Petite variante dans le bal des rétros, avec la sélection US de Julien du Vrai Rap US. La tâche n’a pas dû être simple au vu de la foultitude de projets qui sort tous les mois, voici ce qu’il a retenu : 

Earl Sweatshirt – Chum

Bon. Choisir dix morceaux pour une année entière, 365 jours, et dans un pays dans lequel les tueries auditives sont aussi fréquentes que celles qui se passent dans la rue, n’a vraaaaiment pas été facile. Commençons avec l’un des morceaux de l’un des albums de l’année, « Chum », sur Doris d’Earl Sweatshirt. Percussion glaçante, simple piano qui l’est tout autant, pour accompagner un titre très personnel du jeune prodige d’Odd Future entre amitié, absence du père ou alcoolisme. Une réelle puissance sonore et une atmosphère plus froide que le cul d’un Inuit.

Big Sean feat. Kendrick Lamar & Jay Electronica – Control

LE couplet dont tout le monde a parlé cet été. Et qui a fait oublier Big Sean, à l’origine du morceau (pas si grave), et Jay Electronica, pourtant très bon. C’est donc ce bon vieux K.Dot qui ravit la vedette à ses deux compères en « clashant » ses potes, d’autres, et en s’autoproclamant « King of New York », lui-même originaire de… Californie. Confiance en soi ma p’tite gueule, confiance en soi. Plus qu’un simple clash, Kendrick a surtout essayé de donner un bon coup de panard dans un game qui se congratule sans cesse, ou presque. Sans compétition, pas d’amélioration ! Quelques réponses s’en sont suivies, mais ce couplet n’aura pas eu l’effet escompté. A l’heure de la nouveauté journalière et de la consommation à l’excès, on ne parle d’une chose marquante qu’un mois, au mieux… puis on passe à autre chose. C’est ce qu’il s’est passé. Bien tenté, K.

Eminem – Rap God

Technique, flow, et arrogance. Après l’auto-proclamation d’un californien roi de New York, c’est au tour d’Eminem, habitué depuis quelques années aux featurings dégueux et aux albums sans fond, de sortir de son trou et de foutre son p’tit bordel, comme aurait dit un marseillais que l’on n’entend plus guère. C’est surtout la rapidité du troisième couplet qui a été commentée (101 mots en 15 secondes, celui qui a compté est maniaco-dépressif), faisant quelque peu oublier la qualité du truc, de gros lyrics et jeux de mots bien sentis sur d’autres rappeurs, ainsi qu’une production tendue mettant en valeur les accélérations du Slim Shady. Avec le clip rétro-futuriste qui va bien, inspiré de la série Max Headroom.

Chance The Rapper & Vic Mensa – Suitcase

Faux jumeaux (musicaux), vrais talents. Obligatoire en cette année 2013 que de citer les deux jeunes prodiges chicagoans, dont les mixtapes font partie de celles qui auront le plus tourné dans mon gros casque. Avec Acid Rap, pour Chance, et Innanetape, pour Vic, les compères (tellement proches, qu’ils se présentent sur ce visuel comme Sangoten et Trunks, fusionnant en Gotenks) ont marqué de leur patte cool et sans pression les oreilles de milliers de personnes. Morceau hors-mixtape, « Suitcase » recense les qualités que l’on peut aimer chez ces deux-là : flow rapide ou lent, chanté ou simplement musical, production aérienne. On attend les vrais disques maintenant, 2014 devrait leur appartenir.

Jay Z & Rick Ross – Devil is a lie (Prod : KE On The Track)

Les connexions entre les deux superstars sont souvent très inspirées. Un Fuckwithmeyouknowigotit de feu sur MCHG (pour Magna Carta…Holy Grail, dernière galette de Hova en date), et last but not least, le banger « The Devil Is A Lie », qui apparaîtra sur le prochain album de Rozay, repoussé à ce début d’année 2014. Armes, flingues, money et foutage de gueule pour ceux qui verraient illuminatis et diable partout (coucou Mysa), bonnes lignes des deux protagonistes, mais mention spéciale à Jay-Z, quand même. Et un instrumental produit par KE On The Track, à l’image de la bidoche de Rick Ross. Huge. Un très cool unofficial clip mettant en scène deux prêtres a également été réalisé, jetez-y un œil ici.

