La sortie imminente de son nouvel EP, les Rap Contenders, sa collaboration avec Flev, Dans ma boîte Vol.1, son parcours, les plateaux Hip Hop… Autant de sujets abordés avec Pand’Or, dans cette première partie de l’entretien qu’elle nous accordé à l’occasion de la sortie de son nouvel EP, Le cul entre deux 16. EP qui sortira le 3 juin, tout comme la deuxième partie de cette interview.

htpp://youtu.be/kfLM5oIUE4U

Le Bon Son : Je crois que je t’avais découverte avec Twenty, ou les Rap Contenders, je sais plus très bien… C’était en 2011, quel regard portes-tu sur le chemin parcouru depuis ?

Pand’Or : Je suis contente parce que je ne m’étais jamais imaginée nulle part dans le rap, même si je travaille pour me faire une place. Je suis plutôt fière de mon parcours, et j’espère que la suite sera positive. Je pense que j’ai fait les choses correctement et que je suis restée moi-même, intègre et fidèle à mes principes. Je sais qu’il y a des gens qui sont mille fois plus productifs que moi, qui ont des facilités pour écrire, produire… Moi c’est pas trop mon cas. Et puis il y en a qui sont plus passionnés que moi, pour moi le rap n’est pas une fin en soi. C’est un moyen d’arriver à plein de choses, depuis que je suis dans le rap j’ai rencontré plein de gens qui peuvent m’ouvrir des portes ailleurs.

Et à propos des Rap Contenders, c’est terminé pour toi, ou on a encore une chance de t’y recroiser ?

Je suis allée aux RC 6, et en revenant je me suis dit que je ne remonterais jamais sur scène dans ce cadre-là. Déjà c’est un truc de mec honnêtement. Les apparences sont ce qu’elles sont. Les gens peuvent dire que je suis un bonhomme, mais le fait est que je suis quand même une meuf ! Donc ce n’est pas quelque chose que je referai, mais je ne regrette pas. Parce qu’il y a des moments où je regrette, je te le dis franchement. Tu te prends la tête à écrire tes morceaux, et finalement les gens te connaissent pour un seul battle. Je vois qu’on me reconnaît parfois dans la rue… et je sais que ce n’est pas parce que je fais des morceaux. J’ai réussi à m’enlever cette étiquette peu à peu, ça s’est tassé quand même, mais j’ai pas envie de me la remettre sur le dos.

Et puis aujourd’hui tu es un peu plus dans la lumière que certains participants aussi, tu es donc plus facilement attaquable…

C’est clair, mais c’est le jeu. Sur n’importe qui tu peux creuser et déterrer ce que tu veux. Et puis aujourd’hui, les gens qui y vont, ce n’est plus dans le même état d’esprit. Quand j’y suis allée, il y avait 500 personnes sur la fanpage. Aujourd’hui il y en a 250 000. Les gens venaient parce qu’ils voulaient se tester eux-mêmes, qu’ils aimaient ça. Moi je suis tombée dedans par hasard. Aujourd’hui encore je me demande comment j’ai réussi à monter sur scène et à encaisser tout ça dans la gueule. Et même vanner les autres, même si j’aime bien vanner dans la vie, dans ce contexte-là c’est autre chose. C’est pas ma place là-bas, et j’ai toujours cette impression que tu piétines l’autre pour arriver à tes fins…

Alors que finalement tu peux tomber sur quelqu’un que tu apprécies, je pense à Jazzy Bazz notamment.

Ouais complètement. Après j’avoue que ce battle-là je ne l’ai pas encore digéré parce que je suis déçue de ma prestation. J’avais un battle béton et puis voilà, il est passé à la trappe. Je pense que j’aurais eu mes chances, et que ça n’aurait peut-être pas été pareil pour moi aujourd’hui. D’autres portes se seraient peut-être ouvertes, je n’aurais pas pris certaines remarques, je n’aurais peut-être pas écrit Kung Fu Pand’Or. Je pense que je n’y retournerai jamais, même si Wojtek m’avait proposé de faire un battle en double à mes côtés.

