C’est par un après-midi ensoleillé que nous sommes allés rencontrer Fadah chez lui, à Toulouse, à l’occasion de la sortie imminente de son premier album, Les loges de la folie (sortie le 24 juin). Retour sur ses débuts, ses projets en groupe ou en solo, et les coulisses de son album.

D’où vient ton blaze, Fadah ?

J’avoue que j’ai galéré à le choisir. J’avais demandé à une pote, à l’époque du lycée, si elle avait un trait de caractère qui me définirait, et elle m’avait dit que j’étais fou, mais pas dans le sens « baisé de la tête », mais plutôt un grain de folie. Et comme j’étais très influencé par le rap du Sud à ce moment-là, toute l’école toulousaine et marseillaise, ce terme est venu naturellement.

C’est vrai que si tu viens de Paris à la base, c’est pas forcément un blaze auquel on pourrait s’attendre…

J’avais vécu deux ans à Toulouse, entre 2005 et 2007 avec mon daron. Je suis remonté sur Paname après. Du coup c’est à Toulouse que j’ai vraiment fait mes premiers pas dans le peura. Les premières influences sont venues de ce que j’écoutais : soit de Toulouse, avec le Mélange Toxik, Furax, qui commençaient à cette époque-là, et puis toute l’école marseillaise de cette époque. Forcément il y avait une touche du Sud à donner dans le blaze, ça avait son importance pour moi.

Omerta-Muzik, tu les as rencontrés quand ?

C’est plus récent. Je suis revenu habiter à Toulouse il y a deux ans. J’ai rencontré Melan au bout d’un peu moins d’un an, en soirée, par un ancien pote de Paname qui était descendu lui aussi et qui connaissait Melan de quand il vivait encore dans le 78. J’étais allé le voir en concert, on s’est croisés à la sortie, on a freestylé toute la nuit. Il m’a présenté le reste de la team quelques temps après, et ça s’est fait naturellement. Au début j’étais pas forcément dans l’équipe, puisque j’étais encore pas mal sur le travail de mon album solo à ce moment-là. Je voulais terminer ça avant de commencer d’autres projets d’équipe. Et puis il y a aussi mon équipe Saydatyph de Paname. Donc je les ai rencontrés il y a un peu plus d’un an et demi maintenant.

Ils m’ont d’abord invité sur des scènes, j’ai fait un son avec Melan chez ce poto en commun (« J’irai pas chercher l’or »). On a commencé à jouer ce morceau sur scène, et à force d’après-midis chez lui et d’écoutes de prods, Diaz m’a proposé de faire partie de l’équipe. Ça s’est fait naturellement, il y a un peu plus d’un an et demi.

Tu fais aussi partie d’un autre collectif donc, Saydatyph. Pas trop dur de jongler entre les deux collectifs ?

Non. Ce sont deux crews différents, qui se sont rencontrés il y a peu d’ailleurs. C’est du kif : on est à 600 km les uns des autres, mais on fait du son dans le même délire. Donc non, ce n’est pas si difficile que ça. Là avec Saydatyph, ça fait beaucoup de temps qu’on n’a pas fait de choses ensemble vraiment. Chacun était un peu sur ses projets. Après c’est mon premier crew, ce sont les premiers mecs avec qui j’ai fait du son vraiment (à part Efaistos, de Toulouse, big up à lui !), et on a toujours fonctionné avec des périodes de 6 mois/un an pendant lesquelles chacun taffe un peu dans son coin, et puis on se retrouve pour un projet…

Fadah - Omerta-Muzik - Le Bon Son

‘Je n’aime pas ce concept de morceau qui finit au fond du tiroir.’

Peut-être que ce le sera un peu plus quand on va se remettre au taf avec Saydatyph, puisqu’on doit se remettre sur un EP. On en avait sorti un premier en 2010 : Sur le pas de la porte, sur des instrus d’Appollo Brown. On n’a rien refait depuis, mais c’est en travail.

