Comme prévu, voici la deuxième partie de l’interview de Pand’Or réalisée à l’occasion de la sortie de son EP Le cul entre deux 16, disponible depuis aujourd’hui. Retour sur son EP donc, mais aussi sur les origines de son blaze, ses influences, et tout plein d’autres trucs. Pand’Or, pour Le Bon Son :

Il y a quelques mois, j’ai découvert ton tout premier projet gratuit, qui s’appelait Histoires en vrac, sorti en 2008. Tu t’appelais déjà Pand’Or…

Je venais juste de m’appeler Pand’Or. J’avais un autre blaze, mais c’était une connerie, pour déconner avec mes potes… Je m’appelle Camélia, mais on m’appelle souvent Camel’ parce que ça va plus vite, depuis toute petite. Et comme je faisais des conneries, on m’appelait Camel’ Criminelle. [rires] Et c’était pas possible, concrètement, aujourd’hui je le dis jamais dans mes textes, je dis même que c’était mon ancien blaze. Je sais plus quand j’en suis arrivée à Pand’Or, je devais avoir 17 ans… C’était par rapport à la légende de la boîte de Pandore, je me suis reconnue dans plein de choses..

Après en y repensant, je me dis que j’aurais peut-être dû choisir un petit peu mieux mon blaze. [rires] En fait j’aime pas comment ça sonne. Y’a pas de jeux de mots dessus, tu peux rien faire avec « Pand’or » ! Tu peux faire « Kung Fu Pand’or », mais ça a déjà été fait.

Peux-tu nous expliquer le choix du titre « Le cul entre deux 16 » ?

[Elle réfléchit] Ça remonte à loin en fait, mais ce titre m’est venu il y a un moment déjà, et j’étais sûre que c’était le bon, sans savoir trop pourquoi. Quand j’ai écrit ce projet, c’était à un moment de ma vie où j’avais le cul entre mille chaises. Et comme je ne pouvais pas mettre ça comme titre, j’ai adapté la formule. Mais ça aurait pu être autre chose. Je veux pas dire que ce n’est pas important, mais il n’y a aucun titre sur l’EP qui s’appelle « Le cul entre deux 16 ». Et en même temps, rien qu’avec ce titre, tu vois dans quelle ambiance je vais ramener les gens, avant même d’écouter le disque. Le titre parle de lui-même je pense. Et puis comme je te disais, je n’écris pas beaucoup, donc j’étais vraiment entre deux 16 ! J’essayais d’assurer dans la vie, et aussi dans le rap. Ça aurait pu s’appeler différemment, mais au final je suis contente de ce choix-là.

Pand'Or - Le Bon Son 3

‘Même si tu invites le plus fort des rappeurs, s’il y a un truc qui ne te plaît pas dans son couplet c’est fini.’

Des invités sur ce projet ?

Aucun. C’est mon premier projet, c’est peut-être mon dernier… J’avais envie de faire un projet qui traverse le temps et donc je n’avais pas forcément envie d’inviter du monde. Parce que même si tu invites le plus fort des rappeurs, s’il y a un truc qui ne te plaît pas dans son couplet c’est fini. À la base j’avais invité beaucoup de gens sur ce projet-là, avant de savoir que j’allais le sortir dans les bacs, etc. Au final beaucoup m’ont mis des plans, retardée… donc j’ai fait ma vie, et décidé d’en faire mon solo, mon classique à moi [rires]. C’est un projet super personnel, centré sur moi-même, ça ferait bizarre d’entendre un featuring. Même si c’était Sëar qui est un gars de mon écurie, on se demanderait ce qu’il fout là. Mais il y a des featurings qui arrivent, il y a Dans ma boîte Vol.2 qui est en préparation, avec que des featurings.

On sent dans ton rap l’influence des années 90. Comment as-tu découvert ces sons alors que tu devait être très jeune quand c’est sorti ?

Ben je vivais dans une cité, comme plein de gens, jusqu’à l’âge de 12 ans. J’étais souvent chez ma grand-mère, avec mes oncles et mes tantes qui étaient jeunes à cette époque-là. Ils n’écoutaient que du rap et du Mariah Carey ! Du coup il y avait beaucoup de NTM qui tournait, La Cliqua, deux/trois groupes… J’y suis arrivé par là. C’est donc mes aînés qui m’ont mis sur cette voie-là. Après comme tout le monde, à 9 ans tu écoutes aussi de la merde. Il y a beaucoup de gens qui essaient de te faire croire qu’à 9 ans ils écoutaient du bon son, c’est marrant.