J’arrivais pas à me sortir la tête du projet avec Flev (…), j’arrivais même plus à kicker les prods d’autres beatmakers.

Qu’est-ce qui explique ce délai entre 2011 et la sortie récente  de Dans ma boîte Vol.1 (EP gratuit de Pand’Or, sorti il y a 2 mois) ?

Je suis quelqu’un de très motivée, qui se démotive aussi rapidement ! Et j’avoue que je suis un peu une marginale, et donc c’est la vie au final. Je suis perfectionniste aussi. Et puis à moment j’ai trop écouté ce qui se faisait autour de moi, et je me disais : « Putain mais mes sons sont pas à la hauteur !« . Je pouvais cogiter pendant quatre mois sur le choix des morceaux. Et au final, Dans ma boîte n’a rien à voir avec ce que je pensais sortir. Y’a pas un morceau de ce qui étaient prévu en fait, à part les deux ou trois extraits que j’avais balancés avant. Et comme je te disais plus haut, en terme de productivité c’est vrai que j’ai pas la plume ni l’inspiration facile, et je ne peux pas aller plus vite que la musique.

Je me suis aussi laissée un peu vivre, je me suis même dit à un moment que ça ne servait à rien, que personne ne l’attendait, je me demandais si j’avais envie de le sortir… Et puis on travaillait à côté sur Le cul entre deux 16, qui m’a pris quand même beaucoup de temps et d’énergie. J’arrivais pas à me sortir la tête du projet avec Flev. Comme on avait travaillé huit mois et demi ensemble dessus, que sur des prods à lui, j’arrivais même plus à kicker les prods d’autres beatmakers. Je trouvais leurs prods pétées. Je me demandais si c’était Flev qui était trop fort, ou si c’étaient les mecs qui étaient pas à la hauteur. Et au final j’ai réussi à réapprendre à travailler avec d’autres gens, et voilà.

Quels sont les premiers retour de Dans ma boîte Vol.1 (disponible gratuitement ici) ?

Je n’ai eu que des retours positifs, et c’est frais. Après je vais pas te mentir, depuis que je balance mes sons sur internet, j’ai jamais vraiment eu des critiques négatives. Sauf depuis que j’ai fait les Rap Contenders ou bien de gens qui n’y connaissent absolument rien et qui traînent sur internet. De la part de gens sérieux avec une vie intéressante, on a dû me dire une fois que ce que je faisais c’était sans plus. Donc que des bons retours, et ça m’a redonné confiance pour Le cul entre deux 16. En fait j’avais l’impression que pour Dans ma boîte, en terme d’interprétation, de souffle, j’avais progressé par rapport au Cul entre deux 16, qui a été enregistré avant. Et ensuite, quand on a mixé Le cul entre deux 16, je me suis rendu compte que le projet était solide finalement.

Qu’est-ce qui t’a poussée à bosser seulement avec Flev (lire l’interview) sur Le cul entre deux 16 ?

C’était pas un choix. On m’a présenté Flev, je me suis posée chez lui, je suis repartie avec deux, trois prods sur lesquelles j’ai gratté deux morceaux le soir-même. J’y suis retournée le lendemain, en lui disant que j’avais déjà deux morceaux, et en lui en demandant une ou deux de plus. Puis on est arrivés à cinq morceaux, et ça m’a paru évident qu’il fallait en faire plus. Donc je suis allée plein d’autres fois chez lui, et on a changé autant de fois. Comme je te disais, huit mois et demi de travail !

Et puis je t’avoue que Flev, musicalement, en terme de rap, c’est ce que je préfère. Les instrus qu’il fait sont celles qui me parlent, qui me touchent, c’est ce rap-là que j’écoute. C’est vraiment new-yorkais, à un temps précis. Dans mes rêves les plus fous, j’aurais jamais imaginé que si je sortais un projet un jour, il sonnerait comme ça. Bosser avec Flev, c’est une putain de chance, j’ai même pris ça comme un signe du destin.