Tu sors Les loges de la folie, d’où t’es venu le titre ?

Pareil que pour le blaze, j’ai un peu galéré à le trouver au début, je m’y suis penché après avoir amassé les morceaux. J’arrive avec un album direct, et comme je n’ai pas fait de mixtape ou d’EP avant, j’avais cette envie de faire un projet de présentation, comme une carte de visite. Donc dans Les loges de la folie, tu as le côté « coulisses » de moi-même, ma folie. Après à la base, ça vient d’un texte d’Errasme, qui s’appelle « L’éloge de la folie », dans le sens élogieux donc. J’avais lu ce texte en Terminale, grâce à un prof qui nous avait bien saucé en littérature. Et ce que j’en ai retenu, c’est une satire de l’époque dans laquelle tout le monde en prend pour son grade. Je trouvais ça super actuel alors que c’est de 1511, il pourrait passer les mêmes coups de gueule aujourd’hui, ça resterait des grosses punchlines ! (rires) Donc j’ai gardé cette référence, avec le petit jeu de mot des « loges » façon « coulisses ».

Oui, et comme tu dis, tu sors un album comme premier projet, en physique en plus, et non pas un EP ou une mixtape. Y a-t-il une raison à ça ?

Il n’y a pas de raison. J’appelle ça un album parce que ça fait trois ans que je bosse dessus, et qu’il y a eu un gros travail de beatmaking, d’écriture, de réécriture, de peaufinage, etc. Je me suis longtemps pris la tête, et je trouvais ça légitime de l’appeler « album ». Ça aurait été du foutage de gueule pour tous ceux qui ont travaillé dessus de dire « EP » ou « mixtape », et je n’ai pas eu envie de brader tout le travail effectué. Le terme de « mixtape » peut paraître un peu péjoratif des fois. « EP » c’est plus une histoire de format, donc ce nom ne correspond pas pour 17 titres. Il y a des jours où je regrette un peu de ne pas avoir fait un projet gratuit avant. Mais finalement c’est pour l’exposition, et je n’ai pas envie de rentrer dans ce délire-là. La musique je la fais pour le kif.

Les sons sont sortis impulsivement. En général j’écris un texte sur une prod, c’est quasiment jamais arrivé que je change la prod en cours de route. Peut-être une ou deux fois avec Metronom, qui a taffé un remix quand il n’était pas satisfait du résultat. Donc je suis parti sur un gros travail d’écriture, 17 titres c’est pas rien. Surtout qu’à la base il y en avait 21. J’en ai enlevé pour coller à une ligne directrice et une cohérence dans le projet.  Mais je n’aime pas ce concept de morceau qui finit au fond du tiroir.

‘Il n’y a pas de couleur en particulier, mais il y a quand même une teinte assez sombre.’

Qui va-t-on retrouver à la prod ?

Metronom, Mani Deïz et Rakma pour les Kids Of Crackling. Il y a aussi Slim-Guesh mon pote de Saydatyph, DJ Tof de Paname, et deux prods de Fonka, que j’ai rencontré à peu près en même temps que Metronom.

On ne retrouve pas Diaz d’Omerta-Muzik ?

Non, parce que le travail de l’album avait déjà été effectué quand je suis rentré chez Omerta. Tout le travail d’enregistrement en tout cas, j’avais pratiquement établi la tracklist finale, donc je n’avais pas envie d’y retoucher. J’avais envie de passer à autre chose. Ça ne m’a pas empêché de taffer des prods avec Diaz, mais c’est toujours en travail. Et puis j’étais en fin de course au niveau de l’écriture à ce moment-là, j’avais besoin de souffler un peu.  Mais il est sûr et certain que sur les prochains projets il y aura des prods de chez Omerta. Même au niveau des featurings, il y en a certains qui auraient pu se faire après, grâce à certaines rencontres. Et finalement je n’ai pas voulu.

Et côté featurings, qui va-t-on retrouver ?

