitume, des pensées sombres d’un artiste mélancolique ? « Psaumes Métropolitains extirpés de mon chaos. J’ai toujours un carnet pour quand je rate mon bus. Inspire un bout de ville et puis recrache mon blues ».

La religion est ici bien détournée, mais toujours présente, associée à des mots, des pensées qui lui sont totalement opposés. « Il y a Dieu et des cuisses de femme. Il y a mieux, mais des risques de flammes ». (Elle vous a marqué vous aussi !) La collaboration avec le beatmaker tellement prisé ces dernier temps est un excellent choix, l’homme à la machine hyperactif fournit à l’artiste une instrumentale qui épouse parfaitement la tristesse poétique de ce morceau et sert le flow fluide et harmonieux du MC. Un joli clip, un beau texte entre politique, philosophie et poésie, ce morceaux hors rap-game nous rappelle tristement que notre liberté a ses limites, et nous propose comme porte de sortie : « La création est la seule forme de lutte« 

Veence Hanao « Chasse & Pêche »

Veence Hanao, voilà un rappeur qui interpelle, qui intéresse, qui pousse à réfléchir. Une de mes grosses découvertes de l’année 2013. « Chasse & Pêche », comme le morceau porte bien son titre. À la première écoute on est dérangé par le flow du mec, sa voix, sa nonchalance, ses mots. Ce morceau, il faut le digérer, l’éclaircir et se l’approprier pour en apprécier toute la poésie dégagée par le MC. MC oui, mais pour ce morceau je le vois comme un narrateur de notre (triste) quotidien « J‘irais bien voir du gros hip-hop, mais y a tellement d’merdes. Dans les grosses boîtes à salopes, à un moment, j’m’emmerde. J’me suis donné à l’alcool et aux lendemains d’veille. » Vence Hanao ne nous chante pas les louanges de la drogue, mais il aime en parler « Pour pas changer, nos lendemains d’veille ont goûté l’acétone et dans les chiottes j’ai expédié ma vie plus deux/trois motiliums.» Le bruxellois ne nous vend pas du rêve à base de strass et paillettes, il nous fait un constat noir et certes exagéré d’une  génération désenchantée. Le clip réalisé par Bruno Tracq illustre parfaitement le morceau : un mec qui s’emmerde, qui ne trouve pas sa place parmi les grandes règles et normes de nos sociétés occidentales. Un morceau douloureux qui suinte l’alcool, le porno, la drogue, la solitude et un arrière-goût de « no future ».

Billie Brelock «  Bâtarde »

Voilà comment j’ai découvert Billie Brelock (Pour dire la vérité, c’était sur un live très mal enregistré, mais le morceau est le même). Ses mots m’ont frappée, un flow d’une efficacité redoutable et une vulgarité qui vous reste sur la peau « J’ai tout emprunté même ma vie d’article, et je suis tourmentée quand je jouis ça gicle, aux yeux de ce pisseux et pompeux qui préfère ne rester qu’entre eux par ce que leur milieu c’est l’mieux, mais comme tu veux crevard, reste entre toi. Puis branle-toi dans le noir et après lèche tes doigts. »

Billie Brelock à un doux parfum de liberté et de révolte sensée, un peu (beaucoup ?) keupon dans l’esprit. La bâtarde bavarde n’a pas fini de nous cracher son flow en pleine gueule (je l’espère). Elle va faire beaucoup de bruit pour l’année 2014 et son 1er EP L’embarras du choix sort bientôt !

Liqid X Kokane « Warp Zone »

Encore un lyonnais qui aura bien marqué mon année 2013 (Oui je sais, je me répète). Je vous invite à aller voir son interview Liqid – Interview « Je préfère être classique dans 10 ans que grillé dans 6 mois. »  Pour ce petit tube de l’été (en tout cas ce fut le mien) on peut déjà constater une connexion de très bon goût avec le MC Californien Kokane. Ensuite, on bloque sur le clip, déferlante de références Marionnettes du Muppet, du vintage à tout va, des tee-shirt qui rendraient jaloux plus d’un pote et la cerise sur le gâteau UNE DELOREANE ! Bon déjà l’artiste et le réalisateur du clip marquent de gros points. Tu rajoutes à cela un texte sincère, bien construit, un rappeur qui sait rapper (sisi !), une instru qui dégomme. Ça funk, c’est frais, t’es obligé de bouger la tête et voilà un peu de soleil lyonnais dans ton MP3.

Gael Faye & Bonga « President »

Voilà deux artistes que je respecte énormément, Gaël Faye membre du très bon groupe Milk Coffee and Suggar et Bonga Kuenda chanteur angolais, icône de la musique lusophone et militant actif pour le mouvement Populaire de Libération de l’Angola. Ils se réunissent pour un morceau engagé et passionné. Le MC rappe les maux de son pays, et se raconte aussi à travers son histoire entre France et Afrique. L’instru est magnifique, avec des sonorités de guitare, un arpège léger qui nous rappelle le semba, musique urbaine d’angola. Elle nous révèle la beauté du texte et la voix rauque de Bonga. Gaël Faye dans ce morceau et son album nous invite au voyage, à la tolérance, une ouverture d’esprit qui nous offre à voir le métissage comme intrinsèque à nos sociétés modernes, une culture plus grande et plus riche. Ce morceau ne nous laisse pas indifférent, un des meilleurs albums de 2013 remplis de couleur, d’amour, de nostalgie et de hip-hop.

Droogz Brigade « Molodoi Gloupides »

Un peu de rap « crade » et mélodieux du crew Droogz Brigade, un morceau influencé par les films gores, aux ambiances d’Orange Mécanique, une prod’ qui tabasse réalisé par Al’Tarba. Une atmosphère lugubre et planante réussie. Voilà, que dire de plus à part que ce morceau est une petite tuerie !

Grems « Cimetière »

Le projet de Grems « Vampire » m’a mis une jolie claque cette année. On aime ou pas, Grems est un keupon, air max aux pieds,  qui vient défoncer les barrières du rap français. J’ai choisi le son « cimetière » pour son clip simple et bien fait, la prod cosmique de Noza et le flow traînant mais les propos énervés et revendicatifs du MC, le sang au lèvre. « Niquez vos mère avec facebook et Instagram. Niquez vos mère vous les majors toujours aussi loin d’la plaque.  Peu importe le son même s’il est inrappable. Si je reste ferme sur mes positions est-ce un hasard ? J’ai mes 5 awards pendant que tu mendies devant Saint Lazare. C’est le voyage de Gandhi chez les chiens de la casse.« 

Sear Lui-même « Marche arrière »

C’est dans le lourd projet « Marche Arrière » que j’ai trouvé mon bonheur. Bien sûr j’aurai pu prendre un morceau de son dernier projet « Big Punchliner » mais impossible de faire un choix entre « Ecoute », « Pour mes gars de Paris », « Droit d’asile », « Eclipse lunaire ».

Sëar Lui-Même un des meilleurs Mc dans l’underground français. Il nous a servi pour ce beau projet un morceau boom bap parisien vif, un flow qui taille, toujours dans la recherche de technique. Qui n’a jamais essayé de trancher les mots comme le kickeur parisien devant sa glace en abandonnant rapidement, heureusement que le ridicule ne tue pas. L’artiste nous rappe sa ville grise et ses folies, ça donne envie d’aller casser des noix de coco au marteau-piqueur.

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