Oddisee – Yeah & Nah

Eargasms à profusion en écoute des saloperies d’Oddisee. Sur sa dernière double-mixtape, composée de la première partie instrumentale (The Beauty in All) et d’une seconde sur laquelle la voix est posée (Tangible Dream), l’artiste du label Mello Music Group nous présente encore une fois l’intégralité de ses talents de rappeur et producteur. « Yeah & Nah » est l’un de mes titres favoris de ce duo de saveurs. Pourquoi ? Douceur et simplicité de la production, flow et lyrics… Remise en question permanente, absence de manichéisme pur. Un milieu qui me plaît, et qu’apprécierait sans aucun doute François Bayrou.

Ghostface Killah and Adrian Younge feat. The Delfonics – Enemies (Prod : The RZA)

Extrait de l’excellent album commun entre Ghostface Killah (le Shaolin du Wu-Tang, qu’on ne va quand même pas présenter) et Adrian Younge, producteur de Los Angeles. Ils invitent sur cette tuerie une légende de la musique, William Hart des Delfonics, mythique groupe des années 60-70’s. Un story-telling épique, petite partie de l’album entier, vraie histoire contée par le tueur à tête de fantôme, à se procurer absolument.

Tree – Devotion

Chicago, again. La ville possède mille scènes de qualité, dans tous les genres et sous-genres de rap. C’est dans la soul-trap que l’on se faufile ici, avec l’une des meilleures tracks de Sunday School II – When Church Lets Out, deuxième mixtape de Tree. Sa voix rauque de fou furieux nous entraîne dans des profondeurs rarement approchées par de telles vocalises, moitié rappées, moitié chantées. Les chœurs samplés (ou non) de ce titre ajoutent encore une puissance supplémentaire à son discours toujours entre-deux-feux, l’éternelle question du bien et du mal, quasi religieuse. Gangsta-gospel.

Pusha T – Numbers on the boards (Prod : Kanye West & Don Cannon)

A la première écoute de ce truc, tu bouges quand même bien les cheveux (ou le cuir chevelu, pour mes chauves et rasés), et les « dayum » fusent dans tous les coins. Un style minimal et expérimental, et beaucoup trop de style pour toi. Dommage que l’album My Name Is My Name n’ait pas été du niveau de ce single et des quelques autres sortis, on aurait vraiment espéré mieux, King Push.

Prodigy & Domo Genesis – YNT (Prod : Alchemist)

La meilleure moitié de Mobb Deep aura cette année sorti le très bon Albert Einstein, entièrement produit par l’omniprésent Alchemist. YNT, en featuring avec Domo Genesis, l’un des titres extraits du disque, est l’un de mes favoris. Un bon égotrip, une instrumentale basique-mais-putain-ça-défonce-il-fait-comment-ce-con comme Alan le chimiste en a le secret, et surtout, beaucoup de style et de présence. Ce qui définit un bon son, en somme. D’où le nom, mon con !

Cette shortlist n’est qu’un mini-aperçu d’une énorme qualité produite encore this year par nos potos les amerloques. On aurait pu citer Dom Kennedy, la clique A$AP, Raashan Ahmad, Drake et son excellent dernier album (lapidez-moi), la Beast Coast du Pro Era ou des Flatbush Zombies, les Doppelgangaz, ton gros Sean P, Kevin Gates, Starlito ou Polyester The Saint, Stalley, R.A. The Rugged Man, Tyler The Creator, J. Cole ou Vado… Je ne vais pas continuer pendant trois plombes mais sachez que l’année écoulée a été riche et belle, n’hésitez pas à piocher dans les blazes et d’être curieux, ça n’est pas un vilain défaut en matière de musique. Sinon, rendez-vous tous les mois par ici, et tous les jours sur la page Facebook Le Vrai Rap US !

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