Slim et KLM de Saydatyph, Rilcy et Melan d’Omerta, qui dataient d’avant le bouclage. Runo aussi, un pote de Paname à l’ancienne. Et Sentin’l de Genève, que j’avais rencontré via un concours qu’il avait organisé…

…que tu avais gagné.

Exactement, il avait fait un concours sur une prod pour son solo, et le gagnant verrait figurer son titre sur le projet. Je kiffe bien le concept d’ailleurs. Et comme lui aussi taffe pas mal avec Metronom, la connexion s’est faite naturellement. J’aime beaucoup sa plume. Sur ce feat il devait y avoir une autre personne en plus normalement, Da Pro, un pote de Paname, mais qui était trop pris par son travail associatif. Avec DJ Tof, ce sont les grands de Paname qui m’ont boosté dans le délire. Big up à lui aussi au passage.

Pour les prods, tu cherchais une couleur de son en particulier ?

Non. Je suis assez éclectique, je viens pas du peura à la base. Je viens du rock/reggae, c’est là-dedans que j’ai fait mes premiers pas dans la musique. Il n’y a donc pas de couleur en particulier, mais il y a quand même une teinte assez sombre, parce que « les loges » sont censées être un coin sombre. J’y ai rajouté des touches un peu plus ensoleillées, sans sortir non plus du contexte, notamment la prod de DJ Tof, avec une sonorité blues, de la guitare et un bon boom bap qui tape.

Fadah - Le Bon Son

‘On reviendra en équipe d’ici quelques mois.’

Tu sors ton album chez Crazy Mother Fuckers Records, peux-tu nous parler de cette collaboration ?

Avec CMF on s’est rencontrés par le biais d’Omerta, ils nous ont organisé beaucoup de scènes sur Toulouse. C’est devenu des potos au fur et à mesure. Ils s’occupent de tout la partie distrib’, communication, booking, post enregistrement et pressage. Pour le pressage je me suis débrouillé tout seul. On peut le retrouver en vente sur le site de CMF, en physique. Ils se sont aussi occupés de l’upload sur les sites Deezer, iTunes, etc. On pourra donc retrouver l’album en digital. Le teaser qu’on a balancé a servi à présenter la collaboration avec CMF. C’est un label, ils me fournissent un travail qui n’a rien à voir avec le travail d’un groupe. Je fais partie de ce label en tant qu’artiste, au même titre que le reste d’Omerta. Mais il ne faut pas qu’il y ait confusion : Omerta reste mon groupe, et CMF gère tout le travail après écriture et enregistrement.

La suite c’est quoi pour toi ?

Je ne sais pas trop s’il faut en parler, dans le sens où je préfère que ce soit fini. Mais il y a quand même des choses qui se préparent. Comme je t’ai dit, on va se remettre au boulot avec Saydatyph, sur un EP, Slim a déjà commencé à travailler des prods. À côté de ça, il y a un petit projet solo en collaboration avec Tiwaan, mais c’est vraiment à l’état de projet, donc je préfère ne pas en dire plus. Il y a aussi un projet à deux avec Melan, exclusivement sur des prods des Kids Of Crackling.

Tiens, j’en avais pas entendu parler…

Ouais, petite exclu ! (rires) Avec Omerta aussi il y a des projets, mais on préfère se concentrer sur les scènes et travailler un bon set, on se remettra sur l’écriture un peu plus tard. Après tous les gars travaillent en parallèle sur leurs projets solos. Melan arrive avec son album bientôt, Rilcy est sur un EP, Sélas est sur un projet avec un mec d’ici : Visto. Capdem est sur son projet solo aussi. Et on reviendra en équipe d’ici quelques mois.

Et la suite c’est aussi des scènes à partir de la rentrée.

Le mot de la fin :

Fin.

Les loges de la folie : sortie le 24 juin. Précommande ici. (www.cmfprod.com)

Lire aussi : Omerta-Muzik – l’interview

Les loges de la folie - Fadah - Le Bon Son

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