Pour éviter d’évoquer la complexité de la sélection de « 10 Bons Sons » sur une seule année, je préférerais citer des projets comme la mixtape du Gouffre Marche Arrière, le second album solo de Sidi Omar Borderline, l’excellent solo de Rocé Gunz’N’Rocé ou encore le premier album de Loko Vis ma vie qui méritaient amplement de voir plusieurs morceaux figurer dans ce top trop restreint et donc non exhaustif. Avis à eux et beaucoup d’autres : ne vous découragez pas, et revenez encore plus fort en 2014 !

Vîrus – Des fins  (Prod : Banane)

Incontestablement LE son de l’année à titre personnel. Une écriture d’une morbidité rare, sublimée par une instru reine en matière de noirceur. Elle accompagne à merveille le flow d’un Vîrus fidèle à lui-même, enclin aux jeux de mots et aux roulettes verbales que seul son cerveau torturé lui permet d’apposer dans une logique bien à lui. Un régal, qui voit la prod de Banane monter crescendo quand le texte de Vîrus s’enfonce irrémédiablement vers les abîmes. Un résultat détonnant que d’aucuns ne sauraient (entièrement) comprendre à la première écoute.

« Tu nais, et puis tafes, tu meurs, épitaphe »

Fayçal – Mélodie d’un jour de Juin  (Prod : DJ Yep)

L’un des meilleurs projets de l’année 2013 vient de Bordeaux et est signé Fayçal. Dès lors, impensable de ne pas le mentionner dans les « 10 Bons Sons » de l’année, mais comment trancher parmi toutes ces pépites ? Là aussi, une qualité de plume à souligner, pour décrire une journée d’été pleine de positivité et de méfiance, où se côtoient poésie et phrasé quotidien sur une balade entraînante signée DJ Yep.

Le Bavar – Luttes intestines (Prod : Soul G)

Le Bavar, un personnage atypique dans un milieu clo(w)nesque. Des rimes qui pourraient paraître faciles et un flow en adéquation parfaite avec une atmosphère soul proposée par la mélodie de Soul G font de cette track du Bavar un énième « gros son » à classer au rayon des boucheries, voire des classiques en devenir. De quoi s’imaginer une promenade dans les rues du 18ème arrondissement, côté ennui et vitrines brisées.

Caballero – C’est aussi simple que ça (Prod : Mani Deïz)

Si Mani Deïz est LE producteur bankable en 2013, ce n’est pas pour rien. Un travail d’acharné pour sampler des boucles qu’il va chercher dans tous les vinyles qui croisent sa route, et des prods d’exception à ne plus savoir laquelle est la meilleure ! Caballero, MC belge à découvrir, a su saisir l’opportunité du kairos et y a alourdi le morceau avec un texte plus que convaincant et une technique de haute volée qui font de lui un rappeur qu’on attend au tournant en 2014. Et ouais, c’est aussi simple que ça.

Futur Proche – Loin d’être parfait (Prod : Noname)

Pour le symbole d’un album sorti gratuitement sur Internet en 2013, mais aussi pour appuyer le travail sous-estimé du duo de Boulogne qui aura déposé les armes trop tôt… Un Noname qui sert (encore) une prod justement parfaite, et Gwenzel et Mark’us qui se livrent en faisant un bilan mitigé de leur jeunesse. L’extrait du film Will Hunting qui vient clôturer la chanson est somptueux.

Nakk – Devenir quelqu’un (Prod : Twister)

Le Nakk que beaucoup aiment. Twister le sait, et lui offre une passe décisive que le MC originaire de Bobigny exploite avec intelligence et technicité, pour en faire probablement l’un de ses titres références. Une sorte d’état des lieux de sa propre situation, de message à la jeunesse qui l’écoute et surtout un one-shot plein d’humilité. Maitrisée de bout en bout, Nakk rebondit sans se perdre et prouve à tous qu’il est définitivement « devenu quelqu’un » dans le hip-hop des années 2010.

Fizzi Pizzi – Aucun doute (Prod : Twister)

Particulièrement actif, Twister collabore très régulièrement avec Fizzi Pizzi, son compère lui aussi venant de Bobigny. Une complémentarité et une simplicité évidentes font de cette confession musicale une perle rare. Si le duo a déjà quelques beaux bébés à son actif, celui-ci est un des plus réussis sur le fond et la forme. Vivement la suite…

Médine – Daoud, enfant du destin (Prod : Proof)

Qui mieux que Médine pour mettre en musique un story-telling ? Dans la lignée de ces précédents récits « Enfant du destin », le rappeur havrais se charge de narrer une histoire dans l’Histoire, liée à un thème on-ne-peut-plus épineux qu’est la relation entre Juifs et Arabes au Proche-Orient. Proof, son éternel beatmaker, voit juste en sortant de sa MPC une instru bien léchée où l’on entend les pleurs d’une thématique dramatique et sans issue.

Stamina – Prison(s) de verre (Prod : Emoaine)

« – Vous feriez quoi vous, si vous étiez coincés quelque part, si chaque matin est exactement le même, quoi que vous fassiez ?  – Ca ressemblerait vachement à ma vie. » Cette réplique extraite du film Une histoire sans fin résume en tous points l’esprit des Stamina dans l’album Prison(s) de verre. La couleur de l’album, globalement pessimiste ne laisse place qu’à un soupçon d’espoir à l’écoute de deux voix empreintes d’une conscience sans faille : un ennui du quotidien à affronter, où l’envie semble faiblir au fil du temps qui coule. (Le titre sélectionné est « Prison(s) de verre », en écoute ici sur Deezer).

Scylla – La logique d’une contradiction (Prod : Alien)

Pour conclure cette sélection des 10 « Bons Sons », le morceau du bruxellois Scylla tombe à pic. Un peu comme l’album Abysses qui a vu le jour en début d’année 2013, véritable effort d’imagination dans une poésie portée par son titre plus qu’évocateur. Extraite d’une œuvre dédiée à la mélancolie, à la cogitation interne, et à la chasse aux sempiternels tourments qui fondent une routine. Ce texte, que l’auteur qualifie lui-même du « plus sincère » écrit de sa main, jongle entre chaud et froid. Cette portée de piano légère signée Alien permet à Scylla de faire ressortir sa voix mortuaire en vidant ses tripes et en lâchant ses derniers espoirs…

BONUS :

WILLAXXX « MARIAGE POUR TOUS » LA SESSION D’ASSIETTES

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