Nouveaux groupes ou plus anciens, de nombreux projets siglés « EP » ont vu le jour ces deux dernières années, en physique comme en numérique. Est-on en train de vivre un retour vers ce format mythique, ou est-ce une évolution logique liée à notre nouvelle façon de consommer la musique ? Le Bon Son vous propose de revenir sur ce phénomène.

Qu’est-ce qu’un EP ?

Par opposition au LP (Long Play), l’EP (Extended Play, enregistrement musical qui contient plus qu’un single, mais moins qu’un album ou LP) est plus court qu’un album. Il contient entre 7 et 10 titres, et a connu un âge d’or dans les années 90, avant l’existence du format digital, quand les frais étaient trop élevés pour enregistrer un album entier. Il est cependant travaillé comme un album quant à la couleur, l’homogénéité, l’enchaînement des titres… En rap français par exemple, « Conçu pour durer » de la Cliqua fait figure de modèle du genre.

À ne pas confondre avec le maxi, format qui contient environ 4 titres, censé mettre en lumière un titre issu d’un album, accompagné au choix d’inédits, de remix, d’instrus, ou de versions accapellas.

Un retour aux sources ?

De jeunes rappeurs ou groupes comme 1995 revendiquent clairement un retour aux sources, que ce soit dans l’attitude, le choix des instrus, ou du format EP. Mais ce ne sont pas les seuls puisque des groupes ou rappeurs plus anciens comme Triptik, Disiz, ou Rocca par exemple, sont de retour avec ce même format.

Un format plus moderne ?

Mais en 2012, plus qu’un retour aux sources, ne serait-ce pas plutôt une façon d’être plus réactif aux attentes du public, et en adéquation avec les nouveaux supports ? Le public, moins habitué à attendre 2 ans la sortie d’un nouvel album, préfère des sorties plus rapprochées dans le temps, et les artistes se plient à ces exigences. Avec 8 titres en boîte, on a de quoi sortir un EP, et contenter les auditeurs. L’EP revêt donc un format plus moderne, en phase avec l’époque. On peut même apercevoir des « maxis » annoncés (ne contenant aucun titre issu d’un quelconque album) se transformer en EPs grâce à l’enregistrement de 3 titres en plus. Les termes de « maxi » ou d' »EP » n’ont du coup plus rien à voir avec les définitions citées en début d’article, mais dépendent seulement du nombre de titres disponibles.

Les raisons de sortir un EP ne sont d’ailleurs plus les mêmes, les frais d’enregistrement et les contraintes matérielles étant nettement moins élevés qu’il y a 20 ans. Et c’est ainsi que pour nombre de jeunes MCs, l’album devient quasiment un format à l’ancienne, de même que le format CD qui l’accompagne généralement, qui pour le public n’a souvent d’utilité que pour soutenir les artistes ou ambiancer sa voiture.

Un gage de qualité ?

On pourrait aussi penser que le choix d’un format plus court permettrait de délivrer un concentré de qualité. Mais comme expliqué plus haut, les 8 titres qui vont constituer l’EP ne sont pas 8 titres choisis parmi 30 enregistrés. Ce processus de sélection, souvent décrit en interview par IAM à chaque sortie d’album, ne prévaut pas pour ces EPs. Ce court format n’est donc pas forcément synonyme de crème de la crème.

Le Bon Son s’est quand même régalé avec quelques EPs cette année, comme par exemple « Inception » de Deen Burbigo, sorti en CD et développé comme un album avec promo et tournée, ou bien Veerus, et ses deux EPs téléchargeables gratuitement. À l’écoute de leurs projets respectifs, il ressort une couleur, un cohérence, et donc un travail qui légitime leurs sorties.

Les formats plus courts sont donc de retour, effectivement, mais le terme d' »EP » ne convient pas à tous ces projets. Reste à trouver un terme pour ces formats : « mini street album », « mini net tape », etc… Mais ça, c’est un autre débat.

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