Je dis ça sans prétention : je pense qu’on n’a jamais entendu ce mélange-là. Sur Le cul entre deux 16, les prods de Flev sont extra-terrestres. Dans mes moments de doute, je me disais que de toute façon, avec les prods de Flev, 50% du travail était déjà effectué. Il m’a lâché pratiquement que des pépites. C’est moi qui les ai choisies, et je sais pas comment mais y’a une homogénéité qui est ressortie à la fin du skeud. Et ça fait vraiment du rap français sur des prods cainris, mélodieuses…

Pand'or - interview

Plus personne ne veut prendre de risques et faire un concert avec son seul nom à l’affiche.

Ta relation artistique avec Flev va au-delà du studio puisque tu joues avec lui sur scène… Peux-tu expliquer un peu comment s’articule ton set avec lui ?

On fait de moins en moins de scènes ensemble parce que Flev a pas mal de taf de son côté, et que nos plannings se télescopent de plus en plus. Mais pour expliquer, Flev était à la MPC, et DJ Djaz aux platines. En gros Flev joue ses prods en live et m’épaule pour les backs. C’est pas une configuration extraordinaire non plus. C’est classique, c’est juste qu’il se ramène avec sa MPC.

C’est pas ordinaire non plus le coup de la MPC…

C’est vrai (rires). C’est extraordinaire quand je lui laisse un moment et qu’il fait sa démo en solo. Mais au final les gens ne se rendent pas trop compte, ils ne savent pas trop ce qu’il trafique derrière sa machine et pensent que c’est un DJ comme un autre.

Tu as pas mal tourné avec Sëar, as-tu profité de son expérience en la matière ?

Grave ! Il a 20 ans de Hip Hop dans les pattes, il est très chaud sur scène, donc forcément on apprend plein de choses à ses côtés. Et il me dit qu’il apprend de moi lui aussi, donc c’est chanmé ! Et puis je suis une grande stressée, avant les concerts j’ai souvent la gerbe, le trac… Et c’est vrai que quand Sëar vient me voir en me disant que je déchire, ça suffit à me rassurer !

Et c’est vrai qu’en plus, sur les plateaux auxquels vous participez, vous partagez l’affiche avec pas mal de monde. Donc le public est pas toujours complètement conquis d’avance…

Je trouve que c’est une chance quand je suis sur un plateau Hip Hop, parce que je sais très bien que tout le monde ne fait pas comme moi. Même si mon son n’est pas révolutionnaire, et que j’ai rien inventé, quand je monte sur scène je sais que les gens trouvent ça différent quand même.

Après j’ai l’impression qu’aujourd’hui c’est un peu la mode des plateaux. J’arrive pas à savoir si c’est vraiment positif ou pas. C’est positif parce que ça montre un certain esprit de solidarité qu’il n’y avait plus dans le rap. Mais en même temps, plus personne ne veut prendre de risques et faire un concert avec son seul nom à l’affiche. Si tu regardes bien, les plateaux commencent à être un peu tous les mêmes. C’est limite une mafia ! (rires) Je rigole parce que je les connais tous et que des fois je tourne avec eux… Mais il y a des plateaux où concrètement tu te demandes ce qu’un tel fout là. Et je regrette que les gens ne prennent pas plus de risques que ça, quand en plus ils peuvent remplir des salles tout seuls. Par exemple si pour un plateau tu en as déjà vu certains, tu n’iras pas voir un tel parce que tu en as marre de voir les autres. C’est pour ça qu’à un moment, je ne voulais pas non plus que toutes les dates soient sur la première partie de Sëar : je suis une artiste à part entière, au même titre que Sëar, alors que les gens ont vite tendance à faire des amalgames et à te mettre dans certaines cases…

Lire la 2ème partie de l’interview.

Le cul entre deux 16 : disponible à partir du 3 juin. Précommande : iTunes / Fnac

Le Bon Son - Le cul entre deux 16 - Pand'or

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