Georgio nous avait accordé voilà un an sa première interview, peu de temps avant la sortie de Mon prisme, projet qui l’aura fait connaître au-delà du seul public d’initiés. Il revient avec Soleil d’hiver, un EP réalisé en collaboration avec Hologram Lo’, sorti le 6 mai. L’occasion pour nous de revenir sur l’année qui vient de se dérouler, de parler de son actualité et de ses projets à venir.

Le Bon Son fut ta première, il y a un an. Sens-tu que du chemin a été parcouru depuis ?

Georgio : Énormément, c’est clair ! Le chemin idéal même, je pouvais pas rêver mieux.

Quel bilan tires-tu de Mon prisme ?

Pour commencer, ça m’a apporté une visibilité conséquente, par rapport à avant. Avec le clip d’Hommes de l’ombre qui est à plus de 240 000 vues, Carpe Diem et Anonymous qui sont à 70 000 vues. C’était comme une carte de visite pour le milieu du rap underground français. Ça m’a aussi appris à réaliser un projet, de façon à peu près carrée, à mettre une petite oreille dans le mix, etc. Ça m’a un peu forgé, et à la fin de Mon prisme, je savais à peu près où je voulais aller dans le rap, ce que je voulais faire, comment continuer. C’était un bon projet de lancement dans ce rap.

On sent aussi que ta voix a un peu évolué…

C’est vrai. C’est la vie, c’est pas vraiment choisi.

Là tu sors Soleil d’hiver avec Hologram Lo’ de 1995, comment s’est faite la connexion ?

On se connaissait de vue plus ou moins. Une fois, pour capter Lomepal, je suis allé chez lui, et on s’était check là-bas. Après, pour le projet 22h-6h de Walter et Lomepal, il avait fait une prod en live, que j’avais kickée. Et comme on appréciait chacun le travail de l’autre, je luis avais demandé s’il était chaud pour me filer quelques prods, pour partir sur un autre projet après Mon prisme. J’avais plein de trucs à dire, plein d’idées. Et à ce moment-là il m’a proposé de collaborer sur un 5 titres. J’ai accepté direct, et finalement on a rajouté des morceaux. Et on est devenus super potes entre temps.

Ce projet à la différence de Mon prisme, n’est pas gratuit. Vois-tu une différence dans la façon de travailler un projet gratuit et un projet payant ?

Il n’y a pas forcément de différence. Après il y a une différence ente Mon prisme et Soleil d’hiver dans le sens où je me suis un peu professionnalisé entre temps. Dans la construction de mes morceaux, des mots utilisés, de la façon de gérer le mix, etc. C’est un projet beaucoup plus carré que Mon prisme. Mais si demain je devais sortir un autre petit EP gratuit de 6 à 8 titres sur internet, il serait beaucoup plus carré que Mon prisme. Du fait que Soleil d’hiver soit commercialisé, on a géré un meilleur mix, un meilleur mastering…

Georgio - Hologram Lo - Le Bon Son

‘Comme on appréciait chacun le travail de l’autre, je luis avais demandé s’il était chaud pour me filer quelques prods…’

Explique-nous le choix du titre…

D’abord c’était par rapport à un morceau de Mon prisme qui a bien marché, sur lequel on a eu beaucoup de bons retours : Pluie d’été. Soleil d’hiver, c’est un peu une suite 2.0, en mettant le jeu de mot à l’envers : après la pluie d’été, le soleil d’hiver. Et j’aime bien les titres avec des couleurs. Mon tout premier projet c’était « Une nuit blanche pour des idées noires », ensuite « Mon prisme », qui évoque des lumières et des couleurs, tout comme « Soleil d’hiver ».

Et puis j’ai choisi ce titre parce que ça reste du Georgio, assez noir dans les thèmes, les atmosphères, qui sont un peu plus variées et avec peut-être un peu plus d’espoir que sur Mon prisme.

Koma et C.Sen, présents sur le projet, sont des figures du rap du 18ème. C’était important de les avoir sur ton EP ?

Ça me tenait à coeur d’avoir la reconnaissance de mes pairs. Je l’avais plus ou moins eue via leur retours sur ma musique, et c’était un honneur qu’ils acceptent l’invitation !

Comment se sont faites les connexions avec eux ?

Avec Koma, ça s’est fait via Twitter, il m’avait suivi, et m’avait dit qu’il aimait bien le clip de 1001 rimes. Du coup on s’est un peu parlés, et dès que je me suis mis sérieusement sur Soleil d’hiver, je lui ai proposé de poser. Et puis pour C.Sen, il y a un terrain vague à Marx Dormay, qu’on appelle Le Parking, dans lequel il graffait. Je suis donc allé le check, et il savait ce que je faisais, on s’était parlés une ou deux fois sur Facebook. Donc on a un peu parlé rap, et pareil, je lui ai proposé de poser.

Qu’est-ce qui explique la singularité du rap du 18ème ?

C’est un quartier important dans le rap, culturellement. Il y a tout un rap du 18ème arrondissement. Après je trouve que ça se perd un peu quand j’écoute des mecs de mon quartier : c’est plus des prods cainris, même si c’est pas plus mal. Mais il y a moins cet univers, cette ambiance du 18ème. Moi quand je représente le 18 dans mon rap, c’est pas forcément par fierté d’appartenir à ce quartier, ou son patrimoine culturel via le rap. C’est plus parce que c’est un arrondissement populaire, avec un métissage culturel très riche. Et d’un autre côté c’est une ambiance grise, de par le temps à Paris. En citant le quartier tu installes directement une atmosphère. C’est un peu comme si tu représentais Bayard à Toulouse [le quartier de la gare et des prostituées, ndlr], tu installes un contexte, des images un peu sales, etc.

Soleil d'hiver - Le Bon Son

‘C’est ce que j’attendais de Soleil d’hiver : faire plus de concerts.’

Après il y a encore des albums qui sonnent « 18ème », comme l’album d’Hugo TSR par exemple…

Carrément, mais c’est des mecs qui sont là depuis longtemps.

Un album en préparation ?

Oui, j’avance sur une mixtape et un album. Mais je veux vraiment prendre mon temps. Je commence à écrire des textes petit à petit, des petits 16′ à droite à gauche.

Côté concerts, il y a une date le 17 mai à Paris avec « À notre tour » (places à gagner via la page Facebook du Bon Son ici)…

Oui, c’est au Petit Bain, dans le 13ème arrondissement à Paris. Et c’est ce que j’attendais de Soleil d’hiver : faire plus de concerts, tourner un peu… J’ai un autre concert le 25 mai prévu en Belgique. On va essayer de faire le plus de concerts possibles.

L’album de rap français que tu attends le plus ?

L’album de Lino. Il est en train de le préparer normalement. Sur Radio Bitume (lire la chronique), il rimait tellement bien je suis passé outre certaines prods que j’aimais pas trop à la base, jusqu’à les apprécier.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton collectif, la 75ème session ? Les autres sorties de prévues ?

Il y a eu la mixtape des 2Fingz, mais après la 75ème session ce n’est pas que de la musique. Des membres du collectif ont ouvert une salle de boxe au Togo. Lucas Matichard est photographe par exemple, il a réalisé la pochette de Mon prisme, celle de Soleil d’hiver aussi, et il n’a pas forcément de lien direct avec le rap quand il n’est pas avec moi. Il y a Diabi, qui est ingé son et beatmaker, qui prépare un EP de beatmaking. Des clips aussi sont prévus, via la 75ème session.

C’est vraiment un collectif d’entraide de jeunes parisiens. On est une petite vingtaine, tous potos, et on s’entraide, chacun avec son « talent ». Comme on est pas que dans le rap, c’est compliqué pour certains de comprendre de quoi il s’agit, ça peut paraître mystérieux.

Le mot de la fin ?

Soleil d’hiver, le 6 mai dans les bacs ! J’espère qu’un maximum de personnes soutiendront ce projet, et que c’est le tout premier d’une longue série. Dédicace à ma 75ème Session, à Flav qui nous aide bien pour ce projet, à Lo et tous mes reufrès et mes soeurs qui se reconnaîtront.

Soleil d’hiver : dans les bacs depuis le 6 mai. Deezer / iTunes

Soleil d'hiver - Le Bon Son - Georgio

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