Mais si à 9 ans tu écoutais ça, c’était pas mal déjà…

Oui, mais je ne l’écoutais que d’une oreille en fait. J’étais curieuse, je ne comprenais pas cette musique, j’avais envie de bouger alors qu’il y avait un truc nonchalant… Après j’ai commencé à écrire vers 10-11 ans, des nouvelles, des conneries, des poésies… Et un jour je suis allée à la médiathèque avec mon beau-père, et j’ai pris le CD de La Rumeur, l’album L’ombre sur la mesure. Je l’ai mis, et ma vie a changé. Je me suis dit que c’était ça que j’aimais, alors que La Rumeur c’est sombre quand même pour une gamine de 11 piges. J’ai compris le sens des morceaux 5 ou 6 ans plus tard. C’est le premier disque que j’ai gravé, puis acheté après. Et puis comme je suis très curieuse, j’ai commencé à me renseigner sur les bases, et j’ai plus jamais lâché. J’ai accroché direct sur les messages. Il n’y a pas besoin d’être un gros cerveau pour comprendre que le rap peut t’apporter beaucoup.

Pand'Or - Le Bon Son

‘J’ai déjà fait ma petite entrée, je suis arrivée doucement, je ne voulais pas être hardcore tout de suite…’

Mais franchement, il y a des gens qui s’y connaissent vraiment beaucoup plus que moi. Je connais mes bases, mes classiques, mais je m’y connais plus en rap cainri. Et encore, plus les Binary Star, cette époque-là… Aujourd’hui je n’écoute presque plus de rap français. J’en écoute encore un peu parce que je me suis faite plein de potes dans le rap et je suis obligée d’écouter ce qu’ils font. [rires] Mais après j’ai du mal, je trouve que le rap d’aujourd’hui est creux. Je ne prétends pas que le mien n’est pas creux, mais je dis que ça manque de réflexion, c’est plus des constats. Moi je suis très consciente de ce que j’écris, dans quelle case les gens me situent. Et je pense qu’ils vont être surpris ! Je prépare un album pour 2014, et j’ai déjà quelques petits trucs en tête… J’ai déjà fait ma petite entrée, je suis arrivée doucement, je ne voulais pas être hardcore tout de suite. J’ai un peu peur que les gens ne comprennent pas d’ailleurs, que du jour au lendemain, tu changes de propos tout en restant toi-même.

Des mecs comme L’Indis par contre j’aime beaucoup. Mais c’est parce qu’ils ont 30 berges, ils ont vécu. J’aimerais trouver une plume comme ça, mais chez quelqu’un de mon âge. Et c’est possible, même si les gens disent qu’il faut du temps et du vécu pour trouver sa plume. Regarde un mec comme Salif : il a écrit des classiques à 21 ans. Bref, j’écoute plus du « rap de trentenaire ». Dès que j’ai envie de mettre la barre haute quand j’écris un morceau pour pousser à la réflexion, ou provoquer quelque chose, je me mets du Vîrus. C’est rare des plumes comme ça, je suis super admirative de ce gars-là. C’est un putain d’OVNI, et c’est comme s’il n’existait pas dans le rap français. Ça me fait vraiment marrer ces MC’s qui te donnent des leçons, imbus d’eux-mêmes, qui te disent « moi je construis mes morceaux comme ça, etc« . C’est aussi pour ça qu’à un moment j’ai traîné la patte dans mes projets, je me disais que je n’avais peut-être pas envie de faire partie de ce milieu. Et je n’en ai toujours pas envie. Mais j’ai réussi à m’entourer de gens biens…

Tu parles de L’Or Noir par exemple ?

Ouais entre autres. Keenan, mon manager, m’a toujours fait confiance, il m’a toujours poussée vers le haut, il a tout fait pour que mon projet sorte dans de bonnes conditions. Il m’a ramené Tcho Antidote pour le visuel. Sëar, ADS, ce sont des gens avec qui j’ai noué de vrais liens. Maintenant je roule avec les gars qui m’ont fait « Kung Fu Pand’Or », qui sont devenus assez proches de L’Or Noir, c’est des mecs qui sont en école de cinéma, et ils s’occupent de nos prochains clips. Et aussi Wojtek, c’est un putain de pote, c’est comme un grand frère, en qui je peux avoir confiance. Il faut savoir s’entourer parce que dans le rap tu as beaucoup d’hypocrites, de lâches. Et c’est marrant de les écouter faire les bonhommes dans leurs textes, capables de tout.

Un mot de la fin ?

Allez acheter le projet, c’est de la bombe !

Lire la 1ère partie de l’interview.

Le cul entre deux 16 : disponible à partir du 3 juin. Précommande : iTunes / Fnac

Le Bon Son - Le cul entre deux 16 - Pand